Les partis de la Koutla et le MP plus proches du dernier carré
Les jeux sont faits. Le PJD a réussi grâce à son travail de proximité et à sa forte présence à l'opposition parlementaire. Toutefois, ces deux points forts se muent automatiquement en défis aujourd'hui que le parti de la lampe se prépare à former sa majorité.
LE MATIN
28 Novembre 2011
À 20:20
Les attentes sont énormes et n'ont d'égale que l'ambition du programme électoral de la formation d'Abdelilah Benkirane qui tablait sur un taux de croissance de plus de 7%. Aujourd'hui que les annonces sont faites de part et d'autre, il paraît que le scénario d'un gouvernement constitué du PJD et des partis de la Koutla serait le plus plausible. Les différences idéologiques avec l'USFP ou plus encore avec le PPS peuvent être facilement dépassées pour gouverner ensemble. Avec l'Istiqlal cette question ne se pose presque jamais. A l'issue d'une réunion des dirigeants de la Koutla, tenue dimanche, ces derniers se sont mis d'accord sur l'option d'être au gouvernement avec le PJD.
Leurs scores additionnés totalisent 118 sièges. Si l'on y ajoute les 107 sièges du PJD, l'on se retrouve dans la configuration d'une majorité très confortable qui pèse 225 sièges. Toutefois, au soir même de l'annonce des premiers résultats du scrutin et en pleine jubilation, Benkirane n'a pas écarté la possibilité de s'allier à d'autres partis au sein même du G8. L'idée est de réduire au maximum le champ d'action de l'opposition pour gouverner en toute quiétude. Certains responsables des partis de la coalition pour la démocratie (G8) n'ont pas attendu qu'ils soient approchés pour annoncer leur disposition à être aux manettes aux côtés du PJD. Mohamed Abied, secrétaire général de l'UC, n'a pas écarté la possibilité de se joindre au PJD s'il y a accord sur les idées et les principes.
Une telle sortie torpille le G8 de l'intérieur et montre que face à des choix cruciaux, l'adversité laisse la place au compromis. Des responsables du MP n'ont pas caché aussi leur déception d'accepter, contraints, de se joindre au G8. Résultat : ce regroupement de partis de toutes obédiences politiques s'est disloqué aussi vite qu'il s'est formé. A l'exception donc du PAM qui ne peut prétendre à une majorité avec le PJD, toutes les possibilités de rapprochement restent ouvertes.
Le Mouvement populaire de par son histoire, son fonds idéologique et son identité sociétale peut être plus proche du PJD que les partis de la Koutla même. Abdelkrim El Khatib, fondateur du PJD, n'est-il pas issu de la mouvance populaire ? L'ancêtre du PJD n'est-il pas le Mouvement populaire démocratique et constitutionnel (MPDC)? Ces affinités historiques seraient susceptibles de pousser vers une intégration du MP au sein de la majorité gouvernementale.
Certains observateurs pensent que l'USFP ferait mieux d'aller à l'opposition pour redorer son blason afin de pouvoir rebondir aux prochaines échéances. Dans ce cas de figure, le RNI pourrait être appelé à renforcer la majorité aux côtés du PJD et de l'Istiqlal. Mais, il faudrait passer par une réconciliation entre Salaheddine Mezouar, secrétaire général du RNI et Abdelilah Benkirane.
Ces deux rivaux ne se sont échangés des amabilités durant la campagne électorale. Un gouvernement de coalition n'est pas non plus une option à écarter. Mais dans ce cas de figure, l'opposition que la nouvelle Constitution voudrait forte et active, peut pâtir d'un manque de punch. Au-delà des possibles alliances pour former la majorité, la question du programme gouvernemental se pose avec acuité. Le PJD n'est plus le maillon faible à qui l'on impose de clarifier sa position sur un sujet ou un autre. Mais un minimum de compromis s'impose pour calmer les esprits notamment dans le monde des affaires et ne pas s'attirer les foudres des défenseurs de l'amazighité, par exemple. Car des choix teintés de religion que le PJD mettrait en avant peuvent déteindre directement ou indirectement sur des secteurs économiques et sociaux.
Tout récemment, lors d'une rencontre avec la CGEM, Benkirane a envoyé des signaux rassurant au patronat qui s'inquiétait face à l'éventualité d'un PJD aux commandes de la chose publique. Le parti de la lampe est aujourd'hui confronté à un tournant de son existence. Serait-il à la hauteur de la confiance que les citoyens ont mis en lui ou devrait-il lui aussi connaitre l'usure du pouvoir comme l'USFP ? Tout dépendra de la manière dont il va gérer un certain nombre de paramètres contraignants qui sont le propre de l'exercice politique au Maroc.