Parmi les professionnels du métier et des jeunes qui tentent l'aventure, les vendeurs des marchés aux puces prospèrent.
LE MATIN
06 Mai 2011
À 15:46
10h, des dizaines de commerçants arrivent avec des sacs de marchandises et des clients déjà sur place qui attendent avec impatience le déballage des vêtements. Nous sommes loin des grandes boutiques de marque, c'est un marché aux puces (un souk) et les commerçants en question sont les fameux, «moul bal». Les marchés aux puces existent dans le monde entier et le Maroc ne fait pas l'exception. On peut compter, presque un marché par ville, sinon plus, et donc des milliers de vendeurs qui vivent de ce métier. «C'est un métier comme les autres, il demande beaucoup de patience et un savoir faire», explique Ibrahim, considéré par ses collègues comme le doyen du souk. «Je me suis lancé dans ce domaine par pur hasard, une vieille connaissance m'avait proposé de tenter l'expérience pour subvenir à mes besoins», ajoute-t-il. Avec plus de 20 ans dans le métier, Ibrahim connait très bien les rouages de son commerce et n'hésite pas à faire bénéficier ses collègues de son expérience. «Pour être un bon «moul bal», il faut savoir trier les vêtements. Parce que dans le lot acheté chez les «grossistes», il y a de tout», indique-t-il. En effet, on trouve un peu de tout dans les souks, mais ce sont surtout les vêtements et les chaussures pour femmes qui en font la renommée. La qualité des habits déjà utilisés, spécialités des marchés aux puces, n'est presque qu'une légende. Il suffit, effectivement, de jeter un coup d'œil sur le lot des vêtements empilés pour trouver les grandes marques de confection et des habits qui ont l'air de sortir droit des usines. «C'est ça le «bal». C'est pourquoi j'insiste sur l'importance du tri pour un vendeur. «Bala», c'est le nom qu'on donne au gros sac en plastique qui renferme les vêtements, contient de tout, du neuf, du moins neuf et de l'usé», affirme Ibrahim et d'ajouter «il faut savoir donner à chaque marchandise, le bon prix qui y correspond», dit-il.
Les prix sont l'autre raison du succès des souks, des habits entre 15 et 20 dirhams, des chaussures à 50 et des manteaux à 100. C'est ce qu'on appelle faire des économies ! «J'avais vu un manteau chez une grande marque, à 1000 dirhams, ce que je ne pouvais absolument pas me permettre. Et avec beaucoup de chance j'ai trouvé le même (la même marque), au «bal», à 100 dirhams. Et il était quasi-neuf, en plus», raconte Loubna, commerciale, adepte des marchés aux puces. «J'essaye d'y aller tous les samedis, c'est le jour où la plupart des vendeurs apportent de nouvelles «bala», on est sûr de tomber sur de belles choses alors», ajoute-t-elle. Les «bals», ont la particularité d'accueillir toutes les classes sociales, «les samedis, jours des nouvelles arrivées de marchandises, des clients à l'air très riche, viennent aussi s'approvisionner au souk», déclare Ibrahim. Mais malgré les apparences, moul bal souffre, quand même, des aléas du commerce. «Les marchandises sont moins abondantes que les années précédentes, peut être à cause de la crise en Europe, vu que c'est de là que vient la plupart de nos articles», annonce Ibrahim. D'autre part, les nouveaux vendeurs ont toujours du mal à apprendre le métier. «Les jeunes croient que devenir «moul bal» est chose aisée. Alors que normalement, il y'a plusieurs règles à apprendre. Comme vendre dans un souk «spécialisé », pas n'importe où», insiste Ibrahim. «J'étais au chômage depuis six ans, alors un cousin qui vit en France, m'a proposé d'essayer ce métier en me promettant de m'apporter des vêtements de bonne qualité à revendre. Je pensais que ce serait une chose facile, donc j'ai accepté», explique Mohamed. «Je m'étais installé dans un souk, croyant que là où il y'aurait moins de concurrence, les affaires marcheraient mieux. Mais le résultat était catastrophique», ajoute-t-il.
Après quelques mois de galère, Mohamed a fini par quitter le souk et changer de vocation. Actuellement, il est serveur dans un petit café.
Pourquoi on l'appelle marché aux puces
L'expression «Marché aux Puces» date de la fin du 19e siècle. A l'origine c'est une expression péjorative. L'idée de puces, de vermines, accompagne généralement celle qu'on se fait de linge, de vieux vêtements, de hardes vendues par des chiffonniers que l'on soupçonne d'être porteurs de parasites en tous genres. Il semblerait donc qu'un Parisien a eu un jour l'idée de lancer l'expression Marché aux Puces pour désigner cet endroit où l'on peut acheter des objets ayant déjà servi. L'expression s'est rapidement répandue pour devenir assez courante au début du 20e siècle. L'ayant hérité de la colonisation française, «lbal» s'est vite répandu dans tout le Royaume qui en compte aujourd'hui des centaines.