Fête du Trône 2006

Expédition de Kodr

24 Août 2011 À 15:19

Le Prophète avait un barbier, qu'on appelait Abou-Hind. Il était affranchi de Farwa, fils d'Amrou, et était resté à Médine. Lorsqu'il apprit la nouvelle de la victoire, il alla au-devant du Prophète jusqu'à cette station. Il apporta un vase rempli de dattes et de lait et le présenta au Prophète, qui appela ses compagnons et mangea avec eux ; et ils burent de l'eau qu'ils puisèrent dans le puits.
On rapporte que, lorsque le vase fut vide, le Prophète invita chacun de ses compagnons à y mettre quelque chose de sa part du butin, et qu'il le rendit ainsi rempli au barbier.
Le Prophète quitta cette station et se dirigea vers Médine, après avoir ordonné à Abdallah, fils de Ka'b, et à ses compagnons de garder les prisonniers jusqu'à leur arrivée à Médine et jusqu'au moment où ils seraient rachetés.

Il arriva avec l'armée à Rau'hâ, station bien connue, à une étape de Médine. Les habitants de Médine sortirent de la ville et vinrent saluer le Prophète.
Il était assis lorsqu'ils arrivèrent, et l'un des principaux Ançar, nommé Osâma, fils de Salama (Salama, fils d'Aslam), se tenait devant Lui avec son sabre. C'était un homme très brave, qui avait fait preuve d'un grand courage dans le combat, et qui avait tué plusieurs Quoraïschites. On lui demanda comment il était arrivé que tous ces nobles Quoraïschites avaient été tués.

Il répondit : ils étaient comme de faibles vieillards quand nous les avons attaqués ; ils étaient comme des prisonniers ayant les mains et les pieds liés, et destinés à être mis à mort ; nous les avons tués un à un. Le Prophète fut blessé de ces paroles, qui jetaient le mépris sur les Qoraïschites, ses compatriotes. Il apostropha cet homme en ces termes : «Tais-toi ! C'étaient des nobles Qoraïschites ; c'est Dieu qui les a mis en fuite, ils ont été frappés par les anges». Le Prophète quitta ce lieu et vint à Médine. Il descendit chez sa femme Sauda, fille de Zam'a. Zam'a, fils d'Aswad, était l'un des principaux Qoraïschites ; il avait été tué dans le combat, lui et ses frères ‘Hârith et ‘Aqîl. Aswad, fils d''Abd-Yaghouth, leur père, un vieillard décrépit, vivait à La Mecque. Sauda avait appris la mort de son père et de ses oncles, et lorsque le Prophète arriva chez elle, elle se mit à pleurer. Le Prophète en fut attristé, et le soir Il quitta sa maison et alla dans celle d'Aïscha, où il passa la nuit. Le lendemain matin, ‘Abdallah, fils de ‘Ka'b, amena les prisonniers. Il demanda chez laquelle de ses femmes le Prophète était descendu. On lui dit que c'était chez Sauda ; car on ne savait pas qu'Il était allé ensuite chez ‘Aïscha.

En conséquence, ‘Abdallah conduisit les prisonniers à la maison de Sauda. Quand celle-ci vit des chefs qoraïschites, comme ‘Abbâs, fils d''Aboul-Mottalib, comme ‘Aqîl, fils d''Abou-Tâlib, Sohaïl, fils d''Amrou, et comme ‘Amrou, fils d'Abou-Sofyân ayant les mains liées, elle eut une si grande surprise et en fut si affligée, qu'elle oublia son propre malheur et sa douleur ; elle dit à Sohaïl, fils d''Amrou : C'est ainsi, ô gamins, que vous avez tendu vos mains ignominieusement pour être faits prisonniers? Pourquoi n'avez-vous pas combattu pour être tués en combattant, comme mon père et ses frères ? Le Prophète fut averti qu'on avait conduit les prisonniers dans la maison de Sauda, parce qu'on L'avait cru chez elle. Il se rendit chez elle, et, en entrant par la porte, Il la trouva causant avec Sohaïl. Il entendit ses paroles et en fut très irrité. Il lui dit: O Sauda, tu excites les infidèles contre Dieu et le Prophète ! Dans sa colère, Il n'entra pas dans la maison et ne s'assit pas ; Il la répudia sur-le-champ et retourna chez ‘Aïscha, où l'on conduisit aussi les prisonniers. Mohammed remit chaque prisonnier à celui qui l'avait pris, pour être gardé par lui jusqu'à ce que quelqu'un vint de La Mecque pour le racheter. Sauda pleura toute la journée à cause de la mort de son père et de ses oncles, et parce qu'elle avait été répudiée par le Prophète. Elle souffrait la honte et la disgrâce de Dieu et de son Prophète. Malgré les prières et les instances qu'elle fit transmettre au Prophète, celui-ci ne lui pardonna pas. Tandis que Sauda pleurait à Médine, Aswad, fils de Yaghouth, son grand-père, vieux, impuissant et aveugle, pleurait à La Mecque la mort des ses trois fils. La douleur lui inspirait des élégies qu'il envoyait à Sauda et qui faisaient verser à celle-ci de nouvelles larmes. Dans l'une de ces poésies, il était dit qu'ayant entendu à La Mecque pleurer une femme, Aswad en avait demandé la cause. On lui avait répondu que cette femme avait perdu un chameau, et qu'elle pleurait cette perte.

Il disait donc dans sa pièce de vers : si cette femme doit tant pleurer la perte d'un chameau, et en être privée de sommeil, comment ne pleurerais-je pas et combien ne dois-je pas pleurer la mort de mes fils ! Les femmes de Médine disaient à Sauda de demander au Prophète l'autorisation de retourner à La Mecque auprès de son grand-père. Sauda leur répondit : Comment puis-je faire supporter à ce vieillard aveugle les deux disgrâces, celle de la mort de ses fils et celle du renvoi de sa petite fille ? Sauda était une femme déjà avancée en âge. Elle savait que le Prophète avait pour 'Aïscha plus d'amour que pour toutes ses autres femmes.
Elle se tint tranquille jusqu'au moment où Il se rendit à la maison d''Aïscha. Alors elle s'y rendit aussi, Lui parla en personne et Lui demanda pardon des paroles qu'elle avait dites. Le Prophète lui pardonna. Ensuite elle Lui dit : O apôtre de Dieu, je suis une vieille femme, et en te priant de me reprendre pour femme, ce qui me fait agir n'est pas le désir d'obtenir ce que doivent rechercher dans un mari les autres femmes ; mais ce que je désire c'est d'être comprise, au jour de la résurrection, dans le nombre de tes femmes, lorsqu'elles seront appelées de leurs tombes dans le paradis.

Reprends-moi, et les nuits que Tu devrais passer avec moi quand mon tour viendrait, passe-les avec ‘Aïscha, qui alors, tandis que les autres femmes n'auront qu'un seul tour, en aura deux. ‘Aïscha pria également le Prophète, qui, enfin, reprit Sauda comme épouse. Le Prophète avait donc confié chaque prisonnier entre les mains de celui qui l'avait pris, pour y être gardé jusqu'à ce que les parents de chacun vinssent de La Mecque pour les racheter. Les gens de La Mecque voulurent alors se rendre à Médine, chacun avec la rançon de son parent.

Abou Sofyân leur dit : Ne vous hâtez pas trop de réclamer vos prisonniers. Moi aussi, j'y suis intéressé. Mon fils ‘Hanzhala a été tué, et mon autre fils ‘Amrou est prisonnier. Si vous montrez trop d'empressement, en offrant des sommes considérables, Mohammed fixera un taux trop élevé ; attendez quelque temps. Il y avait parmi les prisonniers un homme nommé Abou-Wadâ'a, l'un des commerçants de La Mecque.
Il avait un fils nommé Mottalib, qui ne voulut pas attendre ; il se rendit à Médine, racheta son père et le ramena à La Mecque. Alors les autres allèrent également chercher leurs parents, ou les envoyèrent chercher. Sohaïl, fils d''Amrou, avait un fils nommé Mikraz, qui était prisonnier avec lui.
Sohaïl pria le Prophète de garder son fils comme otage et de le laisser partir lui-même pour aller chercher l'argent de sa rançon et de celle de son fils. Le Prophète consentit à le laisser partir. Le Prophète fit venir ‘Abbâs, fils d''Abdou'l-Mottalib, et lui dit: Tu es mon oncle, de tous les prisonniers le plus considérable et le plus riche. Rachète-toi toi- même, ainsi que tes neveux ‘Aqîl, fils d'Abou-Tâlib, et Naufal, fils d''Hârith, et ton client ‘Otba, qui tous les trois sont trop pauvres pour pouvoir se racheter. ‘Abbâs répliqua : O Mohammed, j'ai été croyant à La Mecque, et l'on m'a forcé d'aller avec l'armée.

Le Prophète dit : Dieu sait si tu as été croyant ou non. Cependant, en réalité, tu as été avec les infidèles, et c'est dans l'armée des infidèles, que tu as été fait prisonnier. ‘Abbâs dit : C'est Abou'l-Laïth, qui m'a fait prisonnier, m'a pris vingt dinars: considère cet argent comme ma rançon. - C'est là, dit le Prophète, un présent que Dieu a fait aux Musulmans.
– Tu m'appauvris, dit ‘Abbâs, je n'ai pas une fortune assez grande pour payer la rançon de tant de prisonniers. Le Prophète lui répondit : Que sont devenus, mon oncle, les dinars que tu as confiés, en quittant La Mecque, à Oumm-Fadhl, en lui disant que, s'il t'arrivait malheur, elle devrait distribuer cet argent entre tes quatre fils ?-Comment le sais-tu, ô Mohammed ? -C'est Dieu qui m'en a averti, répondit le Prophète. ‘Abbâs s'écria : Ton Dieu est le maître des secrets.

Tends-moi la main, afin que je déclare que Dieu est un et que Tu es son Prophète, en vérité. Il ajouta: Personne n'avait connaissance de ce fait en dehors de moi et d'Oumm-Fadhl.
Après avoir prononcé la formule de foi, Abbâs paya la rançon des trois autres, qui embrassèrent également l'Islam. Dieu a révélé, à l'intention d'Abbâs, le versert suivant : "O Prophète, dis aux prisonnier qui sont entre vos mains : Si Dieu reconnaît dans vos coeurs le bien, il vous donnera des biens plus grands que ceux qui vous ont été enlevés” etc. (Sur. VIII, vers. 71).
Abbas après avoir embrassé l'Islam, devint plus riche qu'il n'avait été auparavant, et il disait : " Dieu m'a promis des biens dans ce monde et le pardon dans l'autre ; Il a réalisé Sa promesse en ce qui concerne ce monde ; j'espère que, pour l'autre monde, Il la réalisera également.
On disait à Abou-Sofyân : Envoie la rançon de ton fils. Abou-Sofyân, qui était un homme avare, répondait : ils ont tué l'un de mes fils : je ne peux pas racheter l'autre, et perdre ainsi un fils et ma fortune.
Qu'ils gardent mon fils jusqu'à ce qu'ils en soient las.
Il le laissa ainsi un long espace de temps en captivité. Enfin, un des Ançar, un vieillard, nommé Saîd, fils d'Abd er-Rah'man, qui était venu à La Mecque pour visiter les Lieux Saints et qu'il n'avait été inquiété par personne, fut saisi par Abou-Sofyan. (à suivre…)
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