Fête du Trône 2006

Comment capitaliser sur ce programme et le pérenniser ?

Dans un entretien accordé au Matin, Driss Yazami revient sur le lancement de la dernière tranche dudit programme.

03 Novembre 2011 À 18:58

Beaucoup se souviennent de ces auditions publiques des ex-prisonniers, témoignages poignants et hallucinants organisés par l'Instance Equité et Réconciliation, retransmis à la télévision et qui ont fait l'objet de plusieurs ouvrages d'Ahmed Marzouki, d'Aziz Binebbine, d'Abdelatif Laabi. Tazmamart, guerre du Rif, Hay Mohammedi, chacun de ces noms évoquent les terribles violations des droits de l'Homme que toute démocratie doit bannir. Dans les années 98, 99, le Maroc a initié une démarche celle de l'IER qui est une première dans le monde arabo musulman, celle de la justice transitionnelle, menée au début et jusqu'à sa mort par Driss Benzekri qui avait lui-même subi pendant 18 ans les affres des années de plomb en prison. Driss Benzekri avait lui-même admirablement décrit cette expérience «il s'agit non pas seulement écrit-il de partager la connaissance et la réappropriation du passé mais aussi de faire surgir dans le présent et le débat contradictoire, des normes et des règles communes de vivre et bâtir ensemble le futur». Après la libération des prisonniers d'opinion et des portés disparus, après la fermeture des centres de détention, l'Instance d'arbitrage indépendante avait permis l'indemnisation de 4000 victimes. Ces actions ont été suivies par le travail de l'IER dont la mission était de rétablir la vérité sur les violations des droits de l'Homme, d'indemniser les victimes, et de réfléchir sur les recommandations pour bannir ces violations. En septembre 2005 avant la fin du travail de l'IER, s'est tenue une Conférence sur la réparation communautaire qui étudie la mise en œuvre des recommandations du rapport de l'IER dans 13 provinces avec l'accompagnement de 12 coordinations provinciales qui regroupent les acteurs publics et privés des régions, avec le soutien de l'Union européenne, de la fondation CDG qui s'impliquent dans ce chantier.

6 ans après, ce 2 novembre 2011, nous avons assisté avec les représentants des associations régionales, au lancement de la dernière tranche du Programme de réparation communautaire activement soutenu par la CDG. Pour M. Grine, président délégué de la Fondation qui s'est impliqué avec son équipe pilotée par Rafiq El Amrani depuis le début du programme destiné à «refermer les plaies de l'histoire», sur 400 projets présentés dans cette dernière tranche, 95 ont été retenus. Le programme audité par plusieurs cabinets et par le GIF s'est, dit-il, déroulé en toute transparence et l'Institution publique la CDG continue à soutenir le programme «Archives et Histoire» dont les valeurs, souligne-t-il, sont au cœur des valeurs que porte l'Union européenne, valeurs de démocratie et de droits de l'homme. Eneko Landaburu, ambassadeur, chef de la Délégation de l'Union européenne auprès du Royaume du Maroc, avait témoigné sur «La réussite du programme, qui est d'abord, tous ces projets locaux qui ont pu naître.. Or chaque projet est une histoire en soi, l'histoire d'hommes et de femmes qui ont développé une initiative locale, utile pour leur communauté, et qui ont vu la communauté s'approprier cette initiative, l'investir de sens social. Cela va du film documentaire sur la mémoire, à des coopératives agricoles, en passant par des centres de formation des jeunes ou de la sensibilisation à la protection de l'environnement.

Tous sont forts symboliquement et socialement, comme ce projet que j'ai visité à Aït Boubker dans la région de Ouarzazate, avec une délégation d'ambassadeurs et de conseillers des Etats membres de l'UE, un projet qui offre aux femmes locales l'opportunité d'une formation professionnelle de qualité, accompagnée d'une sensibilisation à l'action citoyenne - presque à deux pas d'un ancien centre de détention…Ce n'est pas tout, dit-il, au-delà des projets, il y a la dynamique créée. Pas moins de dix-sept partenaires institutionnels participent au programme de réparation communautaire - des ministères, des agences, des autorités locales… Le programme reçoit un cofinancement de l'Union européenne de 3 millions d'euros, mais grâce à l'engagement fort des autres partenaires, CNDH, Fondation CDG, ministère de l'Intérieur, agence de l'Oriental, associations, le budget global du programme a été porté à 5 millions d'euros. Des acteurs aussi différents que, par exemple, le ministère de l'Intérieur, des associations de défense d'anciennes victimes de la torture et des autorités locales se réunissent et poursuivent ensemble un objectif commun. C'est là que la réconciliation nationale est à l'œuvre.

Ceci est fondamental; c'est cette dynamique qui devra rester en place, après la fin du financement des projets. Il faut absolument pérenniser ces partenariats. D'autres agences de développement, d'autres programmes structurants à l'échelle nationale pourraient alors s'appuyer sur eux, poursuivant ainsi, d'une certaine façon, le programme de réparation communautaire. »
Un témoignage qui rejoint l'analyse que nous livre le président du CNDH, Driss Yazami
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