Spécial Marche verte

Le traditionnel en vogue pendant ce mois

Comme chaque année, la spiritualité caractérisant ce mois sacré a un «impact» sur l'aspect vestimentaire, surtout celui des femmes. Le traditionnel prend le dessus.

12 Août 2011 À 17:26

Au mois d'août, on a généralement tendance à porter des vêtements légers à cause des fortes chaleurs que connait ce mois. Sauf que l'avènement de Ramadan au beau milieu de l'été a changé un peu la donne. Pendant le mois sacré, la frénésie d'achat des vêtements traditionnels est palpable quelles que soient les conditions climatiques.
Pour Abdelkrim Belhaj, psychosociologue, les vêtements traditionnels qui refont leur apparition pendant le Ramadan sont un fait qui s'inscrit dans le cadre du mode de vie qui a lieu et qui revient toujours à cette occasion. «Ce penchant pour les vêtements considérés comme traditionnels, dénote une forme de choix de styles qu'adoptent les gens à l'occasion plus qu'une adaptation cultuelle. Car les habits traditionnels ont cette caractéristique de marquer une adhésion culturelle et identitaire. Le sens qui leur est associé prend une dimension sociale et symbolique avant sa portée utilitaire. Quant au plaisir d'exposition ou de représentation en public, il n'est pas écarté de ces choix et des modes d'être qui prévalent dans l'espace public», affirme-t-il. Les femmes, en général, essayent d'adopter un aspect vestimentaire plus sobre pour s'adapter au climat de piété qui s'impose pendant Ramadan. La djellaba, symbole de différentes valeurs traditionnelles, est la tenue la plus prisée pendant ce mois. Elle a traversé le temps et a accompagné les différentes générations sans perdre pour autant son élégance. «La spiritualité qui caractérise le mois sacré de Ramadan nous oblige à changer de mode vestimentaire. D'habitude, je porte des pantalons slim, des chemises un peu branchées, mais durant ce mois je porte souvent des jabadors et surtout des djellabas pour sortir.

Les djellabas sont à la fois chics, confortables et surtout convenables pour ce mois», affirme Salma, une jeune infirmière. «Les tendances changent tout le temps. Chaque année pendant Ramadan, je vais chez mon couturier pour me faire au moins une nouvelle djellaba, selon mes moyens. Cette année par exemple, j'ai choisi des tissus légers pour l'été dans lesquels je me sentirai à l'aise». De son côté, la gent masculine apprécie ce changement. Pour eux, le recours aux habits traditionnels habituellement plus sobres, au moins une fois par an est une bonne chose. «Le jeûne comporte une dimension de purification symbolisée par l'acte de s'abstenir de manger, de boire et d'avoir des relations sexuelles de l'aube au coucher du soleil.

Quelques comportements irresponsables peuvent troubler le bon déroulement du jeûne. Ainsi, quand on voit des femmes adopter les mêmes habitudes, notamment en ce qui concerne le mode vestimentaire, cela est, généralement, pris comme une provocation», lance Redouane un jeune homme, la trentaine bien consommée. «Personnellement, j'apprécie plus les femmes qui portent des vêtements décents comme les djellabas pendant ce mois. En plus, cela leur va très bien», poursuit-il. Belhaj trouve que si les femmes manifestent une tendance orientée pour de tels habits, c'est davantage pour afficher une certaine forme de conformité avec le contexte social du ramadan tout en gardant leur liberté pour se mettre en valeur. «Dès lors, ce n'est plus par un souci de religiosité ou de spiritualité que les vêtements de type traditionnel sont favorisés par les femmes, mais plutôt par une option de satisfaire les fonctions fondamentales comprises dans l'acte de protection et d'habillement, dont les enjeux sexuels et séducteurs attribués au corps sont dissimulés. Ceci étant, le fait de porter ces habits pour les femmes recouvre, aussi, le manque de produits cosmétiques leur servant d'entretenir le corps et dont elles sont privées en raison des exigences des normes de l'observance du jeûne».

Pourtant, certains trouvent que changer de mode vestimentaire uniquement pendant ce mois est un acte hypocrite. «Je ne comprends pas pourquoi certaines personnes changent radicalement d'aspect vestimentaire le temps d'un mois», se demande Najwa, la vingtaine passée. «Si on décide de porter des vêtements sobres, je crois qu'il faut le faire une bonne fois pour toutes ou bien garder ses habitudes. Personnellement, c'est ce que je fais», ajoute-t-elle.

Un commerce florissant

Le changement d'aspect vestimentaire pendant Ramadan se répercute sur l'activité des couturiers ainsi que plusieurs commerces spécialisés dans la vente des vêtements traditionnels. Pour eux, le mois sacré est synonyme de «fête».
Les couturiers croulent sous les commandes et se voient contraints de faire des veillées tardives pour faire plaisir à leur clientèle. Malgré cela, ils dépassent souvent les délais donnés aux clients. Khadija, couturière au marché Badr de Casablanca avoue que c'est pendant le mois de Ramadan qu'elle travaille le plus... «Chaque année pendant le mois de Ramadan, je trouve énormément de difficulté pour répondre à toutes les commandes et je me vois obligée parfois d'en confier certaines à des confrères ou consœurs», indique-t-elle.
Dans les boutiques et magasins spécialisés dans la vente de vêtements traditionnels, un véritable engouement est remarqué également. Certains inconditionnels cassent même leur tirelire pour s'offrir des habits pour l'occasion.
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