Un groupe de Tangérois soucieux de l'avenir de la Villa Harris, menacée par l'invasion du béton comme tant d'autres sites historiques de la ville, a lancé des cris de détresse pour mettre fin à aux menaces de destruction et le respect des valeurs écologiques.
LE MATIN
27 Mars 2011
À 12:06
Ce groupe de Tangérois n'a pas perdu espoir et compte aller jusqu'au bout pour sauver ce site historique de la ville. Dans la lettre envoyée à la presse nationale et locale, les initiateurs indiquent que le nom de Bilahariz ou Villa Harris évoque chez les Tangérois nostalgiques les souvenirs d'une époque glorieuse ou les espaces naturels et les valeurs écologiques et culturels de l'environnement faisaient l'objet de respect de la part de tous : des gestionnaires de la ville, des investisseurs et des citoyens.Le domaine de Villa Harris constituait avec d'autres sites naturels situés à la périphérie de Tanger, tout un long de la première moitié du XXe siècle, en vertu de leur qualité écologique, des espaces de repos, de ressourcement, de récréation et de loisir pour les habitants de la ville. Le domaine planté fait environ 9 ha de superficie. Il fut créé vers la fin du XIXe siècle par le journaliste anglais Walter Burton Harris (1866-1933), envoyé spécial du célèbre journal londonien «the Times» pendant l'époque internationale de Tanger. Après son décès, le site passa à l'entrepreneur espagnol Onofre Zapata qui le transforma en Casino-Parc. En 1940, l'occupation de la ville par les troupes espagnoles mit fin à cet espace de spectacle et de loisir et, dans les années 70, il fut transformé en Club Méditerranée.
Walter Harris a planté sur son site des essences rares de plantes et des arbres de différentes espèces qu'on retrouve également dans la forêt de Perdicaris. Il y a également construit une demeure de style hispano-mauresque avec de remarquables panneaux de décoration intérieure en bois sculpté et peint sur les plafonds, et en plâtre sculpté et zellige polychrome sur les murs. Le site de Villa Harris occupe de nos jours une place de choix à l'intérieur de la ville de Tanger en raison de sa situation privilégiée dans la zone de Malabata, vouée au tourisme et aux activités de plaisance et de distraction. Il présente à la fois un intérêt environnemental et écologique, attesté par la présence de plusieurs espèces de plantes rares et d'arbres centenaires sur un périmètre de 9 ha, et un intérêt patrimonial, justifié par la demeure de W. Harris datant de la fin du XIXe siècle et qui revêt une valeur historique et architecturale incontestables.Ces multiples valeurs combinées ont favorisé l'inscription de ce site comme espace d'intérêt historique et naturel sur la liste du patrimoine culturel national le 13 septembre 2007. Cette inscription représente une mesure de conservation importante qui vise la sauvegarde de ce site avec ses composantes naturelles et architecturales et sa protection juridique contre toute agression de quelque nature que ce soit.
Après son abandon vers les années 80, le site de Villa Harris se trouve malheureusement de nos jours dans un état de dégradation inquiétante à cause des effets néfastes des intempéries et l'absence totale des opérations d'entretien et de nettoyage.Le site appartenant au domaine de l'État, laissé curieusement sans gardiennage depuis quelques temps, devient le refuge des vagabonds et la Villa de Harris et les installations touristiques héritées de la période du parc des années 30 du XXe siècle et de la période du Club Med se trouvent les cibles préférées d'actes de vandalisme et de dépouillement continus, au vu et au su de tous, dans une zone touristique qui abrite une établissement hôtelier de renom et qui se trouve tout le temps sous l'œil vigilant des forces de sécurité. Dans le climat de colère généré par la triste situation dans laquelle se trouve le site de la Villa Harris, les pouvoirs publics de la ville de Tanger initient une demande étrange et inattendue de déclassement de la majeure partie du site ou de sa zone naturelle de la liste du patrimoine national pour ne laisser qu'une infime partie tout autour de la demeure du journaliste anglais. La commission interministérielle compétente faisant suite à cette demande n'a heureusement pas validé cette demande de déclassement et a invité ses auteurs à respecter les valeurs naturelles et historiques du site. Toutefois, on apprend ces derniers temps et avec amertume que ceux qui sont derrière cette affaire ne comptent pas baisser les bras et persistent dans leur volonté de déclasser le site. Des négociations sont engagées à cet effet avec le ministère de la Culture pour le convaincre de la nécessité de réduire la zone de classement, de sacrifier plusieurs arbres centenaires, des plantes rares et un milieu environnemental de valeur écologique certaine, pour la réalisation d'un «grand projet touristique future» dans la zone de Malabata.
S'inspirer du modèle de Arasat Moulay Abdessalam à Marrakech
C'est un modèle de partenariat entre l'État et le secteur privé pour aménager un espace vert urbain resté pendant longtemps abandonné et source de multiples nuisances. Les citoyens et les visiteurs de Marrakech découvrent dans le nouveau look de cet espace vert un havre de paix et de repos avec des arbres et des plantes verdoyants et pleins de vie et un mobilier urbain intégré et approprié. Cessons de tout sacrifier au béton à Tanger et essayons de sauver ce qui peut encore l'être de son héritage historique et son potentiel environnemental. Le domaine de la Villa Harris mérite un traitement et un devenir autre que ceux qu'ils sont en train de lui préparer. Rappelons, une fois encore, l'opération Arasat Moulay Abdessalam à Marrakech et l'intervention d'une entreprise citoyenne et l'initiative de représentants des pouvoirs publics avertis et attentifs. Agissons tous et maintenant avant qu'il ne soit trop tard pour arrêter cet acte d'agression qui se prépare à l'insu de tous à l'encontre du site de la Villa Harris, l'un des derniers espaces verts de la ville de Tanger.