15 Octobre 2012 À 17:23
«Nous avons choisi le thème du bonheur pour faire savoir aux personnes en souffrance psychique, ainsi qu’à leurs familles, que tous les êtres humains passent par des épreuves difficiles et stressantes. Elles peuvent être matérielles, sociales ou concernent la santé, mais malgré ces passages difficiles, nous avons aussi des moments de bonheur», affirme Naima Trachen, présidente de l’Association marocaine d’appui de lien et d’initiation des familles de personnes en souffrance psychique (AMALI), à l’occasion de la conférence organisée le vendredi dernier en partenariat avec l’Association marocaine des usagers de la psychiatrie (AMUP), sous le thème «Bonheur et santé mentale».
Pendant son intervention lors de cette rencontre, à laquelle ont pris part près de 200 personnes, Driss Moussaoui, directeur du centre psychiatrique Ibn Rochd a justement insisté sur l’idée qu’il n’y a pas de malheur définitif comme il n’y a pas de bonheur définitif. «Quand il y a un malheur, il faut savoir que le bonheur est à côté et vice versa. Le bonheur est le regard qu’on a sur les petites choses», a-t-il souligné. Même son de cloche chez Youssef Mohi, psychiatre qui estime également que : «Le bonheur consiste avant tout à savourer les petites choses de la vie. Il faut de petites choses pour faire une musique».De son côté, la présidente de l’association AMALI insiste sur l’importance des moments de bonheur dans la vie des personnes et particulièrement celle des malades. «Il faut savoir apprécier ces moments de bonheur et les garder en mémoire. C’est très important. Si nous ne gardons en mémoire que les mauvais souvenirs, nous sombrons dans la tristesse, l’isolement et la dépression.
Pour les personnes fragiles, sensibles et vulnérables, ceci s’apprend à travers des séances psychoéducatives spécifiques avec un accompagnement adapté à chaque cas», précise Trachen.Par ailleurs, la conférence a également été l’occasion de parler du programme psychoéducatif mis en place par l’association et destiné aux parents et familles de personnes atteintes de troubles psychiques. «Ce programme a pour objectif de permettre aux familles des patients de bien connaître la maladie de leur proche souffrant, afin de savoir se comporter avec lui et apaiser et sa souffrance et la leur, en créant un climat familial plus serein», explique Dr Mohi. Soutenir les familles des malades pour qu’elles s’adaptent à la maladie de leurs proches est important pour l’association qui s’occupe particulièrement de la schizophrénie.
«La schizophrénie, dont l’importance, le coût et l’impact sont réels et qui touche plus de 350 000 personnes au Maroc, est un problème majeur de santé publique. En effet, pour chaque personne souffrant de schizophrénie, trois à quatre de ses proches sont impliqués ; l’équilibre familial est gravement perturbé tant par les symptômes aigus que par les symptômes persistants, débouchant sur des ruptures avec et entre les proches non malades ou des divorces ; le stress dû à ces symptômes provoque en général, insomnie, dépression, ulcères, problèmes cardio-vasculaires… et certains proches très éprouvés ne peuvent parfois plus travailler», affirme l’association. Le but du programme Profamille, mis au point par l’Unité de psychiatrie sociale et préventive, Université de Laval (Canada), est donc de permettre aux proches de mieux connaître la schizophrénie, les traitements, les difficultés sociales et relationnelles qu’elle entraîne.
Selon l’association, en aidant les familles de malades, les impacts positifs sur les malades eux-mêmes sont, sans conteste, indéniables et avérés, puisque les patients sont très sensibles à l’ambiance émotionnelle de leurs proches. Pour rappel, le programme Profamille fait partie d’un réseau international qui regroupe plusieurs pays dont la France, le Canada, la Suisse la Belgique et le Cameroun.