Salon international de l'agriculture de Meknès

La filière de la ferraille automobile démarre bien en 2012

● Le business de la ferraille, ça ne paie peut-être pas de mine, question standing. Mais c’est une filière très lucrative, en ce moment. Un petit tour au quartier Salmia renseigne sur sa vitalité.

Les ferrailleurs ont l’art de transformer en «or» de la tôle tordue.

13 Février 2012 À 17:56

Ni les rafales de vent qui fouettent les oreilles, ni les relents gras de métal qui saturent l’air, ni même l’éloignement du centre géographique de la ville n’y changent quoi que ce soit : le «cimetière» attire toujours les visiteurs par milliers en ce début de 2012 et son animation s’accroît sans jamais fléchir. Mais on n’enterre pas de morts ici, on y ramène plutôt pour la vie des voitures. Des pièces et des organes de voitures, pour être plus précis. Le «cimetière» en question est la grande ferraille du quartier Salmia. On l’affuble de ce nom par proximité avec la gigantesque cité éponyme, bâtie dans les années 80 et comptant aujourd’hui parmi les agglomérations satellites les plus populeuses du Grand Casablanca.

Très excentrée, on l’atteint par la sortie est de la ville, dans l’ancien axe de la route de Tit Mellil. Mais les habitués se sont depuis longtemps acclimatés aux contraintes d’une telle virée. Sur place, on vend pratiquement tout : moteurs de voitures, toutes marques confondues, bien sûr, mais aussi des carburateurs, pompes à essence, vilebrequins, arbres à cames, têtes d’essieu, jeux de soupapes et autres dynamos, sans parler des équipements, tableaux de bord, jantes, clignotants, pneumatiques, radiateurs ou sièges. D’emblée, on réalise que le lieu tient davantage du capharnaüm que du supermarché des pièces de rechange. Mais quel «musée» providentiel pour l’automobiliste en panne de piston pour sa vieille Renault 19 ou de lève-vitre manuel pour sa coccinelle des années 70… Le poids économique de ce business et l’effet d’entrainement transversal par rapport à d’autres secteurs sont importants. Il faut, en effet, souligner que le marché national de la pièce de rechange engrange bon an mal an près de 2 milliards de DH. Un gâteau sur lequel les professionnels de la contrefaçon réussissent à ponctionner plus de 40 %. C’est loin d’être rien… Il faut aussi préciser que les concessionnaires ne peuvent, à eux seuls, assurer l’approvisionnement des stocks en termes de disponibilité et de diversité des pièces.

t quand bien même le feraient-ils, le prix catalogue restera toujours le critère déterminant pour le client en panne. «Les gens préfèrent venir s’approvisionner ici, souvent à moindre coût, plutôt que de payer le prix fort dans les concessions après avoir attendu plusieurs jours, voire des semaines», commente Yahia, jeune ferrailleur installé au quartier Salmia depuis une année, après le décès de son père. Le jeune ferrailleur n’est pas peu fier de montrer sa boutique où il y a au bas mot un demi-million de DH en pièces de toutes sortes ! Certaines sont de véritables morceaux d’anthologie, car l’on se demande bien, en effet, qui pourrait encore réclamer un alternateur d’une Citroën DS 19 des années 60… «Un bon ferrailleur peut gagner sa vie très confortablement. La notion de conseil et le service après-vente sont, contrairement à ce qu’on répand comme ragots, des choses bien réelles ici», insiste Haj Abdelkébir. Sans doute. Il n’empêche que la réputation sulfureuse de certains professionnels de la casse a la vie dure. Il y en a parmi eux qui n’hésitent pas, en effet, à prélever parfois des pièces parfaitement saines pour les remplacer à l’identique, mais par du vieux. Ou, pire, par du défectueux ! Comme 90 % des automobilistes ne connaissent pas un traître câble sous le capot de leur berline, ils n’y voient que du feu et, de facto, reviennent se faire dépanner quand la mauvaise greffe pose problème. Mais d’où viennent donc toutes ces carcasses, souvent tordues et parfois à peine égratignées ? Les ferrailleurs s’approvisionnent de deux manières, en général : en rachetant les véhicules accidentés, et il y en a beaucoup, et en important des pièces détachées en provenance des grands sites de casses européens, en particulier la France, l’Italie et l’Espagne. Les carcasses sont systématiquement vidées de leurs organes et sont ensuite découpées pour être revendues au kilo dans des filières industrielles. Un recyclage qui, au final, transforme la tôle en «pépites d’or».

 

Il y a une vie après la ferraille…

Que ce soit au quartier Salmia, à Sidi Moumen ou ailleurs, la mise en valeur et le recyclage de la ferraille sont encore loin de répondre aux standards industriels tels qu’ils sont observés, en termes de benchmark, dans d’autres pays. Car, en effet, que deviennent là-bas les vieilles voitures hors d’usage ? En France, par exemple, les épaves ne finissent plus abandonnées dans les campagnes ou sur les terrains vagues. Les voitures sont démontées, dépecées, dépolluées et recyclées. Une directive européenne sur les véhicules hors d’usage prévoit que 85 % du poids d’une voiture en fin de vie soient « valorisés ». En 2015, ce pourcentage sera même porté à 95 %.

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