Fête du Trône 2006

Manhasset entre nouvel espoir et lassitude

Ce dimanche 11 mars, entre nouvel espoir et lassitude, s’ouvre à Manhasset, dans la banlieue de New York, le 9ème round des contacts sur le Sahara. Il réunit les délégations du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie et du polisario. « Pourparlers informels» ? On a tant sacrifié, en effet, à l’euphémisme que l’on a vite oublié qu’il s’agit de véritables négociations avec un agenda, un ordre du jour, des thématiques et, surtout, la présence de Christopher Ross, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, nommé en janvier 2008.

09 Mars 2012 À 19:38

 Il conduit les « discussions » depuis bientôt quatre ans selon une méthode qui lui est particulière, s’inspirant de la diplomatie des « petits pas » et d’une patiente discrétion qui confine à la confidentialité. Et c’est toujours, paradoxalement, des « discussions informelles »… Autant son prédécesseur, Peter van Walsum, avait à cœur de parvenir le plus vite à un accord global sur le conflit du Sahara et donc forçait le pas, autant Christopher Ross procède par élimination d’étapes. On ne saurait lui en vouloir, ni non plus exiger de lui d’inventer la « baguette magique » pour en venir à bout.

Il faut rappeler, cependant, que Peter van Walsum, pragmatique et diplomate chevronné, était arrivé immanquablement à la conclusion que « le plan marocain d’autonomie reste la solution la plus réaliste » ! Qu’elle ait pu froisser et même sortir furieusement de leurs gonds les dirigeants algériens, paraissait presque normal, tant il est vrai que leur opposition à la nomination du diplomate hollandais était manifeste. Ils auront tout entrepris, manœuvres dilatoires et pressions officieuses, pour exiger son départ en avril 2007. Leur jubilation ne put être contenue lorsque Ban Ki-moon, tout à sa volonté de les satisfaire, nomma son successeur, Christopher Ross, ancien ambassadeur des Etats-Unis à Alger, passé auparavant par Fès comme diplomate.

Après avoir mené les négociations de main ferme, confronté les idées de part et d’autre, écouté les points de vue, Peter van Walsum, dans son rapport remis au Conseil de sécurité estimait que «l'indépendance du Sahara occidental n’était pas un objectif réaliste et que le Front polisario devrait y renoncer». Il avait invité par la même occasion les dirigeants de ce dernier à «devenir réalistes», soulignant non sans conviction que «l'indépendance ne pourrait être atteinte». La formule de « réalistes » n’était pas une clause de style, parce que le Conseil de sécurité, constatant le blocage quasi irréversible du dossier, avait prescrit de fermes et incontournables recommandations aux parties en conflit. Il les invitait d’une part à trouver une autre voie de négociation, et d’autre part, à « faire preuve de réalisme ». Autrement dit, à tempérer l’intransigeance affolante. On le sait, Algérie et polisario ne se conformèrent jamais à la recommandation solennelle de l’ONU. L’on sait, également, que, a contrario et dès 2005, après en avoir débattu démocratiquement, le contenu au niveau de toutes les instances nationales et notamment au Sahara même, le Maroc mit en œuvre le Plan d’autonomie, soumis en avril 2007 au Conseil de sécurité. Les Etats-Unis, la France, l’Italie et l'Espagne, entre autres, avaient appuyé officiellement l'initiative d'autonomie au Sahara proposée par le Maroc. L'ambassadeur américain au Conseil de sécurité, Zalmay Khalilzad, soulignait même que «l'opinion de Peter van Walsum méritait d'être sérieusement prise en considération», confortant ainsi la légalité et le droit international.

Le projet de plan d’autonomie, on le doit en tout état de cause au Roi Mohammed VI qui, dès 2005 et 2006 en avait appelé à une autre forme de règlement, susceptible de satisfaire les parties, consensuelle au plan national, dynamique en l’occurrence et, partant, démocratique parce qu’elle s’inscrit-on le saura plus tard-dans une vision où la doctrine de la Régionalisation sera déployée. Nous en sommes toujours là ! A l’heure où, d’un espoir euphorique à un autre espoir déçu, la communauté mondiale exprime tout de même son impatience pour ne pas dire son impuissance face au conflit du Sahara, Manhasset continue de nourrir le mythe d’une négociation bloquée…La France, par la voix de son ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et européennes, Alain Juppé, vient de rappeler l’impératif d’une solution négociée sous l’égide de l’ONU et d’appuyer le plan d’autonomie marocain au Sahara. Elle souligne la portée politique de ce plan et, par conséquent, la pertinence de la vision du Maroc.

Copyright Groupe le Matin © 2026