Fête du Trône 2006

«Quel rôle de l’IMA dans l’ancrage de la gouvernance ?»

Le conseil d’administration de l’IMA vient de se tenir à Rabat. L’occasion de faire le point sur son programme de formation destiné aux dirigeants de sociétés.

Lamia Elbouanani

29 Avril 2012 À 14:09

LE MATIN : Le Conseil d’administration de l’Institut marocain des administrateurs (IMA) vient de se tenir en présence du ministre des Affaires générales, Najib Boulif, qui a fait de la gouvernance l’alpha et oméga de son action : quels ont été les points saillants du CA ?Lamia Elbouanani : Le conseil d’administration s’est tenu sous la présidence du directeur général de la CDG, Anass Alami, et en présence du ministre des Affaires générales et de la gouvernance, Najib Boulif, ainsi que des autres membres fondateurs de l’IMA (la Bourse de Casablanca, la CGEM, le CJD, la Fédération des Chambres de commerce et d’Industrie, l’OCP, l’Ordre des experts-comptables, la RAM et le Groupe SNI). Le ministre a délivré des messages forts : il a insisté sur le rôle fondamental qu’est appelé à jouer l’IMA dans l’ancrage des pratiques de bonne gouvernance et la nécessité de renforcer ses missions, afin de soutenir la compétitivité des entreprises marocaines, en particulier en investissant dans la formation du capital humain, soulignant ainsi l’importance de la certification des administrateurs.Quelle est la genèse de la création de l’IMA ? Qui fait quoi dans un environnement qui inscrit différents codes de gouvernance et différentes normes au cœur de l’action publique ?L’IMA est une émanation de la Commission nationale de la gouvernance d’entreprise établie en 2007 et pilotée par la CGEM et le ministère des Affaires générales et de la gouvernance, avec le soutien et la participation d’opérateurs économiques publics et privés. La SFI a récemment érigé en bonne pratique le mode de consultation public-privé initiée par la Commission, qui a élaboré et publié le code marocain de bonnes pratiques de gouvernance d’entreprise en 2008, puis des codes spécifiques aux PME et entreprises familiales, aux établissements de crédit en 2010 et enfin en mars 2012 le code spécifique aux établissements et entreprises publiques. L’IMA a été créé en juin 2009 avec pour mission première de promouvoir les bonnes pratiques de gouvernance d’entreprise au sein des conseils d’administration et d’œuvrer à la professionnalisation de la fonction d’administrateur de société dans son acception la plus large, en incluant aussi bien les sociétés cotées que les entreprises familiales, les entreprises publiques, les coopératives, les associations, etc.Quelles sont les réalisations et les grandes lignes du plan d’action ?L’IMA est un jeune institut qui est en train de prendre ses marques et qui souhaite s’ancrer sur le marché en répondant véritablement aux besoins de celui-ci. Nous avons mené des activités de sensibilisation et organisé des séminaires de formation en 2010-2011, auprès de 136 cadres dirigeants et administrateurs. Mais notre ambition aujourd’hui est de mettre en place notre propre programme de formation certifié sous le label IMA. La stratégie de l’IMA, approuvée par son conseil d’administration, est très claire : elle consiste à positionner l’Institut comme un centre de services et de formation d’excellence et comme une plateforme d’échanges, pour les administrateurs, animée par les administrateurs. «Le pour et le par» sont un véritable credo : il est important pour l’IMA de répondre aux attentes de son public cible et que ce public participe à son offre. Cela se traduit concrètement à travers deux axes stratégiques. Le premier, c’est l’offre de formation certifiante que nous sommes en train de mettre en place avec L’Université internationale de Rabat et le Collège des administrateurs de sociétés du Québec, et qui s’inscrira dans les recommandations de l’enquête de marché que nous avons menée récemment auprès de grandes entreprises publiques, privées et de PME. Le deuxième axe, c’est le développement des mandats d’administrateur indépendant : il est important que l’IMA puisse recruter des adhérents susceptibles d’être identifiés par les entreprises comme des administrateurs indépendants et constituer ainsi un véritable vivier et l’alimenter, notamment par l’adhésion de profils de professionnels retraités de haut niveau.

Les autres axes stratégiques concernent : la sensibilisation et la promotion de la gouvernance à travers des rencontres thématiques et un Forum annuel de l’administrateur ; des activités de sensibilisation récurrentes sur la gouvernance, notamment auprès des médias ; le dialogue entre pairs administrateurs à travers des groupes de travail. Nous avons un groupe de travail sur la représentativité des femmes au sein des organes de gouvernance et le prochain Forum annuel de l’IMA se tiendra en octobre sur la thématique de «la diversité et la présence des femmes dans les organes de gouvernance». L’IMA a aussi pour ambition de se positionner en force de proposition et a pour objectif de mettre en place à l’horizon 2013-2014 un observatoire de la gouvernance d’entreprise.Quelle inflexion faut-il donner au programme de certification pour faire de l’IMA un centre d’expertise ?

Le montage d’un programme de certification est un processus long et complexe. Les instituts d’administrateurs à travers le monde ont en général attendu une phase de maturité avant de lancer une formation certifiante. Nous avons à cœur à l’IMA, de lancer notre propre programme certifiant «rapidement», afin de construire nos propres ressources pédagogiques marocaines. La dimension locale est essentielle pour disposer sur le long terme d’une expertise sur la gouvernance d’entreprise, stimuler la réflexion des praticiens et développer la recherche académique sur le sujet.La formation certifiante doit être perçue comme un investissement et non comme un coût par les entreprises désireuses d’améliorer leur gouvernance. À cet effet, la mise en place de bonnes pratiques de gouvernance suppose un coût et ce coût ne sera justifié que s’il parvient à démontrer son efficacité dans la création de valeur et dans la réduction des risques d’agence. Il apparaît clairement dans l’enquête de marché que nous avons menée que les entreprises sont conscientes de l’importance de la gouvernance, mais qu’elles réclament aussi des études empiriques rigoureuses sur le lien entre la performance financière et la gouvernance. Il est certain qu’une bonne gouvernance n’est pas en elle-même génératrice de richesse et de croissance, mais en temps de crise et de difficultés, une bonne gouvernance est certainement un facteur discriminant positif.Quelles sont les personnes et les structures susceptibles d’être intéressées par la formation de l’IMA ?Le programme de formation que nous proposons sur les fondamentaux de la gouvernance est un cursus général et transversal sur la gouvernance, dont les exigences fondamentales (la transparence, l’éthique, l’équité, l’obligation de rendre compte) s’imposent à tout type de société. La formation s’adresse aux administrateurs, aux présidents, aux directeurs généraux, aux actionnaires des entreprises familiales, aux membres de directoire et de conseil de surveillance, aux secrétaires de conseil et à tout membre participant aux travaux des comités spécialisés (audit, stratégie, nomination et rémunération, etc.).Un mot sur les modules de formation ?Il faut savoir que la valeur ajoutée de notre formation certifiante reposera sur sa capacité à outiller les administrateurs pour l’adoption d’une nouvelle posture, pour assumer un rôle fondamentalement différent de celui du dirigeant. Cela semble évident à première vue, mais si les plus grandes écoles de commerce ont réussi à offrir des programmes très performants pour les dirigeants exécutifs, très peu d’entre elles disposent de programmes spécifiques à valeur ajoutée pour les administrateurs. La majorité des programmes de qualité à travers le monde a été conçue par des instituts d’administrateurs en collaboration avec des partenaires académiques (Luxembourg-Insead, Afrique du Sud-Université de Johannesburg, France-Sciences Po, Canada-Université Laval). Il est bien entendu important de se concentrer sur l’environnement réglementaire, de fournir les outils financiers et juridiques nécessaires à l’exercice efficace d’un mandat d’administrateur, mais il y a surtout une dimension de leadership, d’éthique et de posture qu’il faut s’efforcer de capturer dans la formation pour amener les administrateurs à se poser les bonnes questions sur leur rôle, dans la création et la préservation de la valeur de l’entreprise.

Il y a une analogie que j’aime beaucoup du célèbre professeur en psychologie Michael Gazzaniga qui avait écrit : «on peut étudier la mécanique et l’ingénierie d’une automobile, en connaître les moindres rouages, mais cela ne nous aidera en rien à comprendre la circulation». De même, on peut avoir une connaissance parfaite des exigences réglementaires de la gouvernance, maîtriser parfaitement la lecture des comptes et faillir à son mandat d’administrateur, si on échoue à adopter la bonne posture et à poser les bonnes questions en toute indépendance, dans l’intérêt social de l’entreprise. Pour répondre concrètement à la question : le programme s’étendra sur 12 jours et sera réparti entre 5 modules de 2 à 3 jours sur les quatre thématiques suivantes : le rôle, les responsabilités et les missions du conseil d’administration ; la stratégie et la gestion des risques ; la performance financière et l’audit ; et enfin les ressources humaines et les valeurs de la gouvernance. Le 5e module sera une simulation de conseil d’administration.

Copyright Groupe le Matin © 2026