L'humain au centre de l'action future

«Nous allons soutenir la création théâtrale, musicale, livresque et plastique»

Affichant beaucoup d’ambition et de bonne volonté, le ministre de la Culture, Mohamed Amine Sbihi, dit disposer de tout un programme pour le développement culturel qu’il veut proche du citoyen. Il nous dévoile, dans cette interview, les priorités de son département pour donner à la culture sa vraie dimension.

Nous allons mettre en œuvre des Bibliobus pour faire parvenir les livres, les journaux et les magazines aux régions les plus lointaines du Maroc.

16 Février 2012 À 16:37

Le Matin : Avant d’être ministre de la Culture, quelle était votre vision de la culture ?Mohamed Amine Sbihi : Bien avant que je ne sois ministre de la Culture, j’étais, et je le suis toujours, conservateur de la bibliothèque Sbihi de Salé. J’ai toujours eu un rapport très étroit avec le livre, en particulier, et la culture, en général. Je considère que la vie culturelle marocaine est un peu élitiste, éloignée du grand public et sans impact direct sur l’évolution de la société. Bien qu’il y ait un foisonnement culturel ces quinze dernières années dans le pays.

À quoi l’attribuez-vous ?La vie culturelle s’épanouit là où s’épanouit la liberté. Donc, l’élargissement du champ des libertés a beaucoup motivé les créateurs et instauré une certaine effervescence culturelle dans notre pays. Mais l’impact est resté relativement limité et ne concernait pas tous les publics. C’est le sentiment que je continue d’avoir.

Quels sont les engagements concrets de votre département pour sortir de cette impasse ?Nous avons quatre priorités. Nous prévoyons une politique culturelle de proximité en instaurant une vraie vie culturelle à travers l’ensemble des collectivités locales. Nous souhaitons également soutenir la création et les créateurs dans notre pays tout en rapprochant leur activité artistique de la société. Nous comptons sauvegarder et promouvoir notre patrimoine matériel et immatériel puis le rendre vivant en le faisant connaître à l’étranger. Nous voulons démontrer que le Maroc n’est pas ce pays que l’on décrit, parfois, d’une manière abusive dans la presse internationale, mais qu’il est le berceau d’une richesse culturelle et artistique extraordinaire. Par ailleurs, nous souhaitons aussi recevoir les cultures du monde et les faire connaître dans toutes les régions du Royaume.

Êtes-vous optimiste pour l’avenir de ce département malgré les problèmes que connaît le secteur culturel ?Chaque jour que je passe dans ce département me donne l’impression que les problèmes sont plus intenses et je découvre l’énormité de la tâche. C’est plutôt un travail de fond qui doit être mené au niveau de chaque programme que nous voulons développer. Par exemple pour le théâtre, il ne suffit pas de subventionner les productions théâtrales. Mais il faut des pièces de qualité, des salles de spectacles partout au Maroc pour motiver le Marocain et l’inciter à aller voir une pièce théâtrale. C’est tout un processus à enclencher. J’ai la chance d’appartenir à un mouvement volontariste. Moi-même, je le suis. Donc, au-delà des moyens relativement limités du département culturel, nous profiterons de la synergie que nous allons établir avec les ministères de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et Sports, du Tourisme, des Affaires étrangères et le chef du gouvernement afin de multiplier nos moyens. Nous allons faire du 1% des collectivités locales notre cheval de bataille (idée émise par feu Hassan II), puis faire en sorte de gonfler le budget alloué au département culturel.Qu’en est-il des Bibliobus et des autres projets que vous souhaitez concrétiser très prochainement ?Nous allons mettre en œuvre des Bibliobus pour faire parvenir les livres, les journaux et les magazines aux régions les plus lointaines du Maroc. Faire en sorte que les écoles et collèges de ces régions aient des espaces de représentations théâtrales, ou autres, afin que les populations puissent approcher la culture sous toutes ses formes. Nous avons aujourd’hui une centaine de jeunes filles et garçons, lauréats de l’ISADAC, auxquels nous pouvons offrir des débouchés pour animer ces espaces culturels. C’est un engagement de ma part pour trouver à tous ces jeunes un emploi cette année.

Êtes-vous pour une production culturelle et artistique majoritairement nationale sur nos chaînes et radios ?Oui, quand elle est de qualité et représente les véritables potentialités marocaines. Cela dit, notre télévision doit mettre à niveau sa production artistique et culturelle. Car on ne peut pas défendre l’indéfendable. Il faut d’abord une bonne production nationale. Le citoyen marocain a évolué et il y a une concurrence. Donc, il faut être à la hauteur de cette concurrence et mettre en avant notre identité. Je tiens à ce que soit organisée une réunion avec les responsables des chaînes et le ministre de la Communication de façon à débattre de la qualité de la production et des procédures pour choisir les producteurs des émissions culturelles et de variétés.

Qu’en sera-t-il des activités organisées par le ministère, comme les festivals, les salons… ?Notre rôle est de proposer un budget, donner les orientations, nous assurer que les choses se passent bien et travailler avec des professionnels qui maîtrisent l’organisation de ce genre d’activités. Nous ne sommes pas une société d’événementiel.

Et quid de la législation en faveur des artistes ?Cette loi est extrêmement avancée, sauf qu’elle n’a pas été appliquée. Par exemple, la carte de l’artiste doit permettre d’offrir à ce dernier un certain nombre d’avantages en mettant en place des conventions avec d’autres organismes.

Comment peut-on définir l’actuel ministre de la Culture ?Je suis volontariste et sensé. Je suis partagé entre l’ambition et la réalité du terrain. L’ambition doit permettre de repousser les limites du possible, compte tenu des faibles moyens dont dispose mon ministère. Je ne veux absolument pas être le ministre de quelques festivals, de cocktails mondains et des voyages à l’étranger. Mon principe est que chaque dirham investi par le ministère de tutelle aille à la culture.

Un Homme aux multiples casquettes

Né en 1954, Mohamed Amine Sbihi a un doctorat de 3e cycle en statistique et recherche opérationnelle à l’Université Pierre et Marie Curie - Paris VI (France) ainsi qu’un Ph.D en sciences mathématiques, spécialité probabilités et statistiques, à l’Université McGill au Canada. Adhérent du Parti du progrès et du socialisme depuis 1975, M. Sbihi a exercé à la Faculté des sciences de Rabat (1990 et 2005), en tant que maître de conférence et professeur de l’enseignement supérieur. Mais ce n’est que 20 ans plus tard qu’il est devenu membre du comité central du PPS. Homme aux multiples casquettes, Mohamed Amine Sbihi compte également à son actif plus de 20 ans d’activités au service de l’université marocaine et du secteur de l’éducation nationale en général, entre autres en tant que directeur du cabinet du ministre de l’Éducation nationale Moulay Ismaïl Alaoui dans le gouvernement Abderrahman El-Youssoufi. Depuis 1996, il est conservateur de la bibliothèque Sbihi de Salé et membre fondateur des associations Al Jisr (1999), Sala Al Moustaqbal (2006) et du Centre d’études et de recherches Aziz Belal (1985).

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