Le CES livrera ses recommandations au gouvernement
Le Conseil économique et social vient de rendre publics les résultats d'un nouveau rapport axé sur l'inclusion des jeunes par la culture. Celle-ci est le parent pauvre des politiques publiques et doit désormais faire l'objet d'une attention particulière des départements concernés afin de faire de ce secteur un levier de développement.
LE MATIN
27 Janvier 2012
À 18:21
C'est en gros la conclusion du CES qui compte soumettre son diagnostic et ses propositions au chef de gouvernement Abdelilah Benkirane. Jusque-là, aucune réunion officielle n'a été tenue entre le chef de l'exécutif et le président du conseil Chakib Benmoussa. Celui-ci assure qu'une rencontre est prévue en la matière pour débattre de plusieurs sujets dont les dossiers que le gouvernement compte soumettre au conseil pour consultations. De par la loi, l'exécutif est appelé à demander les avis du CES. L'article 152 de la Constitution stipule que le Conseil économique, social et environnemental peut être consulté par le gouvernement, par la Chambre des représentants et par la Chambre des conseillers sur toutes les questions à caractère économique, social ou environnemental. Il donne son avis sur les orientations générales de l'économie nationale et du développement durable.
Abdeliah Benkirane a insisté dans la déclaration gouvernementale sur l'importance de l'approche consultative et participative pour mettre en place les politiques publiques. Le gouvernement va-t-il prendre en considération les recommandations du CES ? En tout cas, selon Chakib Benmoussa, quelques suggestions importantes du rapport sur l'emploi des jeunes figurent dans les engagements du gouvernement. S'agissant du récent rapport, il convient de convaincre l'exécutif de la nécessité de penser à la culture autrement pour arriver à atteindre le développement escompté. Jusque-là, le budget consacré au secteur est parmi les plus pauvres. En 2011, il n'a représenté que 0.50 % du budget général de l'Etat. Le CES recommande de diversifier les sources de financements et de construire des partenariats entre les pouvoirs publics, le secteur privé et les associations culturelles et des jeunes. Et ce, en créant un cadre institutionnel sous forme d'une agence et d'un Fonds pour la culture et la Jeunesse. "La question de l'inclusion des jeunes étant une question d'envergure nationale, il incombe à tous les acteurs politiques et sociaux ainsi qu'au monde de l'entreprise de s'y impliquer en vue d'une contribution partagée à la réalisation des conditions de renforcement de la cohésion sociale et nationale", stipule le rapport.
Outre le volet financier, d'autres remarques sont relevées dont l'absence d'accumulation, d'harmonie et de continuité dans les programmes adoptés. Parmi les problèmes figurent la conception très sectorielles que les responsables se font généralement de la jeunesse et des stratégies pour intégrer les jeunes dans la vie publique ainsi que la faiblesse des infrastructures destinées aux jeunes avec une distribution très inégale des équipements entre les grandes, moyennes et petites villes. Le même constat est enregistré entre le monde rural et le monde urbain. Il est également constaté que l'intervention des acteurs politiques est souvent tardive. Ce qui engendre l'aggravation du déficit. Lorsqu'elles sont mises en place, les solutions s'avèrent souvent dépassées et sans impact sur la situation des jeunes.
Un autre problème a trait au décalage flagrant entre l'offre publique et les besoins réels des jeunes aussi bien sur le plan national que régional et local. Les ressources humaines qualifiées manquent pour gérer et animer les établissements fréquentés par les jeunes. Pour pallier les dysfonctionnements, le CES a élaboré plusieurs recommandations mettant en lumière le besoin urgent d'une nouvelle vision de la question de la jeunesse, et d'une revalorisation de la culture en en faisant l'une des dimensions centrales dans toutes les politiques publiques. Il s'agit entre autres de la nécessité d'élaborer un projet national qui part de la conviction collective que la culture est une question stratégique, qu'elle constitue l'un des leviers fondamentaux du développement global du pays et un moyen incontournable pour immuniser l'identité nationale dans sa diversité, retrouver la confiance en soi et communiquer avec le monde. L'idée est de pouvoir aussi opérer une rupture avec la conception traditionnelle de la jeunesse qui la considère comme étant un problème.
Le Conseil économique et social appelle à la mise en place d'une stratégie participative sous forme de contrat-programme national. L'objectif est de remédier aux déficits relevés. Ainsi, il s'avère urgent de créer le plus tôt possible le "Conseil consultatif de la jeunesse et de l'action associative" et le "Conseil national des langues et de la culture marocaine" . Il est également stipulé l'institution d'une Charte nationale pour la préservation du patrimoine matériel et immatériel.
Quelques dispositions institutionnelles et opérationnelles sont à prendre en considération. On peut citer notamment la promulgation d'une loi-cadre obligeant les responsables du secteur du logement et de l'urbanisme à humaniser les lieux de vie de la population. En effet, souvent, on ne pense pas aux infrastructures culturelles lors de la conception des nouveaux quartiers. Le secteur de l'enseignement devra être impliqué en faisant de l'espace scolaire un lieu d'acquisition des formations principales renforcées par le développement de la "curiosité cognitive" et la prise de conscience des avantages de la démocratie chez les apprenants.
Le CES propose de produire des modules de formation aux principes de l'Islam tel qu'il a été toujours pratiqué au Maroc comme une religion de tolérance, de juste milieu et ouverte sur les autres. D'autres idées sont mises sur le tapis comme la développement de sites numériques thématiques offrant aux jeunes des contenus complétant les connaissances scolaires et universitaires…