Fête du Trône 2006

Des Américains originaires du Moyen-Orient transcendent la politique grâce à l’humour

Par Sadia Ashraf
Spécialiste des relations publiques, des médias, de la communication et de la levée de fonds. Elle est basée à Los Angeles et elle écrit sur des sujets tels que la création de passerelles interculturelles et la philanthropie.

09 Avril 2012 À 18:26

Une équipe hétéroclite de comédiens d’origine arabe, perse et américaine parvient à faire rire les audiences tout en démêlant des stéréotypes. Avec un style de comédie qui leur est propre, leurs tournées mondiales se jouant à guichets fermés, des documentaires ou encore de fréquentes apparitions en tant que commentateurs dans les principaux médias, Aron Kader, Maz Jobrani, Maysoon Zayid and Dean Obeidallah sont parvenus à construire des ponts transversaux grâce à l’humour.

Avant le 11 septembre, les comédiens se battaient dans un environnement féroce où les propriétaires de clubs, les agents et les promoteurs ne percevaient pas le potentiel de cette comédie moyen-orientale d’un nouveau genre. Cependant, après le 11 septembre, les projecteurs des médias s’étant tournés vers leur pays d’origine, leur travail a commencé à attirer énormément d’intérêt. La croissance exponentielle de leur audience – des États-Unis aux Émirats arabes unis – les a amenés à un succès planétaire, dont le point culminant fut la création de Axis of Evil Comedy Tour (La tournée de la comédie «L’axe du mal»), un titre satirique faisant allusion à l’expression utilisée par l’ex-président Georges W. Bush afin de décrire les pays qui, selon lui, soutenaient le terrorisme. Ils puisent leur matière première aussi bien dans les fantaisies culturelles que dans les dilemmes politiques du Moyen-Orient. Au cours d’une interview réalisée à Los Angeles, je leur ai demandé si leur thématique était un choix artistique ou s’ils se sentaient obligés d’être les ambassadeurs de leur héritage. Maz Jobrani est né à Téhéran, mais a grandi en Californie. Il m’a expliqué qu’ils n’avaient pas délibérément entrepris de déconstruire les stéréotypes colportés sur les Persans et les Arabes. «Je ne suis pas devenu comédien pour cela. À partir du moment où tu fais ce qui est attendu, tu démissionnes et abandonnes ta voie artistique».

Les comédiens se sont rapidement rendu compte qu’en période difficile, la comédie est un moyen persuasif de promotion de la paix. Maz Jobrani a cité l’exemple spécifique d’un homme qui a eu une révélation après avoir assisté et ri à une représentation de «L’axe du mal». «Il m’a envoyé un courriel afin de me dire qu’après le 11 septembre, il s’était mis à haïr les gens originaires du Moyen-Orient, mais qu’avec le temps, il s’était mis à changer d’avis, progressivement. Il affirmait que le fait d’avoir vu notre émission l’avait aidé dans ce processus.» Toutefois, au plus fort de la guerre contre l’Iraq, Maz Jordani a parfois été interpellé par des membres de l’audience lorsqu’il critiquait l’administration Bush. «J’ai accepté cet état des choses avec sérénité dans la mesure où je croyais en ce que je disais». Dans son numéro, il mettait en avant la vie de tous les jours en Iran. «À la télévision, ils nous montrent toujours sous le même aspect, fâché – mettant le feu aux drapeaux. Pour une fois, je souhaiterais qu’ils nous montrent en train de cuire des biscuits, car en Iran, nous avons des biscuits».

Le cofondateur de Axis of Evil Comedy Tour (La tournée de la comédie «L’axe du mal»), Dean Obeidallah, est un Italo-Palestinien du New Jersey, qui est actuellement en train de réaliser un documentaire sur les comédiens américains d’origine arabe, The Muslims are Coming (les musulmans arrivent). Selon lui, la comédie permet de soulever des problèmes sociopolitiques d’une façon efficace. Citant des influences comme l’animateur de débats télévisés Jon Stewart et les comédiens afro-américains Richard Pryor and Chris Rock, il espère que sa «comédie dissipera quelques-unes des idées reçues que les Américains nourrissent à propos des Arabes et des musulmans. ». Une collaboration a mené Dean Obeidallah à la création du Stand up for Peace Tour (la tournée «Faire front pour la paix»), en compagnie de Scott Blakeman, qui déclare que sa foi juive l’oblige à se dresser contre les stéréotypes.

Au même moment, la cofondatrice, avec Dean Obeidallah, du Arab Comedy Festival (le festival de comédie arabe), Maysoon Zayid, est occupée à déconstruire des mythes au sujet des «femmes musulmanes oppressées, des Palestiniens assoiffés de sang et du pauvre estropié pathétique». Maysoon Zayid est une comédienne palestino-américaine, mais également une activiste en faveur de la paralysie cérébrale, un mal dont elle est atteinte et dont elle rit. La construction de ponts doit se faire dans deux directions. Alors que ces comédiens sont en train de défier en Amérique les idées reçues sur les gens du Moyen-Orient, ils sont également en train de gagner les cœurs et les têtes au Moyen-Orient, où ils ont joué devant des milliers de personnes, animé des ateliers, accompagné de jeunes talents émergents et, comme l’a indiqué Dean Obeidallah, ont été témoins de «l’envolée du monologue comique dans le monde arabe, produit aussi bien en anglais qu’en arabe.»Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 6 avril 2012, www.commongroundnews.org

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