24 Juin 2012 À 16:07
Le Frère musulman Mohamed Morsi a été déclaré vainqueur de la présidentielle égyptienne, dimanche par le président de la commission électorale, Farouk Soltan.Morsi l’a emporté avec plus de 13,2 millions des voix, soit 51,73% des voix face à Ahmed Chafik, dernier Premier ministre de l’ancien président Hosni Moubarak, qui a recueilli 12,3 millions des voix. La victoire de Mohamed Morsi porte pour la première fois un islamiste à la tête du pays le plus peuplé du monde arabe, avec près de 82 millions d’habitants. Cette présidentielle était la première depuis la chute de Hosni Moubarak en février 2011. Le nouveau président disposera toutefois d’une marge de manœuvre très réduite. Il devra notamment faire face à la junte militaire au pouvoir, qui s’est attribué de vastes prérogatives peu avant la fermeture des bureaux de vote.
La Coalition des jeunes de la révolution, qui regroupe plusieurs mouvements à l’origine de la révolte anti-Moubarak, a dénoncé un «coup» des militaires. «Le Conseil militaire, par ce coup anticonstitutionnel, s’est octroyé des pouvoirs sans précédent. Il ne reconnaît pas et ne reconnaîtra jamais une volonté populaire qui puisse le contredire», écrivent ces militants pro-démocratie dans un communiqué.Avant la proclamation des résultats officiels, le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), le bras politique des Frères musulmans, avait proclamé sur son compte Twitter : «Le docteur Mohamed Morsi est le premier président de la République élu par le peuple». Son équipe de campagne a ensuite annoncé que Mohamed Morsi avait obtenu 52% des voix, contre 48% pour Ahmed Chafiq, un chiffre non officiel qui a cependant été repris par la télévision d’État. Auparavant, Mohamed Morsi s’était engagé dans une allocution à travailler «main dans la main avec les Égyptiens pour un avenir meilleur, pour la liberté, la démocratie et la paix». Il a aussi promis de «servir tous les Égyptiens», quelle que soit leur obédience politique ou religieuse.
Peu après l’annonce du PLJ, des centaines de partisans du candidat islamiste ont afflué sur l’emblématique place Tahrir, épicentre de la révolte de janvier-février 2011, pour fêter la «victoire» de leur représentant. Les Frères musulmans et les partis de la mouvance révolutionnaire ont également fustigé les nouveaux pouvoirs de l’armée. Dimanche dernier, le CSFA a annoncé dans une Déclaration constitutionnelle amendée qu’il exercerait le pouvoir législatif jusqu’à l’élection d’une nouvelle Assemblée du peuple, à une date non précisée. La Chambre des députés, dominée par les Frères musulmans, a en effet été dissoute en application d’un arrêt de la haute Cour constitutionnelle pour un vice juridique dans la loi électorale.D’après le texte, le nouveau scrutin ne pourra toutefois pas avoir lieu avant l’adoption d’une nouvelle Constitution, qui devra être rédigée par une commission «représentant tous les segments de la société» avant d’être approuvée par référendum. Le CSFA s’est cependant accordé un droit de veto sur tout article qu’il estimerait «contraire aux intérêts suprêmes du pays». La Déclaration stipule aussi que le CSFA garde la haute main sur «tout ce qui relève des forces armées».Victoire précieuseMohamed Morsi, un ingénieur de 60 ans, a cherché à gommer son image d’islamiste conservateur pour se présenter comme un homme de rassemblement et le seul recours des partisans de la «révolution» contre un retour à l’ancien régime. Fils d’un paysan, Morsi grandit dans le gouvernorat d’Ach-Charqiya, dans le delta du Nil. Pendant ses études en génie civil à l’université du Caire, il adhère aux Frères musulmans. De 1978 à 1995, il finit ses études aux États-Unis.Il occupe, parallèlement à ses activités professionnelles au département de génie de l’université de Zagazig, des rôles de plus en plus importants dans la confrérie, devenant une personnalité influente du mouvement : responsable des relations avec le Soudan, directeur de la section des Affaires étrangères, puis membre du Conseil de guidance, la plus haute autorité du mouvement. Morsi devient le directeur de la campagne des élections législatives égyptiennes de 2010 après le bon score des élections législatives égyptiennes de 2005, sur lequel il espère capitaliser. Mais ces élections sont confisquées par le pouvoir de Moubarak qui espère faire élire son fils Gamal à sa succession. Morsi dénonce les arrestations de Frères musulmans (1 500 selon lui) et la fraude aux élections.
Au moment de la révolution de 2011, il devient un des interlocuteurs d’Omar Souleiman qui considère désormais les Frères musulmans comme une force politique prépondérante. Le 30 avril 2011 est créé le parti de la Liberté et de la Justice et Mohamed Morsi en prend la tête. Il adresse quelques signes rassurants aux adversaires traditionnels des Frères musulmans, que ce soient les libéraux, auxquels il promet de collaborer pour la rédaction de la Constitution, les Américains dont il rencontre les représentants, ou les Coptes dont il prend un représentant comme vice-président du parti, bien qu’il soutienne la charia comme base de la future Constitution. Sûr de la confiance du peuple envers son parti, il soutient le scénario de l’élection d’une Assemblée constituante rapidement.