L'humain au centre de l'action future

Vies à vies ou regards croisés

● Depuis le 6 mars, vous pouvez découvrir les photographies de l’artiste Leila Ghandi à la galerie d’art CDG, place Moulay El Hassan à Rabat.
● Pour vous en parler, nous avons demandé à Dina Naciri, directrice générale de la Fondation CDG, de nous faire partager son enthousiasme.

L’exposition de Leïla Ghandi illustre parfaitement le dialogue entre les peuples et les cultures.

09 Mars 2012 À 19:52

«L’exposition est totalement dédiée à l’art photographique, segment artistique souvent banalisé, mais extrêmement porteur de messages que le regard du commun des mortels ne peut déceler en profondeur. Car, finalement, il ne s’agit que d’une simple photo, mais en prenant le temps de bien la contempler, en prenant connaissance du moment, du lieu, du contexte où elle a été prise, de sa mise en perspective, de la cible photographiée, guidé en cela par un artiste passionné, sa particularité et son positionnement hors normalité photographique se dégagent, laissant la voie au statut de photo artistique.

Et c’est dans cet esprit que la Fondation CDG accueille du 6 mars au 13 avril 2012 dans sa galerie d’art les photographies de l’artiste Leila Ghandi. Le choix de la date, à la veille de la journée de la femme, n’est pas anodin. Car pour ceux qui la connaissent, et nous tous que nous côtoierons lors du vernissage ou après, elle est un exemple pour les femmes du Maroc. Émancipée, libre, courageuse, déterminée, engagée, elle est un des porte-flambeaux de cette génération qui fait bouger le Maroc. L’exposition de Leïla Ghandi, intitulée «Vies à vies», en est une parfaite illustration, celle du dialogue entre les peuples et les cultures, celle du conte de l’histoire des autres, celle de ce qui nous pousse à nous interroger sur le regard qu’on pose généralement sur les gens, les choses et les faits. Ces regards croisés que Leïla Ghandi partage avec nous permettent en effet non seulement de voyager et de découvrir le monde, mais aussi de mettre en lumière certaines des ressemblances qui unissent le Maroc, son pays, aux autres pays qu’elle a visités.

C’est donc avec un réel plaisir et une grande passion que nous nous joignons tous à Leïla Ghandi pour découvrir avec elle, ensemble, ses œuvres, et les réalités que celles-ci nous divulguent et nous racontent, dans un style d’art photographique, car le lit-on bien dans son travail, Leïla prend le temps de connaître l’autre (sa cible), de s’intéresser vraiment à lui, de l’écouter. En découlent des photographies authentiques, touchantes qui emportent par leur sensibilité», déclare Dina Naciri, Directrice générale, Fondation CDG.


Biographie

Diplômée de Sciences Po Paris, Leïla Ghandi est photographe et réalisatrice indépendante spécialisée dans le portrait documentaire. Elle est l’auteure de «Chroniques de Chine», recueil de textes et de photographies publié au Maroc aux Éditions Le Fennec, puis en France aux Éditions Bachari. De la galerie 127 de Marrakech à la galerie Art Lounge de Beyrouth, en passant par le Parlement européen, ses photographies font l’objet d’expositions à travers le monde. Depuis 2009, ses films documentaires sont diffusés à la télévision marocaine. En 2010, elle réalise et anime «Vous en parlerez», une chronique d’opinion hebdomadaire diffusée sur Atlantic Radio. En 2011, elle est intervenante auprès de l’École supérieure du journalisme de Casablanca. En 2012, elle réalise une série documentaire pour 2M et elle fait ses premiers pas à la télévision en tant qu’animatrice. Leila vit et travaille à Casablanca.www.leilaghandi.com


Déclarations : ● «Le bonheur de partir est aussi grand  que celui de revenir»

Nous avons demandé à Leïla Ghandi de nous faire partager sa passion pour l’image : «J’ai toujours été fascinée par le constat du «si loin si proche». Je me souviens d’un de mes premiers voyages en famille. C’était à Madrid. J’avais sept ans et j’ai demandé à mes parents : «C’est ça, l’Espagne ?» J’étais stupéfaite, presque déçue : pour moi, c’était comme Casablanca. Je m’attendais à trouver un monde nouveau, des gens nouveaux, des paysages nouveaux. Du haut de mes sept ans, j’avais conclu que Madrid et Casablanca, c’était du pareil au même. Pas assez adulte pour percevoir les subtilités culturelles. Pas assez enfant pour me contenter des dessins animés en espagnol et de l’aqua lemon. Je me souviens m’être posé la question : «Et la Chine, alors (pour moi, la métaphore de l’éloignement ultime), ça ressemble aussi à Madrid ?» Beaucoup plus tard, j’allais en Chine.

Inconsciemment, peut-être recherchais-je toujours une réponse à mon interrogation. Aujourd’hui, après plus de quinze ans à parcourir le monde et à rencontrer ses habitants, mon constat est le même que lorsque j’avais sept ans : nous nous ressemblons. Du Maroc au Népal, du Liban au Brésil, et de la Chine au Pérou, nous nous ressemblons. La déception quasi nostalgique de mes sept ans, née de mon imaginaire d’enfant inspiré de contes et d’aventures fantastiques, a laissé la place à l’émouvant émerveillement que je ressens chaque fois que je me retrouve devant ce qui est finalement une parcelle d’universel. Paul Valery disait : «enrichissons-nous de nos différences». Je suis bien d’accord. J’aime à ajouter : «réjouissons-nous de nos ressemblances». En réalité, nous nous ressemblons bien plus que nous ne le pensons. «Vies à Vies» a pour intention de partager avec vous quelques-unes de ces parcelles d’universel, quelques-uns de ces instantanés pris sur le vif, qui sont autant de regards croisés entre le Maroc et l’étranger. Je voudrais aussi vous dire que pour moi, le bonheur de partir est aussi grand que celui de revenir. Partir, c’est m’aventurer, me dépasser, découvrir, réapprendre, me poser des questions.

Revenir, c’est raconter, partager, témoigner, me poser de nouvelles questions. L’un sans l’autre ne peut exister. Ou du moins, perd de son sens à mes yeux. Alors merci d’être là aujourd’hui. Parce qu’alors cela veut dire que grâce à vous, à travers vous, avec vous, il m’est possible de partager, de raconter, de rendre encore vivantes et vibrantes ces rencontres faites sur la route et que je porte encore en moi aujourd’hui.»

 

Copyright Groupe le Matin © 2026