01 Décembre 2012 À 20:24
Ce sont 6 824 personnes vivant avec le VIH/Sida au Maroc, depuis la 1986 jusqu’au 30 juin 2012, selon la direction de l’épidémiologie relevant du ministre de la Santé.Un chiffre qui, à l’apparence, n’est pas très alarmant comparé au 30 millions d’habitants, mais lorsqu’on sait que l’année dernière le ministère avait recensé 6 194 malades et que 630 nouvelles personnes ont été infectées entre octobre 2011 et juin 2012, là on commence à se rendre compte de la gravité de la situation. Pire encore, l’ONU-Sida a annoncé une augmentation de 37% des nouvelles infections, au Maroc, en 2011 par rapport à 2001.
«63% des porteurs du VIH sont en stade avancé de la maladie. Et selon nos estimations, le Maroc compterait pas moins de 29 000 personnes séropositives, dont 80% l’ignorent toujours», déclare Aziza Bennani, responsable du Programme de lutte contre le Sida auprès de la direction d’épidémiologie relevant du ministère.Autre point négatif, nous sommes loin de réaliser l’objectif de l’ONU : Objectif zéro : zéro nouvelle infection au VIH, zéro discrimination et zéro décès dus au Sida, d’ici 2015. Et pour cause : la prévalence continue de faire défaut au Maroc. «Sur le plan mondial et particulièrement en Afrique, 25 pays subsahariens, comme le Zimbabwe et l’Éthiopie, ont diminué leur taux de prévalence à 50%. Par contre, dans la région de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, la courbe continue de progresser et le Maroc n’est pas épargné», annonce Nadia Bezad, présidente de l’Organisation panafricaine de lutte contre le Sida (OPALS Maroc).
Une triste réalité qui nous pousse à nous poser des questions. Pourquoi, malgré toutes les avancées scientifiques réalisées dans le traitement du Sida et dont nous disposons au Maroc, avons-nous du mal à réaliser un taux de prévalence plus important ?«Ce qui est inquiétant c’est que nous n’avons jamais eu autant de moyens pour lutter contre le Sida. Aujourd’hui, le Sida n’est plus un tabou, nous disposons de tests gratuits et anonymes, de préservatifs, de traitements… Alors pourquoi n’arrivons-nous pas à diminuer les chiffres ? Ce qui est plus grave, c’est que la majorité des personnes infectées par le VIH sont les jeunes et les femmes», affirme Bezad. Et de poursuivre : «Les jeunes ont besoin d’être informé par des méthodes qui leur plaisent : Internet, réseaux sociaux… et ils ont besoin d’une éducation sexuelle de la santé sexuelle et reproductive.
Malheureusement, il y a une absence d’éducation relative à ce domaine, que ce soit à l’école, ou au sein de la famille. Personne n’en parle et le “hchouma” est toujours de rigueur».
Le manque d’informations dont disposent les jeunes est, donc, l’une des principales causes de l’augmentation du taux de prévalence au Maroc. «Lorsqu’ils ne trouvent personne pour les informer et les guider, les jeunes vont se renseigner sur internet. Cependant, ces informations ne sont pas toujours fiables et c’est comme cela que les jeunes tombent dans le piège et attrapent le virus», explique la présidente de l’OPALS Maroc». «Si chacun de nous jouait son rôle et prenait le problème du sida au sérieux, nous n’allions pas avoir ces chiffres. Si le ministère de l’Éducation nationale intégrait cette notion de santé sexuelle et reproductive dans les programmes en bonne et due forme, il va sauver les jeunes. Ce n’est pas pour le culpabiliser, mais il a une grande responsabilité envers les jeunes ignorants des risques. Nous devons être tous conscients que le silence tue ! C’est un crime», précise-t-elle.
Tout est donc question de prévention. Le ministère de la Santé en est également conscient. «Il faut institutionnaliser la prévention et en élargir la couverture à tous les niveaux, et surtout les populations les plus exposées. Pour cela, ONG, associations et société civile doivent participer», souligne Bennani, qui ajoute que hormis la prévention, le dépistage et l’insuffisance des ressources humaines spécialisées représentent également d’importants obstacles, au niveau de la lutte contre le Sida. «Nous souffrons de manque de spécialistes en médecine interne qui sont les plus aptes à réaliser les dépistages», indique la responsable du programme de lutte contre le Sida.
Toutefois, malgré ces contraintes, le ministère a axé sa stratégie de lutte contre le Sida sur le dépistage. D’ailleurs, en juin 2012, il a organisé, pour la première fois, une campagne de dépistage à travers le Royaume, et ce dans les établissements de soins de santé de base. «Plus de 76 000 tests ont été réalisés en une semaine et malheureusement, nous avons découvert 198 cas positifs qui ont été immédiatement dirigés vers les centres de prise en charge», assure Aziza Bennani.
Le dépistage est également le cheval de bataille des différentes associations qui militent dans la lutte contre le Sida. «Notre programme de base au sein de l’Association est le dépistage. Nous sillonnons le Maroc durant toute l’année, en organisant des campagnes de dépistage, à travers desquelles nous accompagnons les malades (soutien médical et psychologique). Il faut savoir que l’OPALS Maroc existe depuis 1994 et dispose de 18 centres de traitements à travers le Maroc, ainsi que deux unités mobiles», indique Nadia Bezad. Même principe chez l’ALCS (l’Association de lutte contre le Sida), qui organise régulièrement des actions mobiles sur les lieux de travail des routiers pour leur faciliter l’accès au dépistage et aux soins IST. Les jeunes sont également au cœur du programme des associations.
Chacune leur consacre un programme de taille visant à les sensibiliser quant aux dangers. «Nous avons un programme spécifique pour les jeunes, dit : “Génération sans Sida”. Dans le cadre de ce programme, des éducateurs s’occupent de former les jeunes où nous mettons l’accent sur la promotion de la santé sexuelle et reproductive chez les jeunes», souligne Bezad. De son côté, l’ALCS a mis en place une démarche en direction du grand public et des jeunes adultes qui consiste à aller volontairement à la rencontre de ce public afin de le sensibiliser sur le VIH/Sida et de faire émerger leurs questionnements sur cette thématique. «Le but étant de permettre un contact plus aisé entre les jeunes et les dispositifs de prévention, de dépistage et de soins, en plus de les aider à prendre conscience de la nécessité de se protéger et de protéger l’autre», affirme-t-on auprès de l’association. Toutefois, il est dommage de constater que malgré la noble mission pour laquelle elles militent, les associations ne travaillent pas côte à côte et des guéguères intestinales persistent. Une situation confirmée par la présidente de l’OPALS Maroc. «Un autre problème se pose au Maroc et qui est assez grave, c’est qu’il n’y a aucune coordination entre les associations. Conscients de la tension qui règne, certains professionnels refusent même de participer aux différentes actions organisées par les uns et les autres», confie Dr Bezad.
L’Association de lutte contre le Sida (ALCS) organise, sous le Haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la quatrième édition de la campagne «Sidaction Maroc». Cette année, la campagne se déroule du 6 au 31 décembre 2012 avec, comme temps fort, une soirée télévisée de variétés et d’appel à dons d’environ 3 heures, diffusée en direct le 14 décembre 2012, sur 2M et 2M Maroc.Sidaction Maroc est une campagne nationale, biennale, qui a pour objectif de récolter des fonds pour la prévention de l’infection au VIH et la prise en charge des personnes vivant avec le virus.Les jeunes seront l’axe de la campagne organisée cette année. En effet, selon les dernières données épidémiologiques (juin 2012), 51% des porteurs du VIH au Maroc ont entre 15 et 34 ans. Non informés, nos jeunes, qui constituent 30% de la population, sont les plus menacés par le VIH/sida. Il est donc urgent de renforcer la lutte contre l’épidémie. Pour rappel, la campagne 2010 a permis de collecter 13,1 MDH, grâce à la générosité des donateurs et à la mobilisation de plusieurs partenaires. Près de 35% de cette collecte ont été reversés à des associations partenaires travaillant dans le domaine de la lutte contre le sida au Maroc à travers le Fonds d’appui aux structures partenaires créé à cet effet par l’ALCS, soit plus de 4 MDH.