07 Mai 2012 À 18:45
La crise en Europe, le tassement de la demande chez la plupart de ses partenaires commerciaux traditionnels et l’instabilité au Maghreb poussent le Maroc à diversifier ses débouchés.
Dans un intervalle de 6 mois, Maroc Export, accompagné d’une cinquantaine d’entreprises exportatrices, a sillonné les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG). La première fois, en octobre 2011, le périple a concerné le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis ; la deuxième fois, la caravane s’est rendue du 26 avril au 4 mai en Arabie saoudite, au Sultanat d’Oman et au Bahreïn. Si le processus d’intégration du Maroc dans le CCG n’a pas abouti, sa position de partenaire privilégié est tout aussi bénéfique. D’ailleurs, lors de son prochain sommet consultatif, le 14 mai, le CCG débattra des mécanismes d’aide au développement pour le Maroc, la Jordanie et le Yémen. Il y a une réelle volonté de hisser le niveau des échanges à celui des relations politiques et diplomatiques. À chaque étape du Prospectour (Arabie saoudite, Oman, Bahreïn), organisé par Maroc Export et auquel «Le Matin» a pris part, les responsables moyen-orientaux n’ont eu de cesse d’insister : il est temps de passer de l’amitié au partenariat économique, disent-ils.
Tel un leitmotiv, une interrogation est revenue plusieurs fois dans la bouche de Saad Benabdellah, directeur de Maroc Export : «Qu’est-ce qui nous empêche de nouer des partenariats pareils à ceux que l’on a avec la France ou les États-Unis ?» La réponse est tellement évidente que l’on passe à côté : il faut multiplier les contacts et être plus agressif que par le passé. C’est la première fois qu’une aussi forte délégation d’hommes d’affaires et représentants d’entreprises marocaines fait le déplacement dans les pays du CCG. Ils représentent des secteurs triés sur le volet, notamment l’industrie pharmaceutique, l’agroalimentaire, le textile et le cuir, le BTP, les NTIC et la finance. Bilan de ce deuxième Prospectour : plus de 354 contacts BtoB ont été établis en Arabie saoudite lors des deux étapes de Djeddah et de Riyad, 162 contacts au Sultanat d’Oman et enfin 200 rencontres au Bahreïn. Au total, quelque 716 BtoB ont été tenus durant les trois étapes. C’est un premier pas significatif qui permettra d’avoir des lignes aériennes et maritimes directes une fois le volume critique des échanges atteint.
La première escale du Prospectour a été l’Arabie saoudite (Jeddah et Riyad). Le pays est en forte progression économique et devrait même profiter de la recrudescence attendue du prix du pétrole. L’Arabie a réalisé des gains énormes en 2011 avec un baril à 100 dollars et une production de 15 millions de barils/jour. Que du pain béni pour un pays qui s’attend à une croissance de 5% en 2012 et qui est en pleine construction de cinq nouvelles villes économiques et industrielles. À Riyad, les hauts buildings en chantier sont illuminés de jour comme de nuit. L’architecture est futuriste et le désert n’a pas eu raison de la détermination des bâtisseurs à donner le meilleur d’eux-mêmes. En ces lieux saints de l’Islam, le commerce est une tradition qui date de plusieurs siècles. L’Arabie saoudite est sans conteste la porte d’entrée pour accéder aux marchés des autres pays du CCG. Inversement, l’Arabie peut avoir besoin du Maroc comme plateforme vers l’Afrique où le PIB prévisionnel en 2020 est de 2 600 MMDH et les terres arables représentent 60% de la réserve mondiale. Le Maroc représente aussi un pont commercial avec ses 55 accords de libre-échange (ALE) qui donnent accès à presque un milliard de consommateurs de par le monde.
Sous un soleil de plomb, Mascate, la capitale du Sultanat d’Oman, arbore fièrement sa verdure. Les espaces verts, minutieusement entretenus, sont partout. La ville est, par ailleurs, la plus sécurisée de la région. Il y fait bon vivre. Pas surprenant qu’elle soit élue capitale du tourisme en 2012. De trois millions d’habitants et une superficie de 300 000 km2, le Sultanat est la deuxième étape du Prospectour. Pour les 39 entreprises exportatrices qui participent à l’expédition, le Sultanat présente des opportunités énormes de partenariat. Comme le Japon, ce pays importe 95% de ses besoins en produits alimentaires. Bien que le volume des échanges avec le Maroc soit dérisoire (on importe pour 19 M$ et on exporte à peine pour 434 000 dollars), les niches de partenariats restent nombreuses. À la Chambre de commerce et d’Industrie de Mascate, cette volonté a été concrétisée par la signature d’un Mémorandum d’entente avec Maroc Export. Un engagement pour faciliter les procédures et l’échange des idées, des projets et des informations économiques au profit des entreprises exportatrices. Plus encore, un Fonds d’investissement commun de 250 M$ devrait voir le jour prochainement. L’accord a été signé en décembre 2010 et le financement de ce fonds sera assuré à 50% par les deux États marocain et omanais et l’autre moitié par le privé. À 20.000 dollars par habitant et par an, le PIB du Sultanat est des plus élevés dans le monde. En 20 ans, il a connu une progression fulgurante, passant de 11 MM$ à 57,8 MM$, chiffre de 2011. La croissance est de 6% malgré la crise.
En mal de superficie, le pays fait appel aux Hollandais, les meilleurs pour construire des îles artificielles. À Manama, les chantiers n’arrêtent pas sur un sol qui faisait partie de la mer. C’est tout simplement surhumain. Bahreïn, le premier à découvrir le pétrole dans la région, est l’exemple de ces économies pétrolières qui cherchent des alternatives afin de quitter le schéma de la pétrodépendance. Il présente ainsi des similitudes avec un Maroc en quête d’un développement basé sur l’élément humain. L’archipel compte 1,3 million d’habitants, dont 54 % d’étrangers. Jusqu’à aujourd’hui, son économie reste fortement liée au pétrole, qui représente 60% des exportations, 70% des revenus du gouvernement et 30% du PIB qui a atteint 23 milliards de dollars en 2010. Selon les prévisions économiques au Bahreïn, le PIB devrait connaître une ascension fulgurante durant les 8 prochaines années. C’est un pays très ouvert, une vraie zone franche. Il occupe le 12e rang mondial sur l’échelle de l’ouverture économique. Un mémorandum d’entente a été signé entre la Chambre de commerce de Manama et Maroc Export. Objectif, donner une nouvelle dynamique aux relations économiques entre les deux pays en facilitant les procédures liées à l’échange. Le Maroc peut capitaliser sur son expérience dans la banque islamique. D’ailleurs, le secteur financier, fleuron de l’économie du Bahreïn, génère 25% du PIB.