22 Septembre 2012 À 17:01
Face à la fréquence accrue des sécheresses, les paysans du monde entier luttent pour préserver le rendement de leurs cultures. Aux États-Unis, les agriculteurs ont connu la pire sécheresse depuis plus d’un demi-siècle.Les cours du maïs, du blé et du soja se sont envolés en juillet et août et restent élevés depuis.Mais la longue période aride qui a desséché les récoltes dans une grande partie des États-Unis n’était que la dernière d’un cycle global de sécheresses de plus en plus fréquentes et dévastatrices. Dans le Sahel en Afrique, des millions de personnes sont confrontées à la famine, pour la troisième fois depuis 2005. L’absence de précipitations et la volatilité des prix des denrées alimentaires ont rendu une situation difficile plus terrible encore. En fait, ce sont les pauvres de ce monde - en particulier ceux des zones rurales - qui souffrent le plus de cette combinaison de facteurs.Cela augure mal de notre avenir. À l’horizon 2050, la production alimentaire mondiale devra avoir augmenté de 60 % pour répondre à la demande d’une population mondiale croissante, dont les habitudes alimentaires se modifient. Pour garantir la sécurité alimentaire de tous, il sera nécessaire non seulement d’accroître la production alimentaire, mais également sa disponibilité, particulièrement pour les populations des pays en développement. Il faudra pour cela faire tomber les barrières et les inégalités, renforcer les capacités et disséminer les connaissances. En Afrique, les petits cultivateurs - qui fournissent 80 % des aliments de la région subsaharienne - ont besoin d’infrastructures permettant le développement de l’agriculture, dont des systèmes d’irrigation et des routes, et une meilleure organisation des marchés, ainsi qu’un accès aux technologies. Le Fonds international de développement agricole voit un énorme potentiel dans le secteur agricole en Afrique, dont la croissance s’est élevée à 4,8 % en 2009, comparé à 3,8 % dans la région Asie-Pacifique et seulement 1,4 % en Amérique latine et dans les Caraïbes. Étant donné que l’agriculture représente 30 % environ du PIB de l’Afrique subsaharienne, et plus de 60 % des emplois dans la plupart des pays africains, le développement du secteur pourrait substantiellement réduire la pauvreté dans la région.L’expérience a montré à plusieurs reprises, non seulement en Afrique - dans des pays comme le Burkina Faso et l’Éthiopie - mais également dans des pays émergents comme la Chine, l’Inde et le Vietnam, que les petits cultivateurs peuvent prendre la tête de la croissance du secteur agricole tout en stimulant une croissance économique plus vaste. Les petits paysans, hommes et femmes, sont les principaux investisseurs agricoles en Afrique. Et la croissance du PIB tirée par l’agriculture est plus de deux fois plus efficace pour réduire la pauvreté que la croissance dans d’autres secteurs.Mais les paysans africains rencontrent des obstacles considérables pour réaliser leur potentiel. En moyenne, ils utilisent moins de 10 kilos d’engrais par hectare, comparé aux 140 kilos utilisés en Inde. De plus, moins de 5 % des terres arables sont irriguées et les variétés améliorées sont rarement utilisées.Les efforts de développement agricole doivent donc porter sur la promotion de la croissance et de la viabilité des petits cultivateurs et des petites entreprises rurales. Il faut à cette fin établir un cadre réglementaire plus favorable, une assistance technique, ainsi que des liens avec les fournisseurs, les distributeurs et les bailleurs de fonds. Les pays qui connaissent une croissance marquée de leur secteur agricole, comme le Brésil et la Thaïlande, ont bénéficié d’investissements du gouvernement dans la recherche et la mise en place d’infrastructures. Nous ne devons pas seulement envisager comment améliorer la capacité des petits paysans à cultiver des aliments. Nous devons également renforcer leur capacité à participer aux marchés, tout en améliorant la manière dont ces marchés fonctionnent.Des relations d’investissement sont en outre nécessaires entre les petits cultivateurs et le secteur privé. En permettant aux paysans d’accroître leur production et leurs revenus, des investissements privés à l’attention des petits cultivateurs peuvent soutenir la croissance économique et la sécurité alimentaire. Enfin, les organisations agricoles, qui sont les intermédiaires essentiels entre les producteurs et les investisseurs, doivent être intégrées à l’élaboration des programmes et des politiques de développement agricole.Un secteur rural dynamique peut générer une demande pour des biens et des services produits localement, stimulant ainsi la croissance d’emplois durables dans la transformation agroalimentaire, les services et une production à petite échelle. Ces créations d’emplois pourraient permettre aux jeunes de prospérer dans leurs communautés rurales au lieu d’être contraints de migrer vers les villes pour trouver un emploi.L’Afrique peut se nourrir. Mais ce n’est pas tout : au moyen d’un savoir-faire, d’outils technologiques, d’infrastructures et de politiques de facilitation, les petits paysans en Afrique et ailleurs peuvent tirer le développement agricole durable, contribuer à la sécurité alimentaire mondiale et catalyser la croissance économique dans le monde entier.Copyright: Project Syndicate, 2012.www.project-syndicate.org