14 Mai 2012 À 18:23
La Banque mondiale vient de présenter un rapport, fruit d’un travail de terrain de 4 mois auprès de 2883 jeunes, à la société civile, aux autorités, aux ministères et aux jeunes. Un rapport qui constate que près de la moitié des jeunes marocains âgés de 15 à 29 ans se trouvent sans emploi et ne fréquentent pas les organismes éducatifs. Une étude qui va donc analyser les causes de cette inactivité généralisée. «Les jeunes du Maroc sont pleins d’idées et tiennent à contribuer à la société», déclare Gloria La Cava, chef de projet et coordinatrice de Jeunesse de la région MENA au sein de la Banque mondiale, mais surtout directrice de l’équipe ayant rédigé le rapport. «Cependant, les jeunes ont été exclus des opportunités, n’ont pas bénéficié d’une décennie de croissance économique et n’ont qu’une voix limitée dans le processus de prise de décision» continue Gloria La Cava.
En somme, une jeunesse délaissée qui a perdu toute confiance vis-à-vis du système. Ainsi, le rapport démontre que 80% des jeunes interviewés travaillent sans contrat, un tiers sont dans le secteur informel et la plupart de ces jeunes travaillent dans le secteur privé alors que 46% d’entre eux préfèrent le secteur public. Le secteur agricole absorberait les non qualifiés, mais sans grandes possibilités de carrières. De plus, cette jeunesse ne semble pas être consciente des efforts fournis par la société pour l’aider et l’accompagner. En effet, 14% des interviewés seulement connaissent l’ANAPEC et parmi ceux qui la connaissent, très peu ont recours à l’agence pour des informations ou de l’aide. En parallèle, le rapport constate que ce temps libre n’est pas utilisé à bon escient. Un jeune inactif n’occupera pas forcément son temps dans des activités sociales ou civiques. En effet, une grande partie du temps des jeunes est consacrée à des occupations personnelles non structurées comme dormir, manger, se laver ou encore «traîner», principal hobby de la jeunesse marocaine.
Ces jeunes déclarent passer très peu de temps dans des clubs, des associations ou des organisations de la société civile. Internet et les réseaux sociaux sont le moyen pour eux de créer des liens avec la société et d’exister même virtuellement.
«Ces jeunes doivent faire face à plusieurs obstacles à commencer par un accès limité à une maîtrise de la langue française dans le système éducatif public qui empêche l’accès au secteur privé, par exemple», explique Kawtar Mawas membre du Cercle des jeunes démocrates marocains. «De plus, l’égalité des chances qui n’est pas respectée et l’inadéquation entre le contenu théorique des programmes et la pratique n’arrangent pas la situation de la jeunesse», continue-t-elle. En effet, une jeunesse qui selon Yassin Benhajjam , coach en développement personnel présent lors de la conférence, s’explique par une adéquation entre l’excellence scolaire et l’excellence personnelle doublée d’un manque de rêve. «Les jeunes auxquels j’ai souvent à faire sont à la recherche de l’excellence scolaire et se perdent souvent dans cette recherche surtout quand ils n’y arrivent pas», explique-t-il. «L’excellence, c’est d’abord l’excellence de soi en commençant par réfléchir à ce à quoi on aspire et à renouer avec ses rêves d’enfants. C’est le travail qu’on réalise avec les jeunes aujourd’hui», continue la même source.
Un travail qui se fait également au niveau de la société civile et des autorités, conscientes depuis le Printemps arabe du poids de la jeunesse et de son mal-être surtout.
questions à : Jamal Belahrach, président de la Commission emploi à la CGEM
Quels sont les problèmes et les difficultés de la jeunesse marocaine ?Je pense que le problème c’est que le Maroc vient juste de découvrir qu’il avait une jeunesse importante, qui a des aspirations et des rêves à réaliser dans son propre pays, mais qu’en même temps il n’a rien fait pour la préparer et la former pour qu’elle puisse faire face à ce monde nouveau où les enjeux sont de taille. Le premier est celui de la dignité et du travail qui soulève le problème de la formation et de l’éducation et donc de l’orientation. Et chemin faisant, le bilan que l’on peut faire de ces trente dernières années est la création d’une jeunesse sacrifiée. Il n’est pas trop tard bien sûr, mais cette jeunesse a besoin de reprendre confiance en elle, dans le pays, dans la capacité à réaliser de belles choses. Et quand j’ai recueilli les témoignages des jeunes ce matin, je me suis rendu compte qu’il s’agit d’une jeunesse très mature, qui sait ce qu’elle veut, mais en même temps qui doit apprendre à dialoguer avec le secteur public comme avec le secteur privé pour s’adapter à ce monde nouveau. Il faudrait tout d’abord, développer l’investissement et la richesse économique, pour que demain, la jeunesse puisse aspirer à devenir un acteur de la société en général. Il n’y a pas que le travail, il y a aussi l’investissement dans la société civile qui est un élément majeur. Tous les acteurs politiques doivent se réunir autour d’une table et dire à ces jeunes ce qu’ils veulent faire «avec» eux et non «pour» eux. Justement quelles sont les actions concrètes qui existent pour accompagner ces jeunes ?En ce qui concerne le patronat, on a montré avant tout le monde notre engagement auprès des jeunes avec un Pacte national pour l’emploi qui proposait 20 mesures. Il y a déjà deux mesures qui ont déjà été mises en place dont le fameux «Contrat d’intégration professionnelle», et l’arrêt de la précarisation des contrats ANAPEC. Il y a encore 18 mesures qui concernent la réforme de l’orientation des jeunes, la réforme de la formation professionnelle et l’Observatoire pour l’emploi et l’échec de la formation. Nous avons proposé bon nombre de mesures concrètes, mais la question reste : comment faire vite pour opérationnaliser ces 18 mesures ? Et là force est de constater que le gouvernement doit accélérer son rythme de travail.Est-ce qu’au Maroc il y a conscience de la nécessité de formations courtes et professionnalisantes en adéquation avec le monde de l’emploi ? De légers progrès ont été faits pour réadapter le système universitaire, mais le sujet est tellement vaste que nous ne sommes pas encore au niveau. Il y a beaucoup de filières dans nos universités qui devraient être supprimées, le lien entre l’école et le monde de l’entreprise n’est pas encore établi et c’est quelque chose que je vois tous les jours et que l’on vit concrètement. Je ne crois pas qu’aujourd’hui on est conscients de la gravité du problème, on parle, on fait beaucoup de conférences, mais où sont les actions concrètes ? L’urgence est de mettre en place un vrai Plan Marshall pour l’éducation et la formation !