16 Avril 2012 À 16:14
Assise, dos au mur, tête pitoyablement penchée vers la gauche, un enfant de moins de quinze mois dormant innocemment dans ses bras, Tina, 27 ans, tend la main. Un geste qu’elle accompagne de petits mots quémandeurs. «Monsieur, Monsieur», lance-t-elle, non sans faire tinter de la monnaie. Histoire d’attirer l’attention des passants. Voilà le quotidien de cette mère qui doit mendier pour survivre. Présente sur ce couloir du boulevard Mohammed V toujours battu par les vents et envahi par le bruit assourdissant des klaxons des voitures, cette originaire du Nigeria nous explique, sur un ton calme et désespéré, qu’elle est sur les lieux depuis 2008. «J’ai quitté mon pays pour venir ici parce que je ne pouvais plus rester aux côtés de mes parents et les voir souffrir de famine sans rien faire. J’ai préféré émigrer pour gagner ma vie», nous confie-t-elle avec une voix à peine audible.
Tina est mariée. Son époux se trouve actuellement à El-Jadida et fait la même chose qu’elle : mendier. À la question : combien te donne-t-on en moyenne par jour ? Tina, réticente au début, accepte de nous répondre : «Je reçois une somme quotidienne d’environ 90 à 100 DH. Ce qui ne représente pas grand-chose par rapport aux charges familiales qui sont nombreuses». De l’autre côté de la ruelle, juste à quelques mètres de l’arrêt du tramway situé à l’entrée du marché de la Médina, une autre femme, la trentaine passée, accepte de nous faire part de sa situation. Mariée et mère de cinq enfants, cette femme qui a préféré garder l’anonymat nous confie qu’elle gagne 50 à 60 DH par jour. Ancienne femme de ménage, elle quitte ce métier pour s’adonner à la mendicité.
Enfants obligent ! Le mois du ramadan est une période propice pour la mendicité. «Durant cette période, les gens deviennent plus généreux et donnent plus», indique-t-elle. Toujours dans cette même ambiance de Bab El Had, cette fois-ci, à l’entrée de la «Souika», se trouve Imane avec ses deux petites filles, cheveux mal coiffés et vêtements abimés. Elle n’accepte pas de nous parler au début. «À chaque fois, des gens viennent nous interroger et nous promettre d’améliorer notre situation. Que des paroles ! » Après un moment, elle se calme et se met spontanément à raconter son malheur, tellement ça pèse sur son cœur. «Je mendie parce que je ne trouve pas de travail. J’ai des enfants à charge et un mari atteint d’un cancer. Il lui faut 1 500 DH pour chaque séance de chimiothérapie, sans oublier le loyer qui s’élève à 600 DH par mois», nous confie-t-elle. «C’est tout simplement impossible à gérer !» conclut-elle sur un ton désespéré.
Entre compassion et indifférenceLa situation de ces mères mendiantes ne laisse pas indifférents les gens. Entre pitié, compassion ou indifférence, les passants expriment leur solidarité avec elles. Bilal, 34 ans, qui dit travailler non loin de là, nous confie : «J’éprouve une grande pitié pour elles. Avec des enfants à nourrir, le logement à payer pour certaines, c’est vraiment dur.». Même si Bilal ne peut pas faire grand-chose pour elles, il leur donne, dès qu’il le peut, «1, 2 ou 3 DH». Tristement, il poursuit en disant «l’État devrait leur venir en aide».