Spécial Marche verte

Le fléau de la drogue aux portes des lycées

Malgré la lutte acharnée que le Maroc mène contre la drogue, les adolescents arrivent quand même à se procurer des stupéfiants aux alentours de leurs établissements scolaires.

Une expérimentation par curiosité se transforme souvent en dépendance.

16 Avril 2013 À 18:18

L’école est censée être le deuxième foyer de ses élèves. Un établissement où les enfants et les adolescents développent leurs connaissances et consolident leur éducation. Cependant, de nos jours, les établissements scolaires semblent ne plus exercer le même rôle et les élèves ne lui vouent plus autant de respect.Pire, l’établissement scolaire est devenu un lieu où tout est permis, y compris la consommation de la drogue. Fumer un joint, prendre une pilule de psychotrope, ou sniffer une drogue dure, les adolescents cachent à peine leur addiction. «À mon époque, se droguer devait se faire en cachette, on avait peur de se faire prendre par un voisin, un proche, ou pire, par un instituteur. Maintenant, les jeunes prennent de très tôt des drogues de plus en plus dures et tout cela devant les portes de leurs établissements scolaires, sans aucune crainte, ni honte», soupire Abdelhamid, 46 ans en passant dans les abords d’un lycée.

En effet, le petit espace relevant de l’enceinte extérieure de l’établissement est plein de jeunes fumant des joints et mangeant des «gâteaux» à l’odeur et à la couleur bien connues : le «maâjoune» (mélange d’huile de kif, de noix de muscade et d’autres épices). À côté, assis à ras le sol, un autre groupe d’adolescents sniffant une poudre blanchâtre.

Un quotidien pour certains jeunes qui n’ont, apparemment, aucun mal à se procurer ces substances. «Tout le monde vend de la drogue ici. Il n’est pas difficile de s’approvisionner. Il y a des fournisseurs qui viennent tous les jours, le snack de l’autre côté de la rue en vend aussi et j’ai une camarade de classe qui en fournit à quelques élèves de temps en temps», souligne Manal, 15 ans. Quelques minutes plus tard, un jeune s’approche discrètement d’un groupe de filles. L’une d’entre elles lui tend des billets d’argent et le jeune homme lui glisse la marchandise. L’échange ne dure qu’une minute et presque personne ne s’en rend compte. Les adolescentes s’installent ensuite sur le trottoir et se partagent la marchandise, quelques minutes plus tard, leurs rires commencent à bien se faire entendre, et certaines se mettent à provoquer les passants qui les regardent, ahuris. C’est cet état d’euphorie pour planer, s’engouffrer dans une semi-conscience qui est recherchée par ces jeunes. Pour beaucoup, c’est une façon d’être matures, de s’affirmer et de se rebeller. Pour d’autres, c’est simplement une expérimentation par curiosité qui se transforme souvent en dépendance. Résultat : déperdition scolaire, perte de valeurs, initiation à la délinquance...

«On est face à un phénomène organisé. Ce commerce génère de grandes sommes d’argent aux mafias qui s’organisent autour de ces adolescents», affirme Karim El Kerch, directeur de l’Heure Joyeuse, une association qui sillonne le Royaume, depuis 2005, au sein de la caravane «La lil karkoubi, la lil moukhadirat» (non aux psychotropes, non aux drogues), en partenariat avec deux autres associations de quartiers. «Nous avions, dans le cadre d’un partenariat avec les associations “Al Azhar” et “Addel Al Waref”, organisé cette caravane dans le but de sensibiliser les jeunes dans le milieu scolaire quant aux dangers de la drogue. Aujourd’hui, ces deux associations œuvrent dans le cadre de l’INDH et l’Heure Joyeuse est considérée comme garant technique de cette opération», indique El Kerch. Et d’ajouter : «En ce qui nous concerne, nous organisons des actions de sensibilisation régulières, dans le cadre de notre pôle éducation, au profit des enfants, mais également de leurs parents».

Toutefois, il est malheureux de constater que les actions de sensibilisation ont du mal à atteindre leur objectif, puisqu’au lieu de régresser, le phénomène des drogues dans les établissements scolaires et l’addiction des jeunes semblent augmenter. «Il est vrai qu’un travail important est fait dans ce sens, au niveau des associations, des autorités, des établissements… mais ce qui fait défaut au Maroc, c’est le manque de coordination entre les différentes parties prenantes», estime Krime El Kerch. «Il faut arrêter de recourir aux solutions de bandage et assurer plus d’implication de la part des parents, parce qu’on a l’impression qu’ils ont démissionné de leur rôle éducatif. Il faut aussi penser à une stratégie nationale qui permettra de consolider les efforts de chacun et enfin il serait important de penser à un accompagnement post-médical et assurer plus de lits aux centres spécialisés», conclut-il.

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