Fête du Trône 2006

La coalition gouvernementale va-t-elle voler en éclats?

● La décision du Conseil national du Parti de l’Istiqlal de se retirer du gouvernement a été prise à l’unanimité. Les héritiers d’Allal El Fassi déplorent l’absence d’un véritable dialogue entre les composantes de la coalition gouvernementale.
● Trois scénarii se dessinent : un remaniement ministériel avec l’Istiqlal, l’entrée dans la coalition d’un nouvel allié ou (en cas d’échec) le recours à des élections anticipées.

Dans l’immédiat, les ministres istiqlaliens continueront leur mission au sein du gouvernement.

12 Mai 2013 À 15:53

Chabat est allé jusqu’au bout de ses menaces. La décision du Conseil national de l’Istiqlal de se retirer du gouvernement constitue la plus rude épreuve qu’a traversée, jusque-là, la majorité depuis que Hamid Chabat a été porté à la tête du parti de la balance. En effet, en dépit des déclarations tonitruantes de certains membres de la majorité gouvernementale lors des premiers mois de la vie de l’actuel gouvernement, la situation était gérable par Abdelilah Benkirane. Mais, au fil du temps, tout a commencé à se compliquer en raison des critiques acerbes successives du nouveau patron des héritiers de Allal El Fassi qui avait réussi avec brio à couper l’herbe sous les pieds de Abdelwahed El Fassi.

La gestion des tractations pour la composition du gouvernement menée par ce candidat malheureux au poste du secrétaire général de l’Istiqlal était fortement critiquée par les militants, et à leur tête Chabat. Le chef de file des istiqlaliens s’est engagé dès le départ à changer cette situation qui « ne reflète pas le véritable poids du parti au sein de l’échiquier politique». Les critiques fusaient aussi à cause du manque de coordination entre les composantes de la majorité. L’Istiqlal jouait le rôle de l’opposition tout en faisant partie de la majorité. En témoignent non seulement les sorties médiatiques de ses leaders mais aussi les interventions musclées de ses députés au Parlement. C’est dans ce cadre qu’a été préparé le fameux mémorandum du parti de la balance qui ne semble pas avoir trouvé l’écho escompté auprès du chef de la majorité. La requête fondamentale de l’Istiqlal porte sur la nécessité de la redynamisation de l’action gouvernementale en ces temps de crise à travers notamment un remaniement ministériel. Cette doléance est restée en suspens. Un autre mémorandum économique a été adressé à Benkirane.

Les alliés pris au dépourvu

Face au silence de ce dernier, Chabat n’hésitait pas à tirer à boulets rouges contre le gouvernement. Ses déclarations lors du 1er mai étaient mal digérées par les alliés dont certains membres préféraient les considérer comme des «initiatives personnelles ». Mais, la décision du Parlement du Parti de l’Istiqlal réconforte Chabat dans sa position de leader et porte-parole de la plus vieille formation politique au Maroc. Pour Abdelkader El Kihel, membre du comité exécutif, l’Istiqlal avait beau multiplier les mises en garde, en vain. Il fustige les prises de décision unilatérales au sein du gouvernement. Jusqu’à samedi matin, les trois autres composantes de la majorité ne croyaient pas que la décision du Conseil national de l’Istiqlal allait être si catégorique. Les alliés semblent être pris au dépourvu car ils étaient nombreux à croire que cette instance allait déléguer au comité exécutif la décision finale« comme sorte de manœuvre pour faire pression sur la majorité ».

Aujourd’hui, trois scénarios sont possibles: un remaniement ministériel en concertation avec l’Istiqlal, l’entrée dans la coalition d’un autre allié pour garantir la majorité numérique ou le recours à des élections anticipées en cas d’échec de ces deux solutions. En tout cas, Benkirane doit examiner toutes les pistes avec ses alliés. «La décision du Conseil national de l’Istiqlal concerne l’ensemble de la majorité. Elle sera analysée au niveau de nos instances dirigeantes », signale au Matin M’Hammed Grine, membre du conseil de présidence du parti du Livre.

Pour sa part, le président du groupe parlementaire du parti de la Justice et du Développement, Abdellah Bouanou, estime qu’il faudra revenir au Conseil national du Parti pour la prise d’une décision, qu’elle soit relative à un nouvel allié ou au recours à des élections anticipées. Mais cette situation appelle une prise de décision rapide. Le parti de l’Istiqlal semble ne plus tolérer aucun retard. Dans l’immédiat, les ministres istiqlaliens doivent continuer leur mission au sein du gouvernement.

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