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«L’incubateur que nous avons lancé est destiné aux porteurs d’idées ou de projets innovants»

Poussée par sa volonté d’exceller dans l’innovation et le transfert de la technologie, l’Université Moulay Ismaïl de Meknès a créé «iBDA3», un incubateur universitaire pour la région Meknès Tafilalet. Détails avec le professeur Ahmed Lebrihi, président de l’Université Moulay Ismaïl de Meknès.

Ahmed Lebrihi, président de l’Université Moulay Ismaïl de Meknès

15 Janvier 2013 À 17:27

Le Matin : L’Université Moulay Ismaïl a lancé il y a quelques mois l’incubateur universitaire «iBDA3». Est-ce que cette structure est opérationnelle aujourd’hui ? Et comment fonctionne-t-elle ?Pr Ahmed Lebrihi : L’incubateur iBDA3 n’a que neuf mois d’existence. Il est destiné à impulser et à développer la création d’entreprises innovantes en relation avec les compétences et les ressources scientifiques de l’Université Moulay Ismaïl. Toute personne (chercheurs, étudiants, cadres...) désirant développer une activité potentiellement industrielle à partir d’une idée innovante peut ainsi bénéficier du cadre iBDA3. Ses missions principales sont : aider à la création d’entreprises innovantes, transférer les résultats de la recherche publique vers le monde socio-économique et favoriser les synergies entre les entreprises et l’Université. L’incubateur fera en sorte que les projets qu’il accompagne aboutissent le plus rapidement possible et pour cela, il assurera un suivi régulier de l’état d’avancement des projets et il concentrera un maximum de soutien pour chaque projet retenu. Avant de vous dire comment ça marche, j’aimerais vous présenter une étape primordiale, il s’agit de la détection des idées innovantes. Pour atteindre cet objectif, nous devons sortir de nos bureaux pour aller sur le terrain. Nous avons organisé une multitude de séminaires auprès des étudiants, des chercheurs et des ingénieurs pour les inciter à venir déposer leurs projets. L’incubateur «iBDA3» est en étroite collaboration avec la banque d’idée de projets créés par le CRI et l’ANAPEC. Ils nous ont permis de détecter quelques projets innovants en incubation actuellement. Nous faisons aussi du sourcing auprès de nos institutions. Donc, cette étape de détection des idées ou des projets innovants est très importante pour la réussite des projets d’incubation.

Mais une fois le dossier de demande d’incubation déposé, quelles sont les étapes à suivre ?Le porteur de projet est convoqué pour un entretien avec un comité d’experts. Un projet retenu suivra trois étapes par la suite. La première concerne la protection de l’invention par le dépôt d’un brevet. C’est l’Université Moulay Ismaïl qui se charge des frais de protection. La seconde étape consiste à préparer avec le porteur de projet le dossier à envoyer au CNRST (Centre national de la recherche scientifique et technologique) pour la demande de financement. La troisième étape concerne la désignation d’un groupe de travail qui se charge de l’élaboration d’un plan d’action et la définition des tâches. Je m’explique : à chaque projet, nous affectons un ou plusieurs experts, leur rôle est d’aider le porteur du projet à élaborer les prototypes et faire avancer son projet. Je vous donne un exemple : en ce moment, nous avons un projet de traitement des déchets ménagers protégé par un brevet d’invention. À ce projet, nous avons affecté un expert en environnement et en biodiversité pour bâtir un argumentaire sur l’impact du dispositif sur l’environnement, un expert en énergie renouvelable maîtrisant les techniques de récupération de l’énergie libérée par le procédé, un expert en science humaine et sociale qui va traiter l’aspect sociétal du projet. En plus de l’aspect technique et expertise, nous offrons au porteur du projet incubé une salle de réunion, un bureau, un photocopieur, et un accès internet.

Aujourd’hui, combien de projets sont incubés ?À neuf mois de sa création, «iBDA3» compte cinq projets innovants en incubation. Nous sommes très satisfaits de ce résultat et nous continuons notre recherche de nouvelles idées. Personnellement, je suis convaincu que les années à venir vont être marquées par un développement sans précédent de l’innovation. Certains projets sont par ailleurs déjà arrivés à la phase de prototype.

Quels types de partenariats lie l’incubateur au CNRST, au CRI (Centre régional d’investissement), à l’OMPIC (Office marocain de la propriété industrielle et commerciale) et à la Recherche et développement Maroc ?«iBDA3» fait partie du Réseau marocain d’incubation et d’essaimage (RMIE) qui est une structure du CNRST. De même, nous avons une collaboration avec l’OMPIC. Celle-ci réside dans la protection des inventions ainsi que la réalisation, via le TISC, des recherches thématiques. Avec le CRI de Meknès-Tafilalet, nous avons une convention d’encadrement des porteurs de projets et surtout de détection des idées innovantes. Nous sommes présents avec eux dans la plupart des réunions de porteurs de projets. Récemment, le CRI et l’ANAPEC de Meknès ont créé ce qu’on appelle une banque d’idées de projets. Cette initiative permettra sans aucun doute de faire émerger des entreprises innovantes. R&D Maroc est un acteur important pour le rapprochement des universités et des entreprises ainsi que pour la promotion de l’innovation, c’est pour cela que nos objectifs sont complémentaires.

Est-ce que l’incubateur dispose de moyens aussi bien financiers qu’humains pour assurer les missions qu’il s’est assignées ?En effet, le frein aujourd’hui des incubateurs au Maroc réside dans ces deux points : les moyens financiers et humains. Actuellement, les incubateurs au Maroc ne sont malheureusement pas autonomes. Le budget alloué reste relativement faible et le secteur privé est assez absent. Les moyens humains subissent également la même logique. À côté du manque du nombre s’ajoute le manque flagrant de compétences.

Est-ce qu’il est prévu des partenariats avec des incubateurs nationaux et étrangers ?Oui, évidemment, que nous avons des partenariats avec les incubateurs nationaux, notamment celui de Beni Mellal et de Fès. À l’échelle internationale, nous sommes en train de tisser des liens étroits avec l’incubateur de l’université de Lisbonne, de Paris Sud et l’incubateur du Midi-Pyrénées. Je profite de cette occasion pour lancer un appel ouvert aux porteurs d’idées innovantes ou de projets innovants. «iBDA3» est peut-être la solution, venez nous voir, nous ferons le nécessaire pour que votre rêve devienne une réalité.

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