26 Février 2013 À 17:23
Le succès, aux législatives du week-end, du Mouvement Cinq Étoiles de l’ex-comique Beppe Grillo, a tant bouleversé les équilibres que la gauche l’emporte de justesse à la Chambre des députés (29,54% contre 29,18% à la coalition de droite de Silvio Berlusconi), mais n’a pas la majorité au Sénat.
L’«ingouvernabilité» de la troisième économie de la zone euro (derrière l’Allemagne et la France) a fait chuter les marchés financiers. Milan a perdu 5% en début de séance, imitée par Paris (presque -3%) et Francfort (-2%). Les taux obligataires italiens se rapprochaient dangereusement des 5% (à 4,7%) entraînant l’Espagne dans leur sillage et ravivant le spectre de la crise de la zone euro quand les taux italiens frisaient les 7%. L’Italie en forte récession (-2,2% pour le PIB en 2012) est appesantie par une dette colossale dépassant les 2 000 milliards d’euros.Mario Monti, très apprécié de ses partenaires européens, fait figure de grand perdant du scrutin : il n’a recueilli qu’environ 10% des suffrages au parlement. Il s’est toutefois dit «satisfait» du résultat de sa formation centriste («Choix civique») «née il y a seulement deux mois» appelant à «garantir un gouvernement au pays».
Ses conseillers ont confié miser sur l’hypothèse d’une «grande coalition» qui irait du PD, la formation de gauche de Pierluigi Bersani, jusqu’au PDL de Silvio Berlusconi avec comme «pivot» le centre de M. Monti. Une hypothèse évoquée aussi par certains éditorialistes. Mais le Cavaliere qui, à 76 ans, menait sa sixième campagne en 18 ans et a opéré une remontée spectaculaire par rapport à la position catastrophique du PDL dans les sondages en novembre semblait plus circonspect. «Il faudra sans doute faire quelques sacrifices. Un accord avec le PD ? Nous devons prendre le temps de la réflexion», a-t-il dit sur une radio en excluant, en revanche, un accord avec M. Monti.
Les positions des deux hommes semblent, en effet, peu conciliables puisque le magnat des médias a mené une campagne aux accents populistes, en dénonçant «une Allemagne hégémonique» en Europe dont les diktats d’austérité à l’ex-commissaire européen auraient coulé l’économie du pays.
Les informations en provenance du Parti démocrate semblaient indiquer que la gauche pourrait au moins tenter de former un gouvernement. Son chef Pier Luigi Bersani, un ancien communiste connu pour avoir mené sous le gouvernement Prodi une ambitieuse politique de libéralisation, est considéré comme un pragmatique.Avant le scrutin, il s’était engagé à maintenir la discipline budgétaire tout en insufflant un peu plus d’«équité sociale» dans l’économie. Il pourrait faire une ouverture en direction de l’électorat de Beppe Grillo, formé de nombreux «précaires» du marché du travail, de retraités déçus de la droite comme de la gauche, mais aussi de petits entrepreneurs écrasés par la fiscalité.