L'humain au centre de l'action future

Thami Benkirane aux prises avec les codes-barres

● La galerie Mohamed El Fassi accrochera, du 13 au 28 février, les «Codes-barres de la pesanteur» du photographe Thami Benkirane.
● Organisée par le ministère de la Culture et l’Association marocaine d’art photographique (AMAP), la manifestation met en avant les thématiques de l’enfermement et de la liberté qui parcourent chacune des photos de l’artiste.

La cage et les barres sont des thématiques récurrentes chez Thami Benkirane.

13 Février 2013 À 18:00

Revisitant des lieux qui lui sont très chers, comme la médina de Fès, Thami Benkirane nous fait voir à travers son objectif des scènes et des histoires du vécu quotidien de l’homme marocain, en particulier, avec ses codes-barres imaginaires. Une lecture plutôt métaphorique de ces codes que nous avons l’habitude de voir sur les emballages. Ceux des photos de Thami nous rappellent des lieux d’enfermement, symboles de restriction des libertés. Tel l’oiseau mis dans une cage.«La tendance à mettre les petits oiseaux destinés au chant dans des cages aux dimensions extrêmement réduites est en elle-même une négation de l’essence de l’oiseau. Car, ce qui fait que l’oiseau est oiseau, ce sont avant tout les ailes qui lui permettent de s’affranchir de la pesanteur et de voler. C’est cette faculté de voler qui fait que l’oiseau, cet intercesseur entre le ciel et la terre, soit perçu comme un symbole universel de liberté», explique l’artiste Thami Benkirane pour signifier la présence de ces codes-barres dans ses images, tout en relevant que de tous les temps, «l’Homme a caressé le rêve conscient ou inconscient de voler à l’instar de l’oiseau. Il y a donc comme une sorte de paradoxe : d’un côté, pour l’être humain, l’oiseau est synonyme de liberté et de l’autre, certains humains lui ôtent cette liberté pour le maintenir prisonnier dans une cage. C’est donc par extension que j’ai cherché à rappeler à l’Homme que lui aussi est en liberté illusoire, voire provisoire, et que les barres de sa prison sont très souvent invisibles ou immatérielles». Thami Benkirane ne cesse de nous dire et de dévoiler ce qu’il a au fond de l’âme, en révélant avec tristesse et révolte la vue d’un oiseau en cage. Chose qu’il exprime si bien à travers cette exposition allant dans le sens de son combat quotidien contre toute atteinte à la liberté d’expression. «Ces codes-barres cachent à l’Homme une vue claire des choses, diminuent la liberté de ses mouvements et son dynamisme. Tout en étant conscient que la victoire sur les aléas de la vie dépend de notre capacité de survoler, avec nos corps et âmes, vers de nouveaux horizons», souligne Jaâfar Akil, enseignant chercheur à l’ISIC et président de l’AMAP qui considère le photographe Thami comme étant obsédé par l’idée de combiner entre le genre documentaire et expressif dans la réalisation d’un travail photographique. «C’est une recherche renouvelée et diversifiée que l’artiste mène avec, pour équation, la cristallisation du réel et son dépassement, tout en s’appuyant sur la technique de la superposition, la surimpression et la juxtaposition». Ce regard propre à la démarche photographique ne surprend pas ceux qui le connaissent. Car le professeur universitaire Thami Benkirane s’est toujours intéressé à l’être humain et à son vécu. Avec ses images symboliques, l’artiste propose une série de sujets qui lui tient tant à cœur. «Derrière la forme se cache donc un discours, par ailleurs, clairement énoncé dans un texte qui vient éclairer précisément les raisons de l’auteur», précise Patrice Loubon, commissaire d’expositions et directeur de la galerie NegPos, poursuivant que «même si cette série peut dérouter dans un premier temps, du fait de sa totale hétérogénéité de forme, allant au-delà de cette impression initiale, nous goûtons avec un infini au plaisir de la qualité des propositions de cet explorateur discret de la société contemporaine. Aux confins des styles et des genres, repoussant en permanence cette obligation quasi rituelle de la série qui adopte une déclinaison purement formelle».

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