06 Janvier 2013 À 18:03
C’est un autre tournant que prend actuellement le Parti de l’Istiqlal depuis son dernier congrès national. Si le parti fondé par Allal El Fassi était toujours considéré comme une formation où l’unanimisme est la règle et où les grandes orientations sont dictées par les apparatchiks, la donne tend aujourd’hui à changer. L’apparition de deux courants divisés au sujet de la tenue du prochain conseil national du PI le prouve. Le premier conseil national à être organisé après le congrès qui a porté Hamdi Chabat à la tête du parti de la balance s’annonce donc houleux.
Prévu pour la semaine prochaine, ce rendez-vous de la principale instance du parti, celle qui a procédé à l’élection du secrétaire général, est contesté par le courant de Abdelouahed El Fassi, candidat malheureux au secrétariat général du parti face à Chabat. Ce groupe, qui a tenu, il y a deux jours, une conférence de presse à Rabat annonçant la création de ce courant baptisé «Bila Hawada» (avec obstination), remet en question la légalité de la tenue de ce conseil national. Pour cela, il met en avant deux arguments. Tout d’abord, il estime que l’actuelle direction du parti présidée par Hamid Chabat reste illégale tant que la justice ne s’est pas encore prononcée, définitivement, au sujet du procès qui oppose Abdelouahed El Fassi à Chabat. Procès à travers lequel El Fassi soutient que les élections du secrétaire général ont été entachées d’irrégularités. Le tribunal de première instance de Rabat, qui a le dossier en main, a reporté au 18 janvier prochain l’examen de cette affaire qui traine depuis trois mois. Le deuxième argument mis en avant par le courant «Bila Hawada» insiste sur le fait que les statuts du parti prévoient que le conseil national se tient en deux sessions chaque année. C’est-à-dire en octobre et en juin. De la sorte, ils estiment que l’appel lancé par Chabat pour tenir ce conseil national est illégal.
Les accusations lancées contre l’actuelle direction ne s’arrêtent pas là. Le courant représenté par Abdelouahed El Fassi conteste également les décisions prises par le comité exécutif dirigé par Hamid Chabat. Il estime ainsi que le mémorandum adressé par Chabat au chef du gouvernement, au nom du Parti de l’Istiqlal, est nul et non avenu. À travers ce mémorandum, Chabat appelle le chef du gouvernement à procéder à un remaniement ministériel. Mais les partisans d’El Fassi estiment qu’il s’agit là d’une décision qui engage le parti et qui doit donc être décidée par le conseil national.
Que répond le clan Chabat ? À ce sujet, «le Matin» avait adressé une question au chef du Parti de l’Istiqlal quelques jours avant la présentation dudit mémorandum à Abdelilah Benkirane et aux chefs des partis de la majorité. «En ce qui concerne ce dossier, il faut rappeler que le parti, lors de son dernier congrès, avait entériné la décision de la participation au gouvernement. Nous nous devons de consulter les instances du parti quand celui-ci devra débattre du retrait du gouvernement. Dans ce cas, le conseil doit être consulté pour décider. Or, là, nous parlons d’un remaniement ministériel visant à renforcer le rôle du parti au sein de l’actuel gouvernement et non pas d’un retrait», nous avait expliqué Chabat.
Position qui n’est pas du tout partagée par les partisans d’Abdelouahed El Fassi. En tout état de cause, selon Chabat et ses partisans, le poids de chaque courant sera connu le jour du conseil national prévu le 11 janvier. Chabat met ses détracteurs au défi de faire échouer cet événement en le boycottant. Il pense en effet qu’ils ne sont pas suffisamment nombreux pour que le quorum exigé pour la tenue du conseil national ne soit pas réuni. Ainsi, la date du 11 janvier, date de la commémoration de la présentation du Manifeste de l’indépendance, célébrée annuellement par le Parti de l’Istiqlal, sera une journée décisive pour les Istiqlaliens de tous bords. Affaire à suivre.