Fête du Trône 2006

Les petits partis peinent à voir grand

La majorité des partis politiques au Maroc n’arrive pas à percer sur le plan électoral. Deux freins majeurs sont cités par les responsables de ces formations qui se trouvent en queue de peloton. Il s’agit du manque de ressources financières pour mener des actions de proximité auprès des citoyens et aussi de leur «exclusion» des médias audiovisuels publics.

Treize partis politiques n’ont aucun député au Parlement. Ph Kartouch

04 Mars 2013 À 19:40

Officiellement, le Maroc compte quelque 35 partis politiques reconnus par l’État. Pourtant, peu de formations arrivent à percer sur le plan électoral. Lors des législatives de 2011, huit formations politiques seulement ont pu obtenir plus de 95% des voix. Sur les 31 partis politiques ayant participé aux échéances anticipées, uniquement 18 ont pu s’assurer une présence au Parlement dont cinq n’ont décroché qu’un seul siège. Quatre sont difficilement parvenus à faire élire deux députés.

Pourquoi les petits partis n’arrivent pas à se développer et à attirer les électeurs ? Contactés par «Le Matin», des responsables de ces formations tiennent en premier lieu à souligner qu’au Maroc, il n’existe pas de grands partis vu qu’aucune formation politique n’arrive à obtenir la majorité. En 2011, le premier parti n’a décroché que 27,08% des voix. Pour la secrétaire générale du Parti de la société démocratique Zhor Chekafi, «on ne peut pas qualifier les partis au Maroc de petits ou grands. Mais, il s’agit plutôt de partis pauvres et d’autres riches. L’échiquier politique marocain est un miroir de la société».

Les militants des formations politiques qui se trouvent en queue du peloton déplorent en premier lieu la faiblesse des ressources financières qui ne leur permet pas de multiplier les actions de proximité auprès des citoyens non seulement pendant la période électorale, mais de manière permanente.Les partis politiques ne vivent pas de la cotisation de leurs adhérents qui restent en majorité symboliques. «Nous assurons la gestion du parti principalement grâce à la subvention de l’État qui est de l’ordre de 500 000 DH. Une somme qui reste dérisoire par rapport aux besoins.», note Chakir Achehbar, secrétaire général du Parti du renouveau et de l’équité.

Le financement des campagnes électorales est également critiqué, car il ne permet pas à tous les partis politiques de bénéficier de la subvention étatique. «Il ne s’agit pas d’un financement pour les partis politiques qui n’arrivent pas au seuil de 3% des voix, mais plutôt d’un emprunt», précise Mme Chekafi qui a vécu une mauvaise expérience en 2009. Lors des dernières communales, son parti a reçu la somme de 500.000 DH, mais n’ayant pas réussi à atteindre le seuil exigé, il devait la rembourser. Or, «on ne pouvait pas rendre à l’État cet argent que nous avons déboursé pendant la campagne électorale. Nous n’avons pu terminer le remboursement de cette somme que récemment. C’est ainsi que la subvention annuelle vient d’être débloquée pour la première fois pour notre parti alors que cela fait cinq ans que nous existons.», dit la chef de file du PSD.

Nombreux sont ceux qui estiment qu’une grande responsabilité incombe à l’État. Le financement public, dit-on, doit être équitable en instaurant des règles de concurrence loyale pour que tous les partis politiques puissent faire des actions de proximité auprès des citoyens en bonne et due forme. Outre le financement, un autre problème est soulevé, celui de la «marginalisation» au niveau des médias audiovisuels publics. «Malgré la faiblesse de nos moyens, nous organisons des manifestations importantes qui ne sont pas couvertes par les télévisions alors que les autres partis politiques bénéficient du soutien médiatique et sont souvent présents dans les émissions et les journaux télévisés.», se plaint Mme Chekafi.La même amertume est ressentie par M.Achehbar. Il signale que l’accès aux médias audiovisuels est réservé à 8 partis politiques au point que les citoyens pensent que seuls ces partis existent sur l’échiquier politique. Il considère qu’il s’agit d’une rente politique. «Faute de présence dans les médias, nous nous limitons au contact direct avec les citoyens et nous essayons d’être dynamiques au niveau des communes dans lesquelles nous sommes représentés ainsi qu’au niveau de la société civile. Mais, nul n’ignore que l’audience de masse ne peut être assurée qu’à travers l’audiovisuel», relève-t-il.

Pourtant, le respect du pluralisme est régi par la loi. L’article 6 de la décision du CSCA n° 46-06 relative aux règles de la garantie du pluralisme d’expression des courants de pensée et d’opinion dans les services de la communication audiovisuelle en dehors des périodes électorales stipule que «les opérateurs de la communication audiovisuelle veillent à ce que le temps cumulé des interventions des membres du gouvernement et des partis de la majorité parlementaire ne dépasse pas le double du temps consacré aux partis appartenant à l’opposition parlementaire au sein de la Chambre des représentants, tout en respectant des conditions de programmation comparables et similaires.»

Pour les partis non représentés au Parlement, l’article 7 dispose : «Les opérateurs de la communication audiovisuelle sont tenus d’accorder à l’ensemble des partis non représentés au Parlement un temps pour exprimer leurs positions vis-à-vis des événements et des questions d’intérêt public, de l’ordre de 10% du temps global consacré au gouvernement et aux partis de la majorité et de l’opposition parlementaires.»D’après le relevé de la HACA du 1er avril au 30 juin 2012, dans les télévisions, la part du gouvernement et des partis de la majorité parlementaire a dépassé les 83% sur TV Al Oula, TV Tamazight, Médi 1 TV et TV 2M. Quant aux partis non représentés au Parlement, leur part n’a pas dépassé les 2%. Des chiffres qui confirment les accusations faites par les chefs des petits partis. De 2003 à 2012, la Haute autorité de la communication audiovisuelle a instruit plus d’une centaine de plaintes relatives au pluralisme, dont la majorité écrasante provenait des partis politiques. 

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