28 Janvier 2013 À 17:52
Aujourd’hui à Casablanca, un grand différend oppose la société civile et le conseil de la ville. Ce litige est lié au projet «CasArt» qui verra la construction sur la place Mohammed V d’un grand théâtre et de cafés, mais en même temps la destruction de la grande fontaine. D’autres voix affirment que si la Fontaine est détruite, elle sera reconstruite ailleurs dans Casablanca. Un lieu où viennent se rafraîchir des centaines de pigeons. «Nous sommes d’accord avec ce projet, mais à condition qu’il respecte l’environnement et le patrimoine de la ville, notamment les pigeons qui se trouvent dans l’entourage de la fontaine. Ces oiseaux ont un lien solide avec les visiteurs et les riverains. Il faut préserver ces oiseaux dans leur espace. La disparition des pigeons signifie aussi la perte d’une partie de la mémoire de la ville. À Casablanca, il y a beaucoup de bâtiments, mais le seul endroit attractif, qui est la fontaine, est menacé de destruction», a souligné Abdellah Fariji, président de l’Association marocaine de colombiculture.
Pour préparer le chantier, plusieurs vieux arbres et palmiers ont déjà été abattus. Les palmiers sont protégés, rappelons-le, par un «dahir royal». Ces destructions de l’environnement se déroulent alors que la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB) atteste du rôle des villes dans le maintien de la biodiversité. «Plus de 50% des espèces florales de Belgique peuvent être trouvées à Bruxelles, alors que 65% des oiseaux de Pologne se retrouvent à Varsovie», souligne une étude.
D’autres voix s’ajoutent pour dénoncer la destruction du patrimoine architectural. La Place Mohammed V fait partie actuellement des circuits touristiques étrangers. Ces visiteurs sont en majorité des adeptes du tourisme culturel et sont intéressés par l’authenticité, le patrimoine, etc. La place administrative qui regroupe des sites historiques, mais aussi des merveilles architecturales de la cité (l’Hôtel de Ville ou wilaya, le Palais de justice, les locaux de la Trésorerie générale, le bâtiment abritant la commune urbaine, le cadastre, la Conservation foncière, la direction des Impôts, la direction des Douanes, etc.). «Chaque jour, la place reçoit plusieurs de touristes, sans compter les citoyens qui viennent surtout le samedi et le dimanche», a souligné Saïd Sebti, président du Réseau des associations de Casablanca pour l’environnement et le développement durable.
Si certaines associations dénoncent la destruction de la biodiversité urbaine et le patrimoine, une autre voix s’en prend à la méthode avec laquelle a été organisée l’enquête publique qui n’a pas respecté la représentativité de la société civile. «Le conseil de la ville fait toujours appel à deux associations : Casamémoire et Carrière centrale. Nous nous posons la question suivante : pourquoi ce sont toujours les mêmes associations auxquelles on fait appel ?» a indiqué Touria Zehaichi, de l’association «Awlad L’Mdina» (Enfants de la Médina).
Nous avons contacté le cabinet du président du conseil de la ville, Mohamed Sajid, pour savoir si la loi en matière de consultation de la population locale, comme le stipule le décret d’application n°2-04-564, publié dans le Bulletin officiel (BO) du 20 novembre 2008, fixant les modalités d’organisation et de déroulement de l’enquête publique relative aux projets soumis aux études d’impact sur l’environnement (EIE), a bien été respectée. Mais nous n’avons pas obtenu de réponse. Mais ce qui est important à signaler, c’est qu’au niveau de la consultation de la société civile, il existe bel et bien un conflit d’intérêts. L’association Casamémoire a, en effet, été consultée alors que son président est associé au projet «CasArt» en tant qu’architecte.
Aujourd’hui une seule question reste posée. «CasArt» ne pourrait-il pas voir le jour ailleurs que sur cette place historique ? «C’est vrai qu’à Casablanca, il y a aussi la possibilité de construire le théâtre du côté de la côte, mais il serait destiné seulement aux gens ayant des véhicules pour se déplacer et donc à des privilégiés. Il faut démocratiser l’espace public, les jardins, les théâtres, les centres culturels et les rendre accessibles à tous et à proximité», souligne la militante de l’environnement Malika Ihrachen.