Michael Hoey et Karen Lunn sur le podium

Des déchets transformés en énergie

Le Maroc produit chaque jour environ 8 000 tonnes d’ordures ménagères qui peuvent être utilisées
à produire de l’électricité

29 Juin 2013 À 19:10

La facture énergétique nationale dépend à plus de 95% de l’étranger et pèse lourdement sur le Budget de l’État. Par conséquent, le Maroc doit encore explorer d’autres ressources énergétiques comme la biomasse. «Aujourd’hui, moins de 1% du potentiel national de biomasse est exploité», a noté Abdelhaq Amahrouch, chef de service biomasse à l’Agence nationale pour le développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (ADEREE), lors de la conférence organisée dernièrement à Casablanca par la Chambre allemande de commerce et d’industrie au Maroc sur le thème «La bioénergie au Maroc : la biomasse pour la production de chaleur et d’électricité».La biomasse regroupe l’ensemble de la matière organique d’origine végétale ou animale qui peut être transformée en énergie. Il existe trois catégories : biomasse forestière (branches, écorces, etc.), biomasse agroalimentaire (issue en majeure partie de production végétale et animale) et biomasse urbaine (déchets municipaux, commerciaux et industriels).

Par ailleurs, les filières de bioénergies reposent essentiellement sur trois «familles» de procédés de conversion : voies thermochimiques (combustion, gazéification, etc.), voies biologiques (fermentation, par exemple) et voies oléochimiques (raffinage d’huiles et graisses végétales et animales).La conférence a été l’occasion pour les Marocains de présenter des projets réalisés dans le secteur de la biomasse. «À partir de la station d’épuration des eaux usées (STEP) d’Oujda, un projet de biogaz pour produire de l’électricité a été mis en service en 2012. Un autre projet similaire devra voir le jour en 2014 à Fès», a indiqué Jawad Salhi de l’Office national d’électricité (ONE). Quant aux Allemands, ils sont venus exposer leur technologie relative à la biomasse. Chez eux, environ 20% de la consommation électrique brute est générée par des énergies renouvelables, dont 30% par la biomasse. Christian Letalik, lui, a fait part de l’expérience de l’association Carman en matière d’exploitation du bois pour la biomasse. «En Allemagne, il y a un grand nombre de petites sociétés qui récupèrent les déchets des scieries pour les transporter vers 150 usines qui les broient pour les transformer notamment en petites palettes de bois.» «Au Maroc, il ne faut pas compter sur l’exploitation du bois, le pays souffre d’une grande déforestation», a répliqué Helene Endres de l’Association de la zone industrielle de Tanger (AZIT). Pour dissiper ces inquiétudes, Christian Schlotter, de la société Kiri Investment Gmbh, a des solutions. «Contre la déforestation, nous proposons l’arbre Kiri que nous avons breveté. C’est une espèce provenant de Chine et qui résiste au climat aride. Il peut être planté sur n’importe quel sol même sur une plage. Cet arbre est le plus «rapide» du monde. Il pousse six fois plus que les autres espèces et il peut produire 40 tonnes de biomasses par an», a souligné M. Schlotter.

Le potentiel du Maroc dans le domaine de la biomasse et de la bioénergie résulte d’un côté de l’augmentation de sa croissance démographique qui génère de fait un besoin de plus en plus fort d’énergie et un nombre croissant de déchets domestiques (pelures) ainsi que des boues d’épuration. D’un autre côté, le secteur agricole produisant une quantité non négligeable de déchets biologiques tels des excréments animaux contribue à l’important intérêt du Maroc d’exploiter ce marché.Quotidiennement, environ 8 000 tonnes d’ordures ménagères et 1,1 million de mètres cubes sont produits et prêts à être utilisés pour la production de biogaz. Quant aux déchets animaux dans l’agriculture, il existe aussi un grand réservoir exploitable pour la production de biogaz et qui est estimé annuellement à quelque 320 millions de mètres cubes.

Malgré cette richesse, il est malheureux de constater que la biomasse reste le parent pauvre des énergies renouvelables. Souvent les regards sont orientés principalement vers l’éolien et le solaire. Pourquoi les investisseurs marocains tournent-ils le dos à la biomasse ? «Il est intéressant de noter qu’en plus de ses avantages de ressource locale renouvelable, la biomasse offre de très bonnes opportunités d’utilisation en cogénération : possibilité de production simultanée d’énergie thermique et électrique avec des rendements énergétiques globaux pouvant dépasser les 80%, doublant ainsi le rendement typique d’un système de génération de l’électricité. Mais là également, il y a lieu de créer le cadre incitatif pour le développement à grande échelle de la cogénération. En particulier, il faut reconnaître son intérêt tant énergétique qu’écologique, par l’instauration d’une tarification incitative pour le rachat des excédents de l’électricité produite par les cogénérateurs», a répondu Abdelmourhit Lahbabi, président de l’association marocaine des professionnels des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (AMPERE).

La loi 13.09 sur les énergies renouvelables prévoit la promotion de la production, la commercialisation et l’exportation de l’électricité «verte» par des entités publique ou privée. Mais cette loi exclut la basse tension. «Il y aura un amendement de cette loi pour intégrer la basse tension et permettre aux particuliers équipés, par exemple, de Voltaïques de vendre leur électricité», a souligné Zohra Ettaik, chef de la division des énergies renouvelables et la maîtrise de l’énergie au ministère des Mines, de l’eau et de l’environnement.

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