03 Septembre 2013 À 17:47
C’est l’été à Tanger. Une famille se réunit pour trois jours dans la maison familiale suite au décès du père, l'occasion de se remémorer les souvenirs et de partager sa perte, comme le veut la tradition musulmane. La maison prend des allures de lieu de deuil, pendant que les gens viennent présenter leurs condoléances. L’arrivée de Sofia, la dernière des filles partie faire sa vie aux États-Unis, chamboule toute la maison. Actrice cantonnée à des rôles de terroriste dans des séries américaines, mariée et maman d’un petit garçon, Sofia revient au pays après plusieurs années d’absence et en profite pour régler ses comptes avec ses sœurs. Un tantinet rebelle et très «occidentalisée», elle remet en cause l’ordre établi depuis toujours par le patriarche de la famille et sème la zizanie.
Dans «Rock the Casbah», l’enterrement n’est qu’un prétexte pour mieux découvrir les femmes que le défunt a laissées derrière lui. Une fois la figure masculine disparue, les langues se délient et l’heure est à la remise en question de soi. Dans une version très proche de la réalité, Laïla Marrakchi porte à l’écran toutes les frustrations et le manque d’épanouissement dont souffrent les femmes marocaines qui ont atteint l’âge adulte. «Elles ont perdu leurs illusions. Elles ne luttent plus et vivent dans la nostalgie. Elles ne se sont pas accomplies, à la fois parce que la société leur a imposé des choses, et également parce qu’elles ne se sont pas battues pour s’accomplir : aimer qui elles voulaient ou mener leur carrière comme elles le désiraient», confie la réalisatrice.À travers les rôles de Aïcha, de Sofia, de Miriam, de Kenza, de Yacout et de Lalla Zaza, Laïla Marrakchi dépeint des femmes blessées et conditionnées par les règles d’une société oppressante où le moindre écart est incriminé. Fuir ou accepter de se conformer aux exigences des uns et des autres, quelle autre solution ces femmes ont-elles ?
À l'origine de «Rock the Casbah», le décès du vieil oncle de Laïla Marrakchi. «J’ai vécu trois jours de funérailles très émouvants durant lesquels j’ai découvert les femmes de ma famille sous un autre jour : fragiles, mais n’ayant pas peur de se dévoiler… J’ai pensé qu’il y avait un film à faire à travers lequel je pourrais raconter nos traditions, très différentes de celles du monde occidental», avoue la réalisatrice. Quelques années plus tard, Laïla Marrakchi ficelle son scénario et donne vie à «Rock the Casbah» qu’elle allait tourner non pas à Casablanca, mais sur les hauteurs de Tanger.