Naissance de SAR Lalla Khadija

La recherche scientifique au secours de l'arganier

Lors du deuxième congrès international de l'arganier qui s'est tenu trois jours durant, du 9 au 11 décembre, scientifiques et producteurs n’ont eu qu’un souci : comment arrêter la dégradation de l’arganeraie ? Et quels sont les moyens les plus indiqués pour la régénération de cet arbre qui peut vivre jusqu’à quatre siècles ? Cet arbre est aujourd'hui en grand danger. Il subit le double effet de la pression humaine et des changements climatiques. Sa sauvegarde passe nécessairement par le développement de la recherche scientifique.

Les chèvres sont friandes des fruits de l'arganier ce qui fragilise l'arbre qui a du mal à se régénérer.

11 Décembre 2013 À 14:56

Trois millions de nos compatriotes tirent leur subsistance de l’arganier. Cet arbre, qui affectionne les hautes températures (jusqu’à 50 °C), mais qui ne dédaigne pas la fraicheur océane, couvre actuellement 870 000 hectares représentant environ 17% de la superficie forestière marocaine. Cette importance fait de l’arganier la deuxième essence forestière du pays après le chêne vert qui s’étale sur 1 415 201 hectares. Cependant, ces surfaces risquent de rétrécir comme peau de chagrin et la raison est à rechercher dans le succès que connaît cet arbre auprès des populations riveraines : le bois est utilisé comme combustible, les feuilles et les fruits constituent un fourrage pour les caprins et les camelins et la fameuse huile extraite utilisée en alimentation humaine et en médecine traditionnelle. Cela signifie que peu de chance est laissée à l’arganier pour se régénérer naturellement. Et la sonnette d’alarme a été tirée depuis fort longtemps et la question a été rappelée à l’occasion de la tenue, en 2011à Agadir, de la première édition du congrès international de l’arganier : «La régénération de l’arganier en forêt naturelle est actuellement très faible, voire absente, car toutes les noix sont précieusement ramassées pour l’extraction de l’huile. Les jeunes plantules issues de graines qui échappent à la récolte sont systématiquement broutées par les animaux», peut-on lire dans l’une des communications. La régénération naturelle étant quasiment nulle et la replantation artificielle compliquée (voir plus loin), il en résulte une perte graduelle du peuplement. Prenant pour exemple la province de Taourdant, des chercheurs ont tenté de quantifier ce phénomène : «La dégradation de l’arganeraie en termes de densité a été mesurée sur photos aériennes et images satellites pour une zone de 100 000 hectares dans la province de Taourdant (…) Les auteurs ont observé une perte de densité de 44,5% entre 1970 et 2007, attribuable principalement à l’aridification et aux coupes de bois pour la consommation domestique et la vente».

Entre régénération et extension

Devant cette situation, il devenait urgent d’apporter des solutions concrètes. Ainsi, le 4 octobre de cette année, une convention a été signée par le ministre de l'Agriculture et de la pêche maritime, le Haut Commissaire aux Eaux et forêts et à la lutte contre la désertification et le directeur général de l'Agence nationale de développement des zones oasiennes et de l'arganier. Cette convention porte sur la qualification de l'arganeraie sur une superficie de 200 000 hectares, et l’extension de cette culture sur une superficie de 5 000 hectares à l'horizon de 2020. Pour y parvenir, un vaste programme de replantation a été lancé, mais les scientifiques sont encore au stade du choix de la méthode la mieux indiquée. Que l’on juge : «Pour pallier cette problématique (dégradation, ndlr), les gestionnaires forestiers ont eu recours à la régénération artificielle par plantations selon un programme ambitieux. Cependant, ces efforts de reboisement sont souvent confrontés aux difficultés de reprise des plants sur le terrain.

Un rôle social de premier ordre

Les taux de réussite demeurent relativement faibles par rapport aux objectifs», indique Mohamed Badraoui, directeur général de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Ce dernier précise que dans le programme de replantation, 14 arganiers âgés de 200 à 400 ans environ ont été sélectionnés pour prélever les boutures : «Le pourcentage d’enracinement demeure très faible. L’enracinement de boutures issues d’arbres adultes dépend des souches. S’il ne dépasse pas 1% pour la plupart des arbres dans ces essais, il a atteint 45% pour l’un des arbres sélectionnés», conclut-il.Connu à travers le monde entier pour les bienfaits de son huile, l’arganier pousse pourtant dans des zones «caractérisées par ses taux de pauvreté et de vulnérabilité assez élevés, soit des taux respectifs de 10,45% et 18,7%. Quant au taux d’analphabétisme, il est également élevé avec une moyenne de 46%», comme l’attestent les actes du premier Congrès de l’arganier d’Agadir. L’arganeraie assure la subsistance de quelque 3 millions de personnes, dont 2,2 millions, en milieu rural. Selon Fellah Trade, une publication du Crédit Agricole du Maroc, le revenu familial, dont l’arganeraie participe à hauteur de 25 à 45% selon les zones, varie de 9 000 à 15 000 DH par an. Les différentes productions de l’arganeraie fournissent plus de 20 millions de journées de travail, dont 7,5 millions de journées essentiellement féminines pour la seule extraction de l’huile d’argane. En dépit de cette importance, la filière de l’argane demeure peu structurée et fortement dominée par l’informel (voir encadré). Cette situation se traduit par la difficulté de déterminer avec précision les quantités d’huile d’argane produites annuellement et l’on ne peut, pour l’heure, qu’avancer une estimation : «La production fruitière (noix d’argane) varie en fonction de l’âge et de la densité des arbres (20 à 100 kg/arbre) avec une moyenne de 40 kg/arbre/an. Sur la base de la densité moyenne des peuplements d’arganier (environ 50 arbres par hectare) et du rendement en huile d’argane (3 litres pour 100 kg de noix d’argane sèches), la production potentielle est estimée à 4 000 tonnes d’huile d’argane par an», précise le communiqué de presse du congrès. 


Trois Question à Par Abderrahmane Aitlhaj 

directeur de développement des zones de l'arganier, Agadir

« Cette rencontre servira à capitaliser les connaissances entre les différents opérateurs du secteur de l’arganier »

Dans quel contexte le deuxième congrès international sur l'arganier se tient-il ?Ce congrès intervient dans un contexte caractérisé par la dynamique de développement que connaît l’arganier aussi bien sur le plan économique, social et culturel. Cette rencontre servira à capitaliser les connaissances entre les différents opérateurs du secteur de l’arganier. C'est l’Agence Nationale pour le Développement des Zones Oasiennes et de l’Arganier (ANDZOA) que je représente, qui organise cette rencontre, en partenariat avec le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche Maritime, le Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et l’Institut National de Recherche Agronomique.

Il semble que la régénération de l’arganeraie se heurte à quelques difficultés…Ces difficultés sont liées à la nature même de cet arbre. Il ne faut pas perdre de vue que l’arganier est un arbre fossile d’où sa fragilité. Actuellement, la seule manière de reproduire cet arbre se fait par le semi de la graine. Or les produits issus de ce procédé sont hétérogènes et ne permet pas d’obtenir des arbres homogènes dont la production est régulière. Nous nous attelons actuellement à mettre en place une collection génétique, afin de les multiplier de façon végétative, en laboratoire par culture in-vitro, et c’est là que nous rencontrons certaines difficultés. Pour dépasser cet obstacle, les recherches sont en cours.

Peut-on connaître le chiffre d’affaires généré par la filière de l’arganier ?La production d’huile d'arganier varie d’année en année en fonction des conditions climatiques et des régions. Selon les estimations disponibles, la production de cette huile est comprise entre 3 500 et 4 000 tonnes par année. Le chiffre d’affaires généré varie, selon la production, entre 350 et 400 millions de dirhams ce qui représente environ 11% de la richesse générée dans la région de souss-Massa-Draa.


Les axes du congrès

La deuxième édition du congrès prévoit la participation de plus de 300 chercheurs du Maroc, Algérie, Tunisie, France, Allemagne, Norvège et Kuwait, et se focalise sur les axes suivants : l La structure et le fonctionnement de l’écosystème arganeraie qui traite la conservation et la gestion de la biodiversité.l La production qui traite des techniques d’agroforesterie, de biotechnologie et d’amélioration génétique de l’arganier.l La valorisation qui traite des innovations agrotechnologiques, de l’économie et de la commercialisation des produits de l’arganeraie.l Les Changements sociaux et aspects juridiques dans la nouvelle dynamique du système arganeraie.

Copyright Groupe le Matin © 2026