07 Octobre 2013 À 16:31
L’Université Cadi Ayyad de Marrakech sera en émoi les 10 et 11 octobre. C'est qu'elle abrite un événement 100% consacré à feu Aziz Belal, à l’occasion du 31e anniversaire de son décès. Deux journées d’étude donc dédiées à l’économiste, sous le thème : «La pensée de feu Aziz Belal, l’enseignant-chercheur, l’humaniste et l'homme politique». «Il s’agit à travers cette manifestation de lui rendre hommage par les témoignages de ses collègues et amis qui l’ont côtoyé pour que sa mémoire reste vive auprès des générations d’étudiants, de professeurs et chercheurs qui n’ont pas eu la chance de connaître cet éminent et professeur», déclarent les organisateurs.
Pour l'occasion, l’Université Cadi Ayyad a invité d’éminents économistes et chercheurs qui débattront des sujets d’actualité et leur relation avec la pensée de Aziz Belal. Une pensée qui reste plus que jamais d’actualité.En effet, les récentes crises économiques et financières interpellent quant aux limites du capitalisme. Un capitalisme «sauvage» que Belal redoutait déjà durant les années 60, une époque où l’intervention du capital étranger était indésirable.
Le courant tiers-mondiste, auquel appartenait Belal, prônait le principe selon lequel les pays en développement ne doivent compter que sur leurs propres forces pour les besoins de leur développement. Ce marxiste dans l’âme défendait bec et ongles une industrialisation du tiers monde qui ne doit pas être financée à travers un capital étranger. Selon l’économiste, les mouvements des capitaux étrangers assurent des rapatriements de profits supérieurs aux investissements initiaux. Des rapatriements qui ne font qu’aggraver le déficit des balances de paiement des pays sous-développés. Belal, le keynésien, a su développer des théories et des réflexions visionnaires. Fidèle de l’école interventionniste, le regretté a apporté une touche sociale aux principes de développement économique de cette pensée. Et c’est en 1980 que la réflexion du regretté professeur sur les facteurs non économiques du développement voit le jour. Une pensée qui fera d’ailleurs l’objet d’une table ronde durant les journées d’étude sur le thème : «Les facteurs non économiques et la crise éco-financière mondiale : quels rôles et quelles perspectives d’avenir ?»
Pour Belal, le développement ne pouvait être le simple fait de facteurs d’origine essentiellement économiques. Une société en croissance n’est forcément pas une société développée. L’idée découle, en effet, de la définition même du développement qui ne se limite pas à la croissance économique mesurée par des indices comme celui du PIB. Le développement se définit par la croissance du PIB, mais également par la croissance du niveau de bien-être de la population. Pour Belal, le développement exige une véritable justice dans la répartition des richesses, un réel équilibre dans l’exercice du pouvoir, un accès démocratique à la culture, à la santé, à l’éducation… C’est sur cet ensemble de facteurs que l’économiste Belal voulait qu’on s’attarde dans la conception et l’élaboration des stratégies publiques de développement.
En effet, plusieurs doctrines laissaient entendre que les pays sous-développés l’étaient à cause d’un manque de capitaux, de taux de croissance faibles ou encore d’un niveau d’investissements directs étrangers peu satisfaisant. Aziz Belal a démontré dans sa réflexion sur les facteurs non économiques qu’il n’est pas suffisant de justifier le sous-développement par le manque de capitaux par exemple et que d’autres facteurs ont souvent une plus grande importance dans la recherche des voies du progrès.L’économiste chevronné ne s’est pas limité aux recherches dans le domaine socio-économique, mais a poussé ses réflexions aussi dans la gestion y compris le marketing. En effet, il a cherché à montrer la liaison qui existe entre la fonction marketing et les structures économiques des pays sous-développés tels que le Maroc. Cette réflexion et bien d’autres, comme les choix et les évaluations des politiques publiques, seront ainsi débattues les 10 et 11 octobre prochains. Une manière de ressusciter l’une des pensées marocaines des plus visionnaires.