30 Septembre 2013 À 14:27
C’est dans un hôtel, en plein cœur de Casablanca, que nous retrouvons la journaliste de CNN. Élégante et souriante dès les premiers abords, la jeune femme se livre sur la raison de sa venue au Maroc. Et c’est dans le cadre de reportage pour l’émission mensuelle «Inside the Middle East» que Hala Gorani a atterri au Royaume. La journaliste explique que cette émission se consacre chaque mois à un pays du monde arabe et du Moyen-Orient différent. Ce mois-ci, c’est le Maroc qui a été choisi, car, selon elle, «c’est un pays fascinant et qui fascine beaucoup». Pour Hala, le Maroc «s’inscrit dans le contexte d’un chapitre très mouvementé de cette partie du globe, mais qui ne traverse pas de grande crise ou révolte», précise-t-elle.Cette émission mensuelle est en format magazine. C’est-à-dire que la reporter se «préoccupe moins des sujets politiques». Pour son plus grand plaisir, Hala peut se centrer sur la vie culturelle et les problèmes sociaux du pays : «j’aime beaucoup ce genre de sujet où je peux rencontrer des personnes dont l’histoire peut être représentative d’un pays ou d’une ville ou d’une tendance. D’ailleurs, ces thématiques appartiennent vraiment, aux pays en voie de développement et n’existent plus aux États-Unis, par exemple», souligne-t-elle.
Le premier sujet que Hala et son équipe ont tourné est le portrait du réalisateur Nabil Ayouch : «un de ses films parle beaucoup de thèmes d’actualité marocaine d’il y a dix ans, mais qui existent toujours et qui ont une résonance au-delà des frontières du Maroc», explique la journaliste, avant d’ajouter : «Grâce à ce sujet, j’ai pu redécouvrir Casablanca. Je n’avais pas mis les pieds dans la capitale économique depuis 2005 et j’ai trouvé que la ville est transformée». Selon elle, c’est le tramway qui en est la raison : «Il y a une énorme différence dans la façon dont on peut vivre au sein de cette ville. Cela fait également ressortir la superbe architecture Art Déco», ajoute-t-elle. Malgré le fait que la ville soit en travaux, la journaliste fait son éloge. «Les efforts de restauration et les parties terminées de Casablanca montrent à quel point c’est un succès. D’ailleurs, j’ai vu un peu les projets de la ville et celui de la marina est intéressant, car on a l’impression qu’un des gratte-ciel est deux fois plus grand que le minaret de la mosquée Hassan II». D’après Hala Gorani, cela représente un effort de se tourner vers l’avenir et le fait de revitaliser certains quartiers «en reliant le centre à la périphérie est une idée fantastique pour Casablanca», concède-t-elle. Ainsi, même si la journaliste avait des sujets prédéfinis en tête avant son arrivée, elle ne se prive pas de penser à de nouveaux : «j’ai tellement apprécié ce que le tramway a fait de Casablanca que j’ai décidé de lui consacrer un sujet» ! Hala Gorani est également partie en reportage à Fès pour rencontrer un tanneur et son fils qui, pour sa part, en a marre de travailler là dedans. Toujours cette envie de portrait qui lui colle à la peau ! D’autre part, la principale question que s’est posée la journaliste reporter avant d’arriver sur le sol marocain est «dans cet environnement où il y a tant de changement autour du Maroc, y a-t-il une raison principale pour laquelle le Royaume reste un pays politiquement stable ?»
Depuis sa venue, Hala a questionné les Marocains et deux majeures réponses ressortent : «D’une part, les Marocains veulent la stabilité et donner la chance au Roi (qui est bien aimé) de changer progressivement les choses», révèle Hala. Et continue : «D’autre part, il y a l’exemple des pays qui ont connu les printemps arabes et qui connaissent des difficultés. Les Marocains ne veulent pas leur ressembler». Et Hala Gorani trouve que ces deux facteurs font du Maroc une exception en Afrique du Nord.
Citoyenne américaine d'origine franco-syrienne, Hala Gorani est née à Seattle (État de Washington), mais a été élevée dans à Paris, où elle a déménagée avec sa mère à l'âge de 6 ans après le divorce de ses parents. Alors que sa famille se compose principalement d’ingénieur ou de médecin, Hala avait pour rêve de devenir photo reporter depuis sont adolescence. «Malheureusement, je n’étais pas douée pour prendre des photos», avoue-t-elle. Selon elle, être journaliste reporter relève de la même envie de communiquer un événement. Et c’est également un privilège que de pouvoir interviewer autant de monde !Le tournant de sa carrière a été en 1998 avec son arrivée à CNN International. Et elle s'y impose en alternant présentation d'émissions et reportages. Cela fait plusieurs années que Hala présente une émission quotidienne d’information se nommant «International Desk». Quant à «Inside the Middle East», c’est une émission qu’elle ne fait que très occasionnellement. Hala Gorani a vu la guerre de près, a aidé les habitants de Haïti durant un tremblement de terre et s’est également fait agresser en Égypte. «Je suis une personne assez peureuse pour certaines choses, mais les agressions lors de reportage ne sont pas quelque chose qui m’a tétanisé», confie la quadra. «Cela fait partie du métier et ma préoccupation première est de me focaliser sur comment vivent ces familles qui vivent au milieu d’un conflit (et n’ont rien demandé), plutôt que sur l’acte de violence».
D’ailleurs, selon elle, contrairement à ce que l’ont pourrait croire, les journalistes femmes sont très représentées sur le terrain. «Lors de reportage en Syrie ou en Irak par exemple, il y a eu des moments où on était 80% de femmes» !