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Exploration d’une époque de l’histoire du Maroc

«Le Phare de Mogador» (Le Caïd Hmad Anflous) est le nouveau roman historique de Omar Mounir, paru récemment aux éditions Marsam. Sa publication a coïncidé avec l’organisation de la vingtième édition du Salon international de l'édition et du livre où il a été présenté par l’auteur lui-même.

24 Mars 2014 À 16:57

C’est l’histoire, on ne peut plus surprenante, du paysan Si Abdellah (principal personnage du roman), dont l’aventure et le courage lui ont valu le titre du roman «Le Phare de Mogador». D’un simple paysan, il embrasse une multitude de métiers, côtoie les grands de son époque et participe même au soulèvement du Caïd Hmad Anflous contre le colonialisme en 1912. À travers lui, l’auteur raconte l’histoire d’un personnage, méconnu de la majorité, qui a joué un rôle important dans la lutte contre le colonialiste français.

Cet ouvrage fait suite à une série d’écrits de Mounir Omar où il tient à rendre hommage à tous ceux qui ont brillé par leur nationalisme et leur révolte contre le colonialisme. «Mes écrits sont sous-tendus par une certaine méthodologie. J’ai parlé de militants du nord du Maroc et maintenant je passe au Nord-Ouest. J’ai envie de faire, avec mes écrits, le tour des régions du Maroc et de m’intéresser à tous ceux qui ont dit non au colonialisme à leur époque. Le caïd Hmad Anflous de la région d’Essaouira en fait partie. Ce leader sut et put mobiliser, face à l’Armée française coloniale, en décembre 1912, l’ensemble des tribus Haha et Chiadma, soit de simples paysans. Ils vont quand même pouvoir mener une vraie résistance avec le peu de moyens qu’ils avaient, et malgré leur ignorance totale de la chose militaire», souligne Omar Mounir.

Ainsi, après «Bou Hmara», «Raïssouni, le magnifique», l’auteur nous conte les événements se rapportant à la révolte «Hmad Anflous». À imager la parole et l’histoire, on peut dire que les Aït Anflous avaient régné sur une centaine de tribus à proximité d’Essaouira, et ce au cours des XIXe et XXe siècles. Comme le précise O. Mounir, ce caïd fut l’objet de beaucoup de médisance. «À tort ! Car souvent ceux qui médisaient de lui, et des fois même parmi les "plumes autorisées", le confondaient avec son jeune frère, Mohammad Anflous, dont on s’interdisait de dire qu’il fut nommé gouverneur de Melilla (je dis bien Melilla), en vertu d’un dahir signé à son nom par Moulay Abdelaziz, avant d’être nommé gouverneur des Haha et des Chiadma».Au demeurant, il ne fut jamais dans l’intention de Hmad Anfous d’attaquer le colonialiste français, dans la fameuse bataille de Dar Ali al-Kadi, non loin de Smimou, à quelque 60 km d’Essaouira. Comment le pouvait-il, alors qu’à peine quelques jours auparavant, il rendait visite à l’amiral d’un croiseur français, en rade d’Agadir ? C’est que depuis, le colonel Mangin était passé par là, avec son massacre de douar Zaouiate Sidi Lahcen, et ce, en présence d’Anflous lui-même, qui, scandalisé, n’eut aucun mal à mobiliser contre l’envahisseur français une centaine de tribus. Les principales que l’auteur cite sont les Lamsassa, Ida-ou-Gourdh, Neknafa, Imgrad, Aït-Aïssi, Ida-ou-Isserarenne, Ida-ou-Guelloul, Ida-ou-Zenzène, Ida-ou-Bouzia... Des gens paisibles en somme. En majorité des cultivateurs.

Dans son ouvrage, Omar Mounir en décrit le quotidien à travers les faits et gestes de l’aïeul Zraïda. Un vécu peint avec beaucoup de précision et de sentiments rendus à des êtres simples dont la terre faisait partie d’eux. Tranquilles et satisfaits de leur sort jusqu’à ce qu’arrive l’envahisseur français qui transforme les champs de culture en champs de bataille. «L’avant-garde, l’arme haute, prête à tous les sacrifices, s’est portée en avant dans un suprême effort. On approche. Une odeur cadavérique nous saisit à la gorge ; elle est tenace, soutenue, sa persistance soulève les cœurs. Quelques pas et nous foulons le charnier. Hommes, chevaux et mulets, chameaux, tout est confondu dans un désordre sans nom ; c’est un tas informe, soufflé qui s’étire sur toute la face du bordj ; à cinquante mètres des murs, dans un élan aveugle, bêtes et gens sont venus là mourir sous les fusils. C’est la victoire. Et c’est aussi le moment du bilan humain. Les pertes des Français se comptent avec 83 tués, dont 6 officiers, 234 blessés dont 11 officiers. Les Marocains sont morts par centaines», en témoigne un chroniqueur français, présent sur les lieux. La maison d’Anflous, symbole de la rébellion, est complètement rasée à coups de canon. «Je suis un pillard, un bandit, un brigand, un flibustier de haute mer, un coupeur de routes, un scélérat, un vulgaire assassin et je ne sais quoi d’autre… Mais que vous a fait ma demeure pour la démolir ? Dites-moi ! Que vous a fait une œuvre architecturale de toute innocence, vous qui prétendez être des bâtisseurs ? Vous construisez chez vous, et vous détruisez chez nous. Et dans la démolition de nos réalisations, c’est la démolition de notre mémoire que vous visez. Vaste programme pour lequel ma moquerie me fait dire : Bonne chance…», dirait-il plus tard. 

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