L'humain au centre de l'action future

«Black Screen» se joue des failles du cinéma marocain

Cette semaine, le cinéma Rif de Casablanca accueillait la projection, en avant-première, de «Black Screen», écrit par Nadia Larguet et réalisé par Nour-Eddine Lakhmari. Le court métrage aborde, en seize minutes et avec dérision, les failles du cinéma marocain.

Nour-Eddine Lakhmari.

04 Avril 2014 À 14:34

«Black Screen» (ou «écran noir») est une idée de Nadia Larguet, animatrice de télévision, qui a eu envie, il y a quelques années, de faire parler le cinéma marocain. «Cela fait un moment que cette idée de court métrage me trottait dans la tête. Elle ne date pas d’hier, mais de 2008. Quelques années plus tard, j’ai eu envie de concrétiser cette idée en faisant parler cette joyeuse petite famille du cinéma marocain, mais sous le mode du second degré», explique Nadia Larguet.

Ainsi, cette dernière s’est offert une panoplie d’artistes, de Larbi Yacoubi à Hicham Ayouch en passant par Khadija Alami, Latefa Ahrrare, Mohamed Khouyi, Fatym Layachi, Abdellah Taia et plein d’autres encore qui se prêtent, tout à tour, au jeu de la confession face à la caméra. Comme en pleine séance de psychothérapie, les artistes dénoncent avec humour les failles d’un système dont ils sont victimes. Le statut de réalisateur, le manque de financement, les salaires dérisoires, les talents oubliés… Cerise sur le gâteau, le directeur général du Centre cinématographique marocain Nour-Eddine Sail dans le rôle du psychologue qui écoute, mais ne se prononce pas.

Dans l’ensemble, l’idée est originale et le résultat fait sourire. Il est temps que la parole se libère et que les choses soient dites. Toutefois, «Black Screen» est peut-être trop scénarisé pour toucher. Bien que les répliques aient trouvé leur personnage, le résultat manque de spontanéité. Un documentaire aurait, sans doute, était plus percutant qu’un film…Cependant, on salue l’idée de Nadia Larguet qui ose briser le premier agglo de ce mur du silence. On aime le côté noir et blanc et les images tournées par le talentueux Nour-Eddine Lakhmari qui nous explique pourquoi il a accepté de participer à ce projet. «L’idée m’intéressait beaucoup, c’est une espèce de radiographie sur nous-mêmes avec un second degré et de l’humour. J’étais enthousiaste, car j’ai vu dans le scénario une chance de pouvoir dire plein de choses sur nous-mêmes et sur notre vision du cinéma marocain. Le scénario de Nadia a ouvert une porte, celle de l’autocritique et notre cinéma en a besoin, pour justement s’améliorer», confit le réalisateur.

Oui, mais… ce court métrage «parle-t-il» vraiment sans autocensure ? Bien qu’amusante, la présence de Nour-Eddine Sail pourrait laisser penser que «Black Screen» a été réalisé avec la complicité du Centre cinématographique marocain. Nadia Larguet a-t-elle vraiment pris des risques dans ce cas-là ? À Nour-Eddine Lakhmari de répondre : «Il faut le prendre pour sa forme. Ce n’est pas une fiction au sens cinématographique, c'est un court métrage où tous nos personnages jouent un rôle au second degré. Ils disent ce qu'ils pensent de leur fonction dans notre cinéma. Je pense que ce petit film donne une idée claire des problèmes que l’on vit au quotidien avec notre septième art qui est en pleine émergence. Et ce court métrage démontre aussi la liberté dont jouit notre cinéma aujourd'hui... il dit tout sur nous et sur notre manière de travailler», conclut le cinéaste. 

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