04 Janvier 2014 À 15:33
Juxtapositions, superpositions, symétries et fête de couleurs. L’espace particulièrement citadin prend une nouvelle identité chez l’artiste-peintre Abderhamane Rahoule. Il le fragmente en aplats de couleurs à la verticale et y installe un sublime jeu de passe-passe artistique qui renvoie l'observateur à ces constructions de l’Ancienne Medina de Casablanca. Voilà ce que l’on retient de «Métaphores de l’espace». Il s’agit de la dernière collection d’œuvres de ce plasticien, figure de proue de l’art contemporain marocain, qu’abritent actuellement les cimaises de la galerie Tempera de Marrakech. Jusqu’au 14 janvier, les amateurs des arts plastiques auront l’occasion de découvrir des œuvres imprégnées d’une dynamique urbaine où se marient mémoire et sensibilité. «Sensibilité et mémoire s’activent à mettre en évidence une dynamique urbaine dont le décor et l’esprit réaliste sont passés de mode, susceptibles aujourd’hui d’être catalogués comme figures architecturales du patrimoine traditionnel», explique le critique d’art Abderrahmane Benhamza, vieux complice de l’artiste.
La maturation artistique de ce plasticien contemporain s’est déjà faite. Et elle est nettement perceptible dans cette dernière collection. En principe, comme toute œuvre de qualité, celle-ci possède le sens de l'universel et de l'atemporel. Certaines de ses compositions sont d'une telle limpidité chromatique. Mais, toutes font foi d’un rendu paysagiste semi-abstrait et à connotation proprement géométrique. Et ce n’est pas le critique d’art Abderrahmane Benhamza qui nous dira le contraire : «L’idée de représentation est délibérément mise en abyme. Ce sont les formes et les couleurs aux gammes variées qui déterminent la nature graphique du travail, avec une prépondérance de la verticalité comme simulation du réel, ressortant ici et là des préoccupations conceptualistes dans le traitement de la matière». C’est dire que l’artiste Abderrahmane Rahoule a un langage personnel et une maturité dans son rapport à l’histoire de la peinture. Il aime s’emparer de certains thèmes qui lui sont chers, comme celui de l’espace qu’il expose actuellement. Et il le fait à sa façon, avec distance. Ses œuvres sont tournées vers l'avenir d'où leur apparente luminosité. Elles sont prometteuses. Le peintre avance toujours et accorde une grande importance son art.
Il faut dire aussi que dans cette collection «Métaphores de l’espace», la plateforme s’est éclairée puisque la géométrie de ses compositions est devenue de plus en plus aérienne. Iil n’y a pas de rupture dans le travail de l'artiste, on dirait plutôt une nette évolution : apparemment lente, mais avec une plus grande ouverture au monde. «Dans sa composition Rahoule, insère aussi des motifs pris au quotidien et traduits dans la même veine picturale (vers, bouteilles, compotier, bouquet de fleurs…), tous campés dans des rôles thématiques accessoirisés. Transcendante, l’organisation de l’espace les intimise et en fait des objets à valeur décorative, mais sans saillance, le regard s’évanouit à leur vue à tout moment», ajoute Abderrahmane Benhamza.Mieux encore, Abderrahmane Rahoule possède toujours cette énergie dans la représentation du visible. La couleur est primordiale pour son tableau. Il l'utilise à profusion avec cependant une gamme chromatique qu'il ajuste avec finesse et élégance. Cet éclectisme ambiant, perceptible dans sa technique, est le résultat d'un travail parfois original, souvent novateur, intuitif et très certainement issu de sa créativité qui semble sans limites. Son registre iconographique englobe aussi des sculptures en bronze patiné. Des sculptures «dont l’effet esthétique émane des mêmes observations spatiales. S’il y a ressemblance sur le plan du volume, les profils et les surfaces affichent des variations accordées surtout à la lumière, composante essentielle du genre», conclut le critique.