Cinéma

Quand la passion des chiffres fait la richesse de l’entreprise

Face à une conjoncture économique difficile, les entreprises s’en remettent de plus en plus aux professionnels pour la gestion de leurs finances.

Les métiers de la finance sont de plus en plus diversifiés et spécialisés, offrant de larges opportunités à ceux qui affectionnent les chiffres.

25 Octobre 2014 À 14:32

Aucun doute ! Les métiers de la finance ont toujours le vent en poupe. Directeur financier, contrôleur de gestion, analyste, expert comptable, auditeur… autant de profils qui trouvent aisément preneurs avec des rémunérations avantageuses, le financier étant désormais amené à jouer un rôle stratégique au sein de l’entreprise et la direction financière devenue étroitement liée aux stratégies de développement de celle-ci en s’érigeant en tant que source d’information incontournable pour la prise de décisions. Que ce soit ceux de la finance du marché, relativement épargnés de la crise au Maroc, ou ceux de la finance d’entreprise, cotés grâce à la recherche de l’optimisation financière au niveau de la chaine des valeurs, les métiers de la finance sont de plus en plus diversifiés et spécialisés, offrant de larges opportunités à ceux qui affectionnent les chiffres.

Les offres de formation, d’une durée de deux à cinq ans, se sont multipliées pour suivre le rythme exponentiel des besoins du marché en profils qualifiés, et ce, que ce soit dans l’enseignement public ou privé. Sans prétendre passer en revue une liste exhaustive de ces métiers, nous présenterons certains acteurs de la finance d’entreprise et de la comptabilité, classés en cinq catégories : les métiers de la direction, les métiers de la finance, les métiers de la comptabilité, les métiers du contrôle et de la gestion des risques et les métiers du conseil et de l’audit légal.Les métiers de la finance-comptabilité font partie des fonctions support de l’entreprise et malgré leur variété, ils ont tous pour point commun le traitement des informations et des documents financiers. L’objectif étant de garantir la pérennité de l’entreprise en prenant part au développement des affaires et des investissements, en assurant la sécurité financière et la maîtrise des risques.

Les métiers de la direction

• Le directeur administratif et financier : En charge de la bonne gestion administrative et financière de l’entreprise, il supervise et contrôle la bonne exécution de la stratégie et des procédures définies avec la direction générale et coordonne les services dont il a la charge.• Le directeur financier : Il supervise l’ensemble des fonctions de comptabilité, de gestion, de trésorerie, de fiscalité et de communication financière. • Le directeur de la comptabilité : Il rassemble, coordonne et garantit la fiabilité des données comptables. Il supervise les différentes équipes de comptables de l’entreprise et présente, sous forme normalisée, les différents documents comptables légaux.• Le credit manager : Sa principale mission est la gestion du risque client. • Le trésorier : En charge d’assurer la liquidité quotidienne de l’entreprise et sa solvabilité, il gère, anticipe et sécurise les flux de trésorerie. Il est amené au cours de sa mission à d’être souvent en contact avec les partenaires financiers afin d’obtenir des fonds et de négocier les conditions bancaires.• Le fiscaliste : Il est en charge de veiller à une application optimale du cadre juridique et fiscal de l’entreprise conformément à la législation en vigueur. Il doit trouver la meilleure option fiscale qui permettrait de réduire les impôts au maximum sans risque d’être placé en redressement fiscal. Le fiscaliste est aussi tenu de suivre toutes les évolutions qui s’opérent dans son domaine d’activité.

Les métiers de la comptabilité

• Le responsable comptable : chargé de la gestion de l’ensemble des processus comptables, il produit de l’information financière légale et des documents de reporting externe. Il supervise les états financiers de l’entreprise, l’application des normes comptables, tout en veillant à la fiabilité des données recueillies.• Le consolideur : Il a pour mission de rassembler et de présenter les données comptables des différentes filiales d’un groupe, de manière à traduire fidèlement sa réalité économique. Il retraite et harmonise, selon les normes internationales, les données comptables et de gestion fournies dans les reportings.

Les métiers du contrôle et de la gestion des risques

• Le contrôleur de gestion : Sa principale mission est le contrôle permanent des budgets de l’entreprise. Il participe à la définition des objectifs, anticipe les résultats et fournit à sa direction le résultat de ses analyses économiques et financières, nécessaires au pilotage opérationnel et stratégique de l’entreprise. • L’auditeur interne : Il a pour mission d’examiner et d’évaluer l’organisation de l’entreprise et de s’assurer de la fiabilité de ses processus de management des risques et de contrôle interne. Il a aussi le devoir de soumettre des propositions pour renforcer la sécurité financière et la rentabilité de l’entreprise.• Le risk manager : Il est en charge de l’identification, l’analyse et de l’évaluation des éléments de vulnérabilité de l’entreprise, lui permettant de prendre des risques maîtrisés. Il définit, déploie et anime un dispositif de gestion des risques et propose des solutions de traitement optimisés aux instances décisionnaires.

Les métiers du conseil et de l’audit légal

• Le consultant fonctionnel finance : Il a pour mission de conseiller et d’accompagner l’entreprise dans la mise en place, la transformation ou l’optimisation de son système d’information financier.• L’expert-comptable : Son rôle est de vérifier et de garantir la fiabilité des comptes de l’entreprise produits en conformité avec les législations comptables, sociales et fiscales. C’est un conseiller permanent du dirigeant qu’il doit alerter sur les défaillances de l’entreprise, mais aussi optimiser la fiscalité et le système de gestion informatisé.• Le commissaire aux comptes : C’est un acteur extérieur à l’entreprise. Mandaté par les actionnaires dans le cadre d’audits légaux, il réalise des missions de certification des comptes annuels d’une entreprise et se doit de dénoncer toute irrégularité relevée. Il est au service de l’intérêt général et de la sécurité financière, bénéficiant d’une indépendance garantie par les autorités de tutelle. C’est une profession réglementée. 


Entretien avec Omar Farahy, FONDATEUR DU CABINET «le directeur financier»

«Les nouvelles offres de formation restent loin des attentes des entreprises en termes d’employabilité»

Le Matin Emploi : Les professionnels ont été, pour la majorité, d’accord pour dire que les métiers de la finance sont les plus touchés par la crise mondiale. Qu’en pensez-vous ?Omar Farahy : D’abord, il faut distinguer les métiers de la finance du marché de ceux de la finance d’entreprise. Les premiers, liés directement au système bancaire et au système boursier, ont été effectivement très touchés par la crise. Quant aux seconds, objet de notre spécialisation et contrairement à ce qui est pensé, nous sommes convaincus qu’ils ont profité de la crise mondiale. En fait, depuis l’avènement de la crise, la gestion du cash est devenue le nerf de guerre des entreprises et les niches d’optimisation sont devenues de plus en plus recherchées au niveau de toute la chaîne de valeur qui passe forcément par la finance.

Quelle est la situation au Maroc ?Le système bancaire marocain, sous-jacent à une économie réelle, est légèrement touché par la crise financière internationale. Quant à l’entreprise marocaine, elle est touchée par la crise économique européenne qui trouve ses origines dans la crise financière internationale. Du coup, les métiers de la finance de marché au Maroc ont été relativement épargnés de la crise et ceux de la finance ont été cotés, car l’optimisation financière au niveau de la chaîne de valeur est devenue de plus en plus recherchée.

Quels sont les profils les plus recherchés par les entreprises ?Les profils recherchés dépendent en grande partie de la taille de l’entreprise. Dans la PME, c’est généralement le Responsable administratif et financier ou le chef comptable et parfois seulement le comptable qui assurent la gestion financière de l’entreprise. Dans la grande entreprise, on constate l’apparition d’autres profils tel que le directeur financier, la trésorerie, le contrôleur de gestion, l’auditeur et parfois le trader. Étant donné que le tissu économique marocain est composé majoritairement de PME et que cette dernière est à la recherche de profils les plus polyvalents répondant à ses besoins, nous pouvons avancer en toute aisance que le profil qui devient de plus en plus demandé est le «Responsable administratif et financier».

Quelles sont les lacunes que vous constatez chez les jeunes diplômés en matière de compétences ?Les formations dispensées par l’appareil de l’enseignement supérieur ne sont pas orientées métiers; ceci crée chez les lauréats beaucoup de difficultés à mettre en application leurs acquis théoriques et parfois un blocage total de carrière. Dans le même ordre d’idée, les entreprises aujourd’hui sont organisées autour de systèmes d’information intégrés ou partiellement intégrés. Or le système de l’enseignement supérieur ignore toujours l’intégration du système d’information dans la formation dispensée, et quand il le fait, il renvoie à une rhétorique loin de la réalité d’entreprise. Ceci crée également un autre déphasage qui impacte l’employabilité des lauréats de la finance. L’offre en formation ne cesse d’augmenter et de se spécialiser,trouvez-vous que ceci répond aux besoins du marché marocain ?Effectivement, les offres de formation ne cessent d’augmenter et de se spécialiser. Toutefois, ces nouvelles offres sont conçues selon la même démarche et avec le même procédé d’avant. Si on exclut quelques exceptions, les nouvelles offres de formation restent loin des attentes des entreprises en termes d’employabilité. Ceci justifie le recours des entreprises à la formation continue comme solution aux problèmes d’employabilité enregistrés par les lauréats des écoles de la finance.

Quelles sont les perspectives des métiers de la finance au Maroc ?Le tissu économique marocain est dominé par les PME. Compte tenu de la taille de celles-ci et de leurs contraintes budgétaires, le financier est censé être très polyvalent et immédiatement opérationnel. La PME n’a pas les moyens pour multiplier les fonctions au sein de son département financier. Au contraire, elle cherche à réduire les postes et à condenser les fiches de fonction.Tendanciellement, les financiers doivent faire preuve de flexibilité, d’adaptation et d’investissement dans la formation continue. 


Entretien avec Hassane Boujettou, enseignant chercheur a L’ENCGT

«L’innovation rapide et continue dans les marchés financiers exige un haut niveau d’expertise analytique»

Le Matin Emploi : Les métiers de la finance sont de plus en plus prisés et leur diversité offre plein de perspectives pour ceux qui ont opté pour ce domaine. Qu’en est-il des offres de formation au Maroc ?Hassane Boujettou : Les métiers de la finance sont présents dans la majorité des structures organisationnelles et offrent une multitude d’opportunités d’emplois pour les jeunes diplômés dans les deux grandes catégories de métiers de la finance, à savoir la finance d’entreprise et la finance de marché. Actuellement, l’offre de formation du secteur public est assurée par les facultés de droit et des sciences économiques qui dispensent des formations généralistes en finance, comptabilité et fiscalité avec une certaine spécialisation au master. D’autres écoles publiques de commerce et de gestion (ISCAE, ENCG) offrent des diplômes en finance comptabilité et audit. Cette offre est complétée par celles des écoles et universités privées.

D’aucuns reprochent au système de l’enseignement supérieur d’être en déphasage avec les réalités du marché et que les lauréats ont du mal à mettre en application leurs acquis théoriques. Qu’en pensez-vous ?Avant de répondre à cette question, permettez-moi d’abord de préciser une chose : les métiers de la finance sont très variés et évoluent rapidement, ce qui nécessite des formations de plus en plus approfondies axées essentiellement sur des pratiques observées contextualisées et conceptualisées. Ces formations sont proposées dans le cadre des programmes professionnalisants (DUT, LP, Master professionnel et diplômes des grandes écoles).En principe, ces formations sont la concrétisation du projet de chaque établissement, d’une contractualisation avec les tutelles (l’université qui est en principe autonome et le ministère est en principe le stratège) et ces formations ne sont proposées qu’après expertise et accréditation par un organe ministériel, et enfin chaque programme ne peut être reconduit (nouvelle accréditation) qu’après auto-évaluation formative. Le déficit de performance de certaines formations perçu ou réel est dû, à notre avis, à la carence des projets de certains établissements et la faiblesse de l’engagement stratégique des établissements universitaires. En outre, les quelques pratiques d’évaluation de l’enseignement restent imparfaites et insuffisantes pour doter les établissements universitaires marocains d’un véritable système d’assurance qualité au service d’un pilotage institutionnel capable d’identifier les nouveaux besoins de formation, par rapport aux besoins de la société et de l’économie, et par rapport aux normes et standards internationaux de la qualité de l’enseignement supérieur.Pour combler le déficit de performance des établissements universitaires, une nouvelle problématisation de la performance des établissements universitaires est plus que nécessaire et il parait qu’elle n’est que partiellement question de moyens financiers.

On constate que les métiers de la finance ont tendance à se diversifier et à se spécialiser. Est-ce que la formation suit ce mouvement ?Il nous semble aujourd’hui que l’élément fondamental dans la mutation actuelle des métiers de la finance est l’intégration de la modélisation mathématique et des outils informatiques. En effet, la mondialisation des marchés et la concurrence apportent une nouvelle complexité à la finance. L’innovation rapide et continue dans les marchés financiers, des instruments et des institutions, exige un haut niveau d’expertise analytique.Les formations en finance mathématique et computationnelle visent le développement des compétences en mathématiques, probabilité, statistique et théorie de la finance, jugées indispensables par les professionnels du milieu. La finance computationnelle vise les carrières dans des domaines comme :• Ingénierie financière.• Modélisation et évaluations quantitatives.• Évaluation et couverture de produits dérivés.• Gestion des risques.• Efficacité des plateformes commerciales.• Gestion des portefeuilles.• Négociation (actions, options, contrats à terme, taux d’intérêt, devises, marchandises, énergie, crédit)La formation de qualité en finance computationnelle ne peut pas être improvisée.

D’après vous, quelles sont les filières qui attirent le plus des étudiants ?Au-delà de la contrainte financière (mobilité ou proximité), plusieurs facteurs peuvent influencer le choix des étudiants de l’enseignement supérieur public. Ainsi, en l’absence de véritables cellules d’orientation des étudiants et en l’absence d’informations précises sur l’insertion des lauréats, le choix parait être guidé par les perspectives perçues de l’employabilité et les possibilités d’embauche. À cet égard, les filières qui visent les métiers de la finance d’entreprise et de la banque ont toujours la cote, par contre pour les formations axées sur métiers de la finance de marchés, avec la morosité qui caractérise le marché boursier, les métiers trader, d’analyste, gestionnaire de fonds et ingénieur financier ne sont plus aussi prisées. 

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