Spécial Marche verte

Les maladies rénales touchent 3 millions de patients

L’Association marocaine de lutte contre les maladies rénales (Reins) organise, en collaboration avec la Fondation Mohammed V pour la solidarité, une caravane médicale en marge de la Journée internationale du rein célébrée le 13 mars. Plusieurs activités de sensibilisation et des consultations médicales sont prévues pour prévenir ces pathologies qui touchent 3 millions de Marocains.

13 Mars 2014 À 17:37

Au moment où certains individus proposent de vendre leurs reins sur internet, d’autres seraient prêts à tout pour conserver jalousement les leurs. Eux, ce sont les personnes atteintes de maladies rénales. D’après les statistiques, il serait au total 500 millions de personnes à souffrir de cette pathologie dans le monde, dont 3 millions au Maroc ! Suffisant pour que l’Association marocaine de lutte contre les maladies rénales (Reins) tire la sonnette d’alarme. Elle organise actuellement une caravane médicale pour sensibiliser le grand public et les autorités sur les dangers de ces maladies. Différentes activités figurent au menu. «La caravane comporte, outre la sensibilisation à la maladie rénale, l’éducation des diabétiques, la recherche d’une hypertension artérielle, d’une maladie rénale par bandelette urinaire, l’examen échographique, ainsi que des consultations de spécialistes pour les maladies dépistées, entre autres la cardiologie, la néphrologie, la rhumatologie», a annoncé le Pr Amal Bourquia néphrologue et présidente de l’association, lors d’une conférence de presse organisée le 11 mars à Casablanca. Dans ce lot de maladies rénales, une se distingue le plus : l’insuffisance rénale chronique (IRC) qui peut déboucher sur une déformation graduelle et irréversible de la capacité des reins à filtrer le sang et à excréter certaines hormones. L’IRC peut survenir suite à des complications du diabète, et de l’hypertension. «En raison de l’augmentation de l’espérance de vie et de l’augmentation de l’incidence du diabète et de l’hypertension artérielle, tous les professionnels s’attendent à une augmentation de l’incidence de l’insuffisance rénale. Toutes ces personnes à risque doivent bénéficier d’un dépistage précoce et annuel de l’insuffisance rénale représenté par la consultation du médecin généraliste ou spécialiste et la pratique d’analyses sanguines et urinaires», indique-t-elle.

96% des patients choisissent l’hémodialyse

À défaut d’un diagnostic précoce, le patient est souvent contraint d’effectuer une dialyse, autrement dit, une technique d’épuration du sang. À en croire l’association Reins, on compte 185 centres publics et privés, et plus de 13 000 dialysés au Maroc – dont près de 4 000 nouveaux cas par an avec une hausse de 5 à 8% par an. Malheureusement, cette technique médiale n’est pas à la portée de toutes les bourses, car elle coûte environ 12 000 dirhams par mois, sans compter les médicaments, les bilans biologiques, et le traitement d’éventuelles complications. «Pour les patients qui ne bénéficient pas de couverture médicale, ils sont inscrits sur les listes d’attente de la prise en charge par les associations ou dans le cadre du partenariat public-privé. Par ailleurs, même pour les patients ayant une prise en charge par les mutuelles, ils sont obligés d’avancer de l’argent pour acheter les médicaments nécessaires en dialyse avant de se faire rembourser. Ce qui amène certains d’entre eux à abandonner le traitement avec des conséquences terribles pour la santé», regrette Amal Bourquia. Face à la cherté de la dialyse, de nombreux patients (96%) se tournent vers les centres d’hémodialyse via une séance sous la surveillance d’un néphrologue.

Consulter son médecin avant de prendre des médicaments

Outre le coût élevé des interventions chirurgicales, les opérations de dialyse peuvent avoir des impacts sur le travail, avec un taux de chômage de 40% et un taux de rentabilité qui diminuerait de 50% chez un patient hémodialysé. En dehors de la dialyse et de l’hémodialyse, d’autres malades ont souvent recours aux greffes d’organes. Ces derniers, surtout les enfants, ont surement poussé un grand ouf de soulagement, après l’adoption par la commission des secteurs sociaux de la Chambre des représentants, d’un projet de loi qui permet «de prélever des cellules hématopoïétiques d'un mineur au profit d'un frère ou d'une sœur, étant donné qu'il y a eu des cas ayant nécessité le prélèvement de ce type de cellules d'un mineur afin de sauver la vie de son frère, en l'absence d'un donneur proche adulte».

Il n’empêche, le nombre de greffes reste insuffisant d’après Amal Bourquia. «À la fin de l’année 2013, moins de 400 personnes ont eu une greffe à partir de donneurs vivants apparenté et une dizaine de greffes ont été traités à partir de sujets en état de mort cérébrale. Ce qui donne un pourcentage de 5 greffes par million d’habitants et 7 par an depuis 1990. Pour nous, médecins, c’est très peu comparé à la demande de plus en plus grande de greffes», constate-t-elle. Certains patients n’hésitent pas à prendre des médicaments pour alléger leur souffrance. Une méthode que déplore la néphrologue. «Il est important d’insister sur la nécessité pour ces patients à risque de consulter le médecin avant toute prise médicamenteuse, car il existe plusieurs médicaments très toxiques pour les reins, qui sont capables de précipiter définitivement les patients vers la dialyse. C’est en particulier les anti-inflammatoires, certains antibiotiques, et les produits de contraste iodés utilisés en radiologie», prévient-elle.

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