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2014, l’an zéro pour le Cloud au Maroc ?

La tendance des investissements en services IT des administrations publiques et entreprises marocaines est à la réduction des coûts. Des structures optimisent leurs investissements informatiques en optant notamment pour le Cloud. Mais, ce n’est pas la bousculade aux portillons des fournisseurs qui ont déjà fait leurs preuves à l’international.
Pourquoi cette frilosité ?

Rien que pour le secteur public, les dépenses mondiales en services Cloud devraient passer de 22 milliards de dollars en 2010 à près de 73 milliards en 2015, selon IDC.

22 Janvier 2014 À 13:20

Cloud Computing. Voilà une technologie qui revient sur toutes les bouches ces derniers temps. Conférences, séminaires et même un National Cloud Summit ont été organisés au Maroc pour démystifier cette architecture qui devrait générer quelque 100 milliards de dollars dans le monde en 2014. Les entreprises marocaines se laissent-elles séduire pour autant ? Rien n’est moins sûr. «On ne trouve pas d’offres adaptées et intéressantes sur marché marocain. J’ai l’impression qu’on est plus devant un effet de mode qu’une véritable volonté d’apporter des solutions efficaces», déclare Mohamed Bennis. Le président de l’Association des utilisateurs de systèmes d’informations au Maroc (Ausim) met aussi en avant le manque d’informations sur les avantages du Cloud. «Nous n’avons pas encore gagné la bataille de la sensibilisation autour de cette technologie. Il faut la vulgariser davantage surtout lorsque l’on sait que seulement un tiers des décideurs IT marocains disposent d’une bonne appréhension du Cloud et sont familiers avec son usage», poursuit Bennis. Pire, sur le tiers des décideurs qui maitriseraient le Cloud, 60% ne seraient pas intéressés pour le déploiement de cette technologie, regrette Bennis.

Une situation qui laisse perplexes les fournisseurs qui s’activent sur le marché local. «Cela fait cinq ans que nous sommes présents au Maroc et notre activité avance très lentement. Nous avons démarché des clients au Moyen-Orient et en Afrique de l’ouest et constaté que la maturité est beaucoup plus importante et les décisions plus rapides. Nous avons pu acquérir 5 fois plus de clients sur ces marchés en moins d’une année, que ce que nous avons acquis au Maroc durant 4 ans», déplore pour sa part Brahim Benlahmr, PDG de Brams. Pourtant, cette jeune entreprise marocaine a vraisemblablement tout pour séduire, puisqu’elle est le partenaire de Google. La firme américaine est en effet l’un des leaders mondiaux sur le marché du Cloud Computing, à travers ses offres Google Apps.

Pourquoi ça ne prend donc pas au Maroc ? «Ce marché est embryonnaire à cause de trois principales raisons : Un manque de vraies politiques publiques pour promouvoir l’usage des TIC, un manque d’information de nos dirigeants d’entreprise et de nos élites politiques. Nous pensons qu’il est nécessaire de développer des politiques publiques qui mettent l’accent sur l’usage des TIC comme moteur de pilotage et de service de notre administration. Le plan Maroc Numeric 2013 est un excellent cadre, mais il faut aller plus loin et plus vite pour réformer toute l’administration et généraliser l’usage des TIC», nous déclare Samir Benmakhlouf, DG de Microsoft Maroc. Pour Boubker Seddik Badr, directeur de l’Economie numérique au département éponyme, il existe une grande méconnaissance de ce type de services et des avantages qu’il offre surtout aux PME. Des efforts de sensibilisation doivent être fournis, insiste-t-il. Le président de l’Ausim enfonce le clou : «nous ne disposons pas de bandes passantes performantes avec des débits intéressants et à des prix abordables. Les opérateurs télécoms doivent innover dans ce sens».

Autre frein psychologique pour l’adoption du Cloud : la sécurité. Un argument qui ne tiendrait pas debout, selon les fournisseurs. «La première faille concernant ces aspects de sécurité est d’origine humaine. 80% des attaques ou vols de données au sein des entreprises se font en interne. Il convient d’encadrer cet aspect, notamment sur les volets juridique et contractuel», note pour sa part Fouad Benjoudar, directeur Cloud chez Bull Maroc. En effet, l’avènement du Cloud Computing apporte de nouvelles solutions d’amélioration significative de la sécurité. Les données sont stockées dans le Cloud et restent toujours accessibles quoi qu’il arrive aux ordinateurs portables et les autres devices.

Malgré les contraintes et la frilosité des entreprises, le DG de Microsoft demeure optimiste. «La tendance des investissements en services IT des entreprises marocaines et administrations publiques est à la réduction des coûts. De plus en plus d’entreprises veillent à optimiser leurs investissements informatiques et à adopter cette politique de changement», déclare Benmakhlouf. «2014 est l’année zéro pour l’émergence du Cloud au Maroc. Les dépenses d’investissement en IT vont être plus orientées vers la virtualisation et le Cloud», pronostique de son côté Benjoudar.

Des prévisions confortées par International Data Center (IDC) dans sa dernière étude sur le marché IT au Maroc. Un marché qui progresserait de 10,3% en moyenne les 3 prochaines années, pour un total de 472 millions de dollars, selon le cabinet d’études. Cette croissance devrait plus profiter aux nouvelles technologies, notamment le Cloud. «La part du marché des services de base est en baisse, tandis que celle du marché des services plus avancés, y compris la sous-traitance du marché, les services gérés et les services de Data-center, est en augmentation. Par conséquent, l’accent sera mis sur la réduction des coûts des technologies et services, y compris la virtualisation, les services gérés et les initiatives d’hébergement et de Cloud computing», déclare Azzedine Kabli, analyste principal de recherche des services informatiques et logiciels chez IDC Maroc. Parmi les secteurs qui vont tirer le marché IT figurent le secteur bancaire et les télécommunications, ainsi que les projets d’infrastructure du gouvernement.

«Le gouvernement marocain cherche activement à bâtir une économie de connaissance en développant une stratégie d’adoption des TIC», poursuit Kabli. Il a en effet un grand rôle à jouer dans la vulgarisation et le développement du Cloud au Maroc. Et ce n’est pas un hasard si Microsoft a décidé de dédier la 1ère édition de son National Cloud Summit en 2013 aux administrations marocaines. «Les collectivités locales et les administrations publiques marocaines vivent aujourd’hui dans un contexte de forte pression budgétaire et doivent en même temps offrir davantage de services et d’interactivité aux usagers. Mais comment faire plus avec moins ? En nous appuyant sur notre expérience à l’étranger, nous sommes convaincus que la réponse à cette question passe par la mise en place d’une stratégie moderne de Cloud National.

Celle-ci doit combiner de manière intégrée un Cloud gouvernemental marocain pour héberger certaines données et applications directement sur le territoire, via la mise en place de Data-centers aux normes internationales et des Clouds publics internationaux qui offrent de très grandes capacité à des coûts très faibles», avait alors déclaré Benmakhlouf. De même, les Clouds publics peuvent desservir des pays voisins en Afrique, soutient Microsoft Maroc. Sauf que pour la construction de telles infrastructures, le gouvernement, en panne de liquidités, devra débourser des centaines de millions de DH. «Les Data-centers destinés au Cloud National permettent une meilleure sécurisation des données des citoyens, sauf que l’investissement demeure très coûteux. Ceci sans parler des coûts énergétiques, la climatisation, l’électricité et la formation d’ingénieurs pointus», avertit Bennis. 

Pourtant, au niveau mondial, l’adoption du Cloud par les gouvernements connaît une croissance indéniable. Rien que pour le secteur public, les dépenses mondiales en services Cloud devraient passer de 22 milliards de dollars en 2010 à près de 73 milliards en 2015, selon IDC, soit un taux de croissance annuel composé de 27,6%.

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