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Ville de Casablanca : 2025 une date à préparer

L’urbanisation du monde continue à un rythme jamais atteint auparavant, marquant un point de rupture majeure dans l’histoire. Le centre de gravité de l’économie mondiale est en train de passer du Nord et de l’Ouest au Sud et à l’Est. Les vieilles nations occidentales perdent leur domination du monde acquise depuis 1492 (la reconquista espagnole de l’Andalousie et la découverte des Amériques par Christoph Colomb), à la faveur de nouvelles puissances émergentes dont l’un des atouts est l’arrivée à horizon 2025 de plus d’un milliard de consommateurs citadins disposant d’un pouvoir d’achat comparable à celui des habitants des riches pays occidentaux.

12 Mars 2014 À 12:29

Cette transmutation suppose des investissements lourds dans la construction et les infrastructures, constituant un moteur essentiel de croissance future de l’économie mondiale. Alors que les architectes des politiques économiques de plusieurs pays dessinent l’avenir des mégacités du XXIe siècle, tout en mettant en place des stratégies d’accaparement de cette manne d’affaires que représente l’économie urbaine, nos grandes villes n’arrivent même pas à collecter leurs déchets, ni à gérer quelques lignes de bus !


Le discours de Sa Majesté sur les défaillances de la gestion de la ville de Casablanca interpelle à plus d’un titre. En effet, les villes ne sont plus de simples localités géographiques de concentration de la population, mais de véritables centres de pouvoir politique et de dynamique économique. Les élus locaux ont plus d’emprise sur les réalités quotidiennes des citadins que les responsables gouvernementaux ou les élus du peuple. Les grandes cités se battent entre elles pour attirer capitaux, talents et entrepreneurs. À l’avenir, peu de choses se joueront au niveau d’un pays, l’essentiel se fera au niveau de ses villes.

Quelques chiffres pour appréhender l’ampleur du phénomène

Entre 2010 et 2025, le PIB des 600 plus grandes villes internationales progressera de 30 trillions de dollars, soit 65% de la croissance mondiale future. Les 440 plus grandes villes dans les pays émergents (où ne figure que Casablanca pour le Maroc) verront leur PIB augmenter de 23 trillions de dollars, ce qui correspond à 47% de la croissance mondiale prévisionnelle. Plus de 10 trillions de dollars d’investissements additionnels sont requis par ces grandes villes. 60% de la consommation additionnelle mondiale proviendra des 440 grandes villes émergentes et augmentera annuellement de 10 trillions de dollars. Ces villes verront l’arrivée de plus de 1 milliard de nouveaux consommateurs à l’horizon 2025.Par ailleurs, en 2025 les grandes villes auront une demande en nouvelles constructions équivalant à 85% du stock actuel, soit la surface d’un continent comme l’Australie. Le besoin de leurs habitants en eau portable à la même date sera de 80 milliards de mètres cubes et ces géants urbains nécessiteront deux fois et demie la capacité actuelle de tous les ports pour satisfaire leur demande croissante des livraisons en containers. Ces chiffres, tirés du rapport de McKinsey sur les grandes cités, montrent le potentiel économique des grandes villes et leur impact dans la reconfiguration des rapports géopolitiques de la prochaine décennie.

Casablanca : face à la mer et la tête dans le ciel

Dans le monde globalisé et surtout hyperconnecté dans lequel nous vivons, les grandes villes, acteurs majeurs de l’économie mondiale, se livrent une concurrence sans merci pour attirer des investissements, de la main-d’œuvre hautement qualifiée et des entrepreneurs innovants. Pour faire face aux défis de ce siècle et figurer parmi les grandes métropoles qui compteront dans la prochaine décennie, six axes nous semblent importants à traiter dans le cadre du plan de sauvetage de Casablanca.

L’aménagement de la Corniche

Une grande métropole comme Casablanca ne peut pas continuer à tourner son dos à la mer, qui représente, on ne le dira jamais assez, son avenir. Alors qu’elle dispose d’un littoral allant de Zenata à Dar Bouazza, seule une petite partie de celui-ci est aménagée. Et même cet aménagement n’est pas réalisé aux normes internationales, mais a été effectué par à-coups. Un projet d’aménagement de tout le littoral casablancais dans le cadre d’un plan global, intégré et cohérent, alliant un grand quartier des affaires, une zone touristique et de loisirs et une partie résidentielle, changerait le visage de la ville sur plusieurs décennies. Il s’agit d’une initiative structurante, canalisatrice de l’investissement et créatrice de dizaines de milliers d’emplois.

Le développement en hauteur

Au rythme de développement actuel de la ville, Casablanca ressemblera dans une décennie à une cité où la vie est quasi impossible, annonçant par là même son possible déclin. Les prémices sont déjà là, avec une expansion anarchique des habitations, une pollution menaçante et une circulation infernale. Au lieu de permettre un développement en hauteur de la ville, en autorisant des constructions de plus de 10 étages pour absorber la demande croissante des Casablancais en habitations et réduire l’inflation injustifiée des prix au mètre carré, les autorités s’offrent toujours le luxe d’octroyer des permis de construire pour immeubles à 5 étages, dans une ville où le foncier se fait de plus en plus rare.

L’extension de l’activité portuaire

Aujourd’hui encore, l’essentiel du commerce international se fait par voie maritime et de tout temps les pays les plus prospères ont su développer une activité portuaire intense. Le Maroc qui veut jouer le rôle de porte d’entrée vers l’Afrique doit doter le port de Casablanca, ville de tradition maritime, des ressources humaines, équipements et capacités nécessaires pour réaliser cette ambition.

La ville du savoir

Il est inconcevable qu’une métropole de la taille de Casablanca ne dispose pas d’une grande université classée dans le top 500 des meilleures universités internationales. Qu’il s’agisse de la création d’une nouvelle entité d’enseignement supérieur ou du développement d’une université déjà existante, Casablanca doit avoir sa grande université internationale classée défendant son nom.

La ville intelligente

Utiliser les nouvelles technologies de l’information et de la communication (Big Data, Cloud Computing, capteurs sensoriels, géo-localisation, très haut débit généralisé…) pour améliorer le quotidien des citadins, préserver l’environnement, consommer efficacement les ressources et partager le savoir, telles sont les finalités des villes intelligentes. Des transports aux déchets ménagers, de l’éducation à la culture, de la sécurité des biens et des personnes à l’organisation de la solidarité, des formalités administratives à l’économie du savoir, la technologie modifie le fonctionnement des grandes cités. Plusieurs villes ont initié des projets dans ce sens : Seattle, Boston, Chicago, Santander, Amsterdam, Édimbourg, Southampton, Helsinki, Dubaï ou Yokohama, et il n’y a aucune raison objective pour que Casablanca ne rejoigne pas le mouvement.

Le hub financier

L’intérêt de faire de Casablanca un centre financier régional n’est évidemment pas à démontrer. Ce centre financier international qui abritera, au sein d’un écosystème, tous les intervenants de la finance et permettant par les synergies qu’il offre, un fonctionnement optimal du marché financier est une piste de développement de la cité blanche, à condition de la doter des infrastructures nécessaires et procéder aux réformes de fond du marché financier, dans le cadre d’un plan sur plusieurs années.Quand les Casablancais iront voter en 2015 pour choisir leurs représentants locaux, c’est sur ces thèmes qu’ils devront interpeller les candidats et leur imposer d’exposer des programmes précis de renforcement de l’attractivité de leur ville. Aujourd’hui, une vie citadine saine n’est pas un luxe ni une faveur, c’est une des exigences de la modernité. Et pour reprendre l’ancien wali de la cité, Monsieur Driss Benhima : «Calcutta ou Barcelone, Casablanca doit choisir», sauf qu’entre temps, Calcutta a bien fait du chemin !

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