27 Novembre 2015 À 18:07
Le Matin-Éco : Le Maroc a-t-il réellement pris du retard pour conquérir l’Afrique anglophone ?Ahmed Kathir : Oui, mais ce n’est pas trop tard. Il faut prendre place dès maintenant et développer plus d’agressivité sur ces marchés caractérisés par l’émergence d’une importante classe moyenne. On se retrouve face à une société de consommation. Dans ces pays, il y a également une démocratie qui s’installe. En revanche, la logique du business y est complètement différente de nos marchés traditionnels, francophones. Vous savez, dans notre secteur, quand on recrute un délégué dans la région francophone, c’est pour un salaire de 600 dollars, dans la partie anglophone, c’est 1.500 dollars. Au Kenya, c’est carrément 2.000 dollars de salaire mensuel.
Quels sont les obstacles à une offensive sur ces marchés ?Déjà, il faut oser, malheureusement on n'a pas tout le soutien du gouvernement dans ces pays. On a besoin d’une diplomatie économique. Tous les efforts convergent vers nos marchés traditionnels. De même, le problème de l’aérien se pose beaucoup. Il y a deux années, une liaison Casablanca-Nairobi avait été annoncée, mais le projet est tombé à l’eau. Une ligne directe pour l’Éthiopie faciliterait beaucoup notre offensive dans cette région. Cela aiderait surtout à changer l’image que l'on a du Maroc. Au Kenya, on nous compare à l’Algérie, alors que ce sont deux économies complètement différentes. C’est également un problème de communication, un effort diplomatique est à fournir.
Au-delà de la diplomatie économique et de l'aérien, y aurait-il d'autres freins ?Un des problèmes majeurs de l'industrie pharmaceutique est la rareté de professionnels dédiés à l’export. Je note ici que cette situation concerne beaucoup d’autres secteurs dont l’offre est exportable. On a besoin de compétences capables d’asseoir une stratégie de développement à l’international. Il y a donc tout un travail à faire. Il est vrai que l'Association marocaine des exportateurs a lancé, il y a deux ans, un plan de formation pour les compétences à l’international, mais il faudra attendre encore deux ou trois années pour obtenir les résultats escomptés. Dans l'immédiat, on fait avec ce que l’on a.
Maroc Export, en partenariat avec l’AMIP, avait organisé une précédente mission au Kenya, qu'en avez-vous retenu ?Le secteur pharmaceutique commence à développer une certaine expertise grâce à ces missions. Ce sont notre approche marketing et la façon dont on aborde nos partenaires qui évoluent. En fait, on est de plus en plus organisés. Quand les laboratoires marocains se déplacent, c'est dans une optique sectorielle. Les entreprises marocaines n’ont jamais été dans une logique d’intérêts individuels. Je rappelle qu’on a démarré les missions il y a deux ans avec Maroc Export. Celles-ci nous ont menés en Roumanie, en Azerbaïdjan, en Russie, en Angola et maintenant en Éthiopie. Du coup, nous avons gagné en maturité et nous avons tous revu notre manière d’aborder ces marchés, de nous y préparer et d’y prospecter. Après cette étape, nous commençons à gérer les contraintes réglementaires liées aux enregistrements et aux audits.