Fête du Trône 2006

«Nous voulons aller plus loin dans notre coopération avec le Maroc, dans un contexte où les menaces et les opportunités ne cessent d’évoluer»

À l'invitation de S.M. le Roi Mohammed VI, le Président français, François Hollande, entame aujourd’hui une visite d'amitié et de travail officielle au Maroc. Cette visite, la deuxième du Chef de l’État français au Royaume, permettra à coup sûr d'approfondir la coopération bilatérale dans tous les domaines. Dans un entretien exclusif accordé au journal «Le Matin», M. Hollande revient sur le partenariat d’exception qu'entretiennent les deux pays amis.

18 Septembre 2015 À 17:53

Le Matin : Monsieur le Président, vous entamez aujourd’hui une visite de travail et d’amitié au Maroc. Peut-on dire aujourd’hui que la relation franco-marocaine a repris toute sa vigueur et quel est le message que vous voulez adresser aux Marocains ?François Hollande : C’est une visite d’amitié. La délégation qui m’accompagnera à Tanger en est le reflet ; elle comprend des ministres bien sûr, mais aussi des élus nationaux et locaux, des chercheurs, des artistes, des intellectuels, des sportifs, des représentants des cultes, des membres du milieu associatif et des dirigeants d’entreprises. La plupart d’entre eux entretiennent avec le Maroc une relation intime et profonde.Mon message est celui d’une ambition commune. Nous voulons aller plus loin dans notre coopération avec le Maroc, dans un contexte où les menaces et les opportunités ne cessent d’évoluer. La Rencontre de Haut Niveau entre nos deux gouvernements, à Paris les 28 et 29 mai, a permis de définir les grands objectifs de notre partenariat d’exception pour les deux années à venir. J’ai souhaité venir à Tanger pour évoquer avec Sa Majesté la mise en œuvre des priorités que nous avons fixées ensemble.

Le Maroc et la France ont toujours entretenu une relation considérée de part et d’autre comme un «partenariat d’exception». Mais aujourd’hui, ce partenariat semble reposer sur des acquis traditionnels dans un contexte qui change rapidement. Quels peuvent être donc les nouveaux champs d’action de ce partenariat pour qu’il puisse se rénover et survivre aux mutations régionales et internationales, notamment le développement de coopérations Sud-Sud, l’un des piliers du développement en Afrique ?C’est d’abord la lutte contre la radicalisation. Derrière l’extrémisme, il y a souvent le problème d’un enseignement religieux mal encadré, voire inexistant. Le Maroc a acquis une expertise considérable en termes de formation religieuse, appuyée par le statut de Commandeur des croyants du Roi Mohammed VI et le modèle de l’Islam du juste milieu. Nous pensons qu’une coopération avec le Maroc pourrait nous aider à développer un Islam de France compatible avec les valeurs républicaines.C’est ensuite la projection vers l’Afrique, cet immense continent qui touche presque l’Europe, ici, à Tanger. La France et le Maroc jouent un rôle important dans son développement et entretiennent des relations de confiance avec les pays africains. Nous avons déjà une expérience avec les accords passés entre l’Agence française de développement (AFD) et les banques Attijariwafa bank, BCP et BMCE ; cela devrait s’amplifier avec la future implantation de PSA au Maroc. Mais les perspectives sont très nombreuses, dans les domaines de l’environnement, des infrastructures, de la logistique… C’est enfin la lutte contre le changement climatique, cette menace grave qui pèse sur l’humanité. Le Maroc est un précurseur dans le domaine des énergies renouvelables. La France présidera en décembre prochain la Conférence internationale sur le climat, la COP21. Et le Maroc accueillera en 2016 l’édition suivante à Marrakech, la COP22. Ces conférences sont extrêmement importantes pour l’avenir de la planète et nos pays ont décidé de se coordonner étroitement pour contribuer à leur succès.

Quelles sont vos attentes par rapport au rendez-vous que le monde s’est donné chez vous à Paris pour la COP21 et quelle peut être selon vous la coopération sur ce thème avec le Maroc ?Notre objectif est de bâtir une «Alliance de Paris pour le climat», qui nous permette de contenir l’élévation de la température moyenne de la planète en dessous de 2°C d’ici la fin du siècle et d’adapter nos sociétés aux dérèglements existants. Le processus de négociation engagé depuis 2011 dans le cadre de la plateforme de Durban a permis d’établir un texte officiel de négociation. Mais pour être efficace, cet accord devra être universel, durable et juridiquement contraignant.Ce qui est en jeu, ce n’est pas simplement la qualité de la vie, c’est la vie elle-même. La vie des populations, la vie des territoires, la vie des écosystèmes, et c’est pourquoi après la conférence nous porterons l’enjeu de la biodiversité. Je sais que Sa Majesté Mohammed VI est très sensible à la question de l’environnement et qu’il est à l’origine des projets phares du Royaume dans les domaines solaire et éolien, notamment à Tanger.

La France et le Maroc sont confrontés aux mêmes défis de l’extrémisme religieux, du terrorisme et de la criminalité organisée. Quelles coopérations peuvent-ils mettre en œuvre pour y faire face ?Les défis sécuritaires que nous avons à affronter ensemble requièrent une coopération étroite. C’est particulièrement vrai pour le domaine du renseignement, un domaine dans lequel l’expertise du Maroc nous est précieuse. Les services marocains ont eu l’occasion de démontrer toute leur efficacité, en démantelant ces derniers mois de nombreuses cellules terroristes.Nous avons aussi la volonté commune d’avancer ensemble dans la lutte contre la criminalité organisée. J’avais eu l’occasion de saluer la contribution des forces de sécurité marocaines à la saisie record de plusieurs tonnes de stupéfiants dans la région de Marseille. Je me réjouis également que les échanges entre nos services aient permis l’arrestation fin août au Maroc d’un ressortissant franco-marocain condamné en France pour son implication dans le braquage d’une bijouterie.

Lors de votre première visite, vous aviez érigé l’éducation et la formation des jeunes en tant que priorité de la relation bilatérale. Quelles initiatives ont été prises depuis pour mettre en œuvre cet engagement ?En concertation avec les autorités marocaines, j’ai voulu que notre coopération éducative se concentre sur trois sujets : l’élargissement de l’enseignement en français, dont la maîtrise est si importante ici pour l’accès au marché de l’emploi ; la réponse à la forte demande d’enseignement supérieur qui s’exprime au Maroc ; et enfin la formation professionnelle. Dans le secondaire, 500 lycées marocains ont adopté le format des sections bilingues débouchant sur un baccalauréat international à option français. Dans l’enseignement supérieur, nous avons encouragé l’installation de grandes écoles françaises sur le territoire marocain. L’École Centrale à Casablanca a été inaugurée lundi par notre ambassadeur ; l’INSA à Fès ce mercredi, et nous continuons dans le même temps à favoriser la mobilité des étudiants marocains qui sont chaque année 34.000 – premier contingent d’étudiants étrangers – à venir étudier en France. Enfin, dans le domaine de la formation professionnelle, l’AFD a attribué des financements à 25 centres dispensant au Maroc des formations aux métiers de l’automobile, de l’aéronautique ou des énergies renouvelables.

La France est un des premiers partenaires économiques du Maroc. Dans le contexte de diversification des partenariats marocains, comment entendez-vous maintenir et renforcer la place de la France ?750 filiales d’entreprises françaises sont implantées sur le territoire marocain, assurant plus de 120.000 emplois ; le Maroc est le premier pays d’intervention de l’Agence française de développement, avec une exposition de plus de 2,3 milliards d’euros ; enfin, la France demeure le premier partenaire commercial du pays, avec plus de 8 milliards d’euros d’échanges annuels. Mais nous ne pouvons nous arrêter à ces chiffres, nous devons sans cesse innover et nous adapter à un pays en pleine évolution. C’est là le sens de ma visite à Tanger, une ville qui a connu une exceptionnelle mutation, sous l’impulsion de Sa Majesté Mohammed VI. Les sites que nous visiterons ensemble – l’atelier de maintenance des rames LGV, le port de Tanger Med et le chantier du centre de formation aux énergies renouvelables – sont des illustrations concrètes de la volonté de la France d’accompagner le développement à grande vitesse du Maroc.

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