19 Novembre 2015 À 18:10
D’habitude, les gens se déplacent pour voir une pièce de théâtre. Cette fois-ci, c’est l’inverse qui s’est produit à Kénitra. Un camion-théâtre de la compagnie «La Fabrique des petites utopies» a été installé dans l’enceinte de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de l’Université Ibn Tofaïl. Cette troupe théâtrale qui sillonne les routes du Maroc, du 25 septembre au 23 novembre 2015, a présenté au public de la capitale du Gharb, notamment les jeunes étudiants, une œuvre théâtrale intitulée «La rue des voleurs». Adaptée du roman portant le même titre de Mathias Enard, la pièce dénonce avec force et vigueur les amalgames entre religion et terrorisme. Elle nous plonge dans la vie du jeune Ayoub Es-Soufi, artiste marocain, qui raconte la vie de Lakhdar, jeune tangérois tombé amoureux de Judith, une européenne en voyage à Tanger. Après un attentat terroriste, Judith finit par convaincre Lakhdar que son meilleur ami, Bassam, est lié à des organisations extrémistes qui le poussent à commettre l’irréparable.
En retraçant sa mémoire, Lakhdar va comprendre qu’il s’est trompé et qu’il croyait faire le bien, alors qu’il est simplement un criminel aveuglé par sa peur et ses angoisses.Ce spectacle tente de montrer que la schizophrénie collective et les préjugés dressent des murs entre les peuples, alors que les hommes et les femmes des deux rives de la Méditerranée partagent souvent la même aspiration à l’amour, à la liberté et à la rencontre. Il est à noter que le public a été émerveillé par la qualité technique et artistique du spectacle au croisement du théâtre, de l’acrobatie et de la vidéo. Cette interaction entre différents styles et moyens d’expression a créé un univers à la fois captivant et palpitant.Comme le souligne, Bruno Thircuir, metteur en scène de la pièce, le spectacle consiste à tenter des expériences plus qu’à raconter une histoire. Le but est de chercher à comprendre avec Lakhdar son geste, ses peurs, son enfermement.
En effet, ce personnage principal a la sensation être coincé entre deux cultures mises dos à dos, alors qu’en tombant amoureux d’une jeune européenne, il rêvait de bâtir un pont entre le nord et le sud de la Méditerranée. De ce fait, souligne-t-il, l’histoire de Lakhdar est avant tout un miroir, un triste reflet de nos amalgames et de nos préjugés. Ainsi, le camion-théâtre devient laboratoire : les mots, la vidéo et le cirque sont autant d’outils pour scruter la paranoïa de notre monde.
Ce spectacle joué en deux langues (français et darija) dans sept villes du Royaume est organisé avec le soutien de l’Institut français du Maroc, l’Institut français Paris-Ville de Grenoble et de la région Provence-Alpes-Côte D'Azur, ainsi qu’avec le partenariat de l’«Espace Tabadoul» et de l’association «Al Kantara» à Tanger, l’École nationale de cirque Shems’y à Salé, le collectif Dabateatr à Rabat et le Théâtre nomade à Casablanca. En plus des représentations de «Rue des voleurs», la compagnie propose des ateliers-théâtre, des lectures publiques, des moments de visite du camion-théâtre et des rencontres avec les comédiens.