05 Juillet 2015 À 17:51
Très attendue, la stratégie nationale de l’emploi vient enfin d’être examinée par le Conseil de gouvernement réuni jeudi dernier. La conception de son plan d'action est prévue durant le second semestre de cette année afin d’inscrire les premières mesures prioritaires dans le projet de budget 2016. Un rapport «Emploi» devra, en effet, être joint aux documents accompagnant le corps de la loi de Finances.
Un comité interministériel présidé par le Chef du gouvernement se réunira bientôt pour l'élaboration du plan d'action à court, moyen et long terme. Ce comité sera appuyé par un comité de suivi de l’Emploi. Des comités régionaux de l'Emploi seront aussi mis en place. Ces nouvelles entités auront pour mission de préparer des programmes pluriannuels et annuels sur la base desquels des financements seront décidés dans le cadre du processus de préparation de la loi de Finances et affectés aux Fonds régionaux de l'emploi.
Des groupes de travail ad hoc auprès du Comité de suivi de l'emploi seront constitués. Le premier devra s’atteler aux «mesures de politiques macroéconomiques et sectorielles en faveur de l'emploi» en vue de booster la compétitivité des entreprises, réduire le déficit du commerce extérieur et relancer la création des emplois dans les branches exposées à la compétition internationale. Ces actions concernent plusieurs volets : incitations et fiscalité, financement et charges salariales. Le deuxième groupe travaillera sur les mesures prioritaires relatives au marché du travail. Il s’agit de la mise en place du réseau élargi d'intervention de l'Agence nationale de promotion de l'emploi et des compétences (Anapec) «pour renforcer ses capacités en matière d'intermédiation et d'appui aux chercheurs d'emploi et aux porteurs de projets d'entreprises». Il sera également question de mettre en place des programmes d’amélioration de l'employabilité des personnes ayant perdu leur emploi, notamment les femmes ayant un niveau scolaire moyen en milieu urbain. Le troisième groupe devra se pencher sur la territorialisation des programmes de l'emploi en identifiant les ressources et en mobilisant les acteurs pour l'ingénierie des emplois, «soit sous forme d'extension dans des unités existantes, soit sous forme de création de nouvelles unités».
Contacté par journal «Le Matin», le ministre de l’Emploi et des affaires sociales, Abdeslam Seddiki, tient à préciser que la stratégie n’a pas une connotation politique puisqu’elle ne s’inscrit pas dans le calendrier électoral. D’ici 2025, plusieurs objectifs sont arrêtés. Le premier a trait à la création de 200.000 d’emplois par an «en augmentant le contenu de la croissance en emploi». Il s’agit de passer de 25.000 postes d’emploi actuellement à 38.000 par point de croissance. «Pour y parvenir, un certain nombre de mesures devront être mises en place. Mais toute mesure incitative au profit des entreprises devra prendre en considération le nombre d’emplois créés. Si tout se passe bien, à l’horizon 2025, on aura un taux de chômage insignifiant, inférieur à 4%», souligne le responsable gouvernemental.
D’après la stratégie, ces emplois pourraient être créés dans le secteur agricole, industriel, dans les BTP et dans les services. Les trois quarts des emplois au moins devraient être des emplois dans les services aux entreprises, à la personne et à l'environnement. «Il s'agit de compenser le retard de développement des activités de services au Maroc et d'orienter la croissance de nouveaux métiers basés sur la connaissance, la protection et la valorisation des écosystèmes naturels du pays».
En complémentarité avec les programmes sectoriels déjà engagés en faveur des PME et des TPE, de nouveaux programmes seront mis en place pour stimuler l'inclusion dans l'emploi de la main-d'œuvre qualifiée, des femmes et des jeunes.
La valorisation du capital humain est un autre objectif fixé afin d’améliorer la productivité de l’économie nationale et sa compétitivité ainsi que le niveau de rémunération des salariés, selon Abdeslam Seddiki. L’idée est d'engager des actions pour faciliter l'accès des femmes aux emplois, de mettre en place des dispositifs pour la formation des jeunes précocement déscolarisés, de renforcer l'employabilité des chômeurs, de développer la formation continue au profit de toutes les catégories de travailleurs... L’amélioration de la gouvernance du marché du travail n’est pas en reste. La concrétisation de cet objectif passe par des ajustements du cadre réglementaire régissant la relation de travail et l'intermédiation du marché de travail en vue de l’adapter à l’objectif de développement de l’emploi.