19 Avril 2015 À 13:38
Il y aurait grand besoin de faire connaitre les efforts déployés par les acteurs directs, les institutionnels, les administratifs et les pédagogues, la société civile et les autres, afin d’améliorer le système d’enseignement marocain, pour le réformer, résorber ses zones de faiblesse, réduire ses points noirs, renforcer ses points forts, élargir ses zones d’excellence (car il y en a), et le rendre aussi performant que possible. Le secteur de l’éducation est depuis longtemps enfermé dans un discours de crise, discours sans cesse reproduit depuis l’indépendance à tout propos. Dans le débat public, prédominent souvent des jugements négatifs faits à l’avance, des idées préconçues, des bilans critiques, chaque fois dressés sur un ton pessimiste.
L’autre discours possible face à ce nihilisme est porté par les témoignages d’acteurs qui croient en l’action réformiste et qui veulent rendre compte des grands efforts déployés sur le terrain : il est celui qu’adopte l’auteur de cet ouvrage. Le livre de Mme Tijania Fertat porte sur un aspect qui peut paraître particulier, «la gestion participative». Le regard de l’auteure est fondé sur une décennie de responsabilité dans la gestion, les actions initiées, le suivi des réformes, les succès et les échecs, la vie et la mort de plusieurs démarches.
L’intérêt de l’expérience de cette militante historique pour le progrès tient aussi au fait qu’elle est pilotée par une «femme gestionnaire dans un milieu hostile à la femme» (écrit notre auteure). Cette ancienne inspectrice de philosophie, chargée par la suite de la coordination nationale de philosophie, ancienne responsable de l’une des délégations les plus importantes du pays, sait de quoi elle parle.
Dans ce livre, la décentralisation est aussi une entrée et une occasion propices pour parler de gestion administrative, financière, pédagogique, des ressources humaines, etc. L’ouvrage montre clairement comment le centre a peu transféré, et a fini par récupérer le peu qu’il a pu transférer. Ce qui incitait les académies, au lieu de les pousser à renforcer la décentralisation dans le sens des délégations ou des établissements, à s’y approvisionner en compétences, enclenchant d’ailleurs frictions, tensions et complications entre académies et délégations. Il s’agit à mon avis d’une déviation de la politique initiale de décentralisation et le retour «éternel» vers la centralisation. L’ouvrage montre ces tendances variables de la décentralisation à la marocaine.
Mais il montre surtout à propos de toutes les questions de l’éducation ce que peut réaliser l’obstination des acteurs convaincus, en posture permanente de réforme, à travers des démarches concrètes, denses, suivies, et fort appréciables, comme celles rapportées tout au long du livre. Surtout, le livre nous sort du «politiquement correct» à l’heure de la dénonciation systématique, tous azimuts, du système éducatif marocain.
Préface de Abdallah Saaf, ancien ministre de l’Éducation nationale