Salon international de l'agriculture de Meknès

Sidi Ifni «moissonne» le brouillard

Transformer le brouillard en eau : ce projet insolite a changé la vie des habitants de cinq villages du Sud-Ouest marocain, qui n'ont plus à parcourir chaque jour plusieurs kilomètres pour aller chercher la précieuse denrée.

Le projet est composé de 600 m² de filets capteurs, deux citernes de 500 m3, un puits de forage, 9.000 m de canalisation et 20 branchements domestiques.

18 Juin 2015 À 18:19

À 1.225 mètres d'altitude, au sommet de la montagne Boutmezguida qui surplombe cinq villages de la région de Sidi Ifni, une quarantaine d'immenses filets font face à un dense brouillard. Ils piègent les gouttelettes d'eau, qui sont ensuite traitées, mélangées à de l'eau de forage puis transportées via des canalisations aux villageois en contrebas. Ce projet a été inauguré le 21 de cette année. Il consiste en la récolte de brouillard pour en faire de l'eau d'irrigation : «C'est une technique très ancienne qui a fait ses preuves en Amérique latine et particulièrement au Chili (Camanchaca) et que nous avons essayé de dupliquer dans la région de Sidi Ifni connue pour son climat semi-aride exacerbé par la parcimonie des précipitations», avait expliqué à Agadir, Aissa Derhem, président de l'association Dar Si Hmad, porteuse de ce projet.

«Je remplissais deux bidons de 20 litres à quatre reprises dans la journée. Mais ces 160 litres ne nous suffisaient même pas, car on a du bétail !» confie à l'AFP Massouda Boukhalfa, 47 ans. Lors du forum «Femmes pour le climat», tenu les 29 et 30 mai à Skhirat, il a été souligné que chaque jour la femme africaine consacre 25% de son temps à transporter de l'eau Symboliquement, les vannes ont été ouvertes pour la première fois le 21 mars, Journée mondiale de l'eau. Et depuis, «92 foyers, soit près de 400 personnes» reçoivent l'eau courante jusqu'à leur domicile, explique Mounir Abbar, chargé de la gestion technique du projet. «Le Maroc a beaucoup de brouillard à cause de trois phénomènes : la présence d'un anticyclone, celui des Açores, d'un courant maritime froid et de l'obstacle représenté par la montagne», explique M. Derhem.

Imiter la nature

Le projet est composé de 600 m² de filets capteurs, deux citernes de stockage d'une capacité totale de 500 m3, d'un puits de forage, 9.000 m de canalisation, 20 branchements domiciliaires, un système de filtration et stérilisateur et un observatoire du brouillard, le premier au monde. Cette technique «ne fait qu'imiter la nature», s'amuse-t-il à dire, en montrant la toile d'une araignée, qui a de tout temps piégé l'eau dans ses filets pour s'abreuver. L'eau du brouillard permet de faire faire des économies aux villageois, qui en période de sécheresse devaient faire acheminer des citernes d'eau. «Cela prenait 15 jours et coûtait 150 dirhams (15 euros) les 5.000 litres en moyenne», explique Houcine Soussane, un jeune habitant du douar. Les filets ont été perfectionnés au Maroc avec l'aide d'une fondation allemande spécialiste des questions d'eau, Wasserstiftung, et ont franchi avec succès l'étape des essais. Il s'agit maintenant d'étendre le système à d'autres sites. 

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