Spécial Elections 2007

«Si je suis élu président de la FIFA, je ferai du développement du football africain une mission personnelle»

Calme et déterminé, le Prince jordanien Ali Ben Al Hussein joue la carte de la jeunesse et de la transparence pour tenter de redorer le blason de la FIFA ternie par les scandales de corruption qui se sont succédé en 2015, mettant fin de manière définitive au règne sans partage de Sepp Blatter et de ses acolytes. Dans cet entretien exclusif accordé au «Matin», le Prince Al Hussein répond sans langue de bois à l’ensemble des sujets brûlants qui entourent les élections de la FIFA prévues le 26 février.

04 Février 2016 À 18:33

Le Matin : Dans quel contexte se déroule la compagne électorale pour la présidence de la FIFA ?Le Prince Ali Ben Al Hussein : cette élection se déroule à un moment historique pour la FIFA. L’instance de football mondial est à la croisée des chemins. Sa réputation est au plus bas dans le monde entier. Mais cette crise est une grande opportunité pour la FIFA pour tourner définitivement cette sombre page de son histoire. Tout le monde sait que la FIFA doit changer. Donc, il est temps de la transformer pour qu'elle devienne une organisation qui sert le football. En raison des changements qui ont eu lieu l’année dernière, nous avons aujourd’hui et pour la première fois un certain nombre de candidats en lice pour la présidence. La démocratie et la divergence d'opinions sont toujours une bonne chose.

La FIFA connaît un large processus de réforme, mais chaque candidat semble mettre en avant le thème de la transparence. Comment comptez-vous vous démarquer de vos concurrents ?Oui, la transparence est devenue un mot fréquemment utilisé par l’ensemble des candidats. La transparence dont je parle n’est pas un vain mot. Si je suis élu, j’introduirai la limite du nombre de mandats (deux au maximum), je publierai les rémunérations des dirigeants et je rendrai public le rapport Garcia concernant l’attribution de la Coupe du monde 2018 et 2022. J’ai également fait preuve de force de caractère en me présentant à l’élection de la FIFA contre Sepp Blatter en mai 2015 bien avant que les candidats actuels ne soient prêts à franchir ce pas. Mes motivations et ce que je représente n'ont pas changé depuis. Ce que je représente définit qui je suis : je suis un candidat libre et indépendant qui n’est redevable à personne. Un président qui va respecter les lois de la FIFA instaurées suite à un vrai et réel processus de réforme. Je vais respecter à la lettre l'esprit de ces lois, ne cherchant jamais à utiliser les failles juridiques de manière habile à des fins personnelles. Je ne prendrai jamais un pot de vin, mais plus important encore, je n’en donnerai aucun. Ces pratiques que je veux combattre reflètent actuellement l’image déplorable de la FIFA. De même, je n’accepterai jamais le soutien de quelqu'un suspecté de corruption. Je vais rechercher le soutien des membres de la FIFA en les écoutant, en partageant mes idées pour arriver à un consensus, se basant sur la puissance des idées plutôt que sur l'intimidation, la coercition ou le chantage. Je respecterai et tendrai la main à ceux qui ne sont pas d'accord avec mon point de vue. Je ne prendrai pas de décisions qui vont à l’encontre d'un organe exécutif actif, bien informé, transparent et entièrement représentatif de notre communauté.

Vous avez dit qu'il serait catastrophique pour la FIFA de choisir le mauvais président. Quel est le profil d'un mauvais président ? Lequel de vos rivaux vous préoccupe le plus ?Je ne vais pas faire de commentaires sur les autres candidats. Ce que je peux dire c’est que pendant trop longtemps à la FIFA, l’intérêt a été porté sur les individus qui avaient des agendas spécifiques. La FIFA n'a pas besoin de ce genre de personnes avides de pouvoir, d’où l’importance des prochaines élections. L’organisation doit élire la personne qui comprend vraiment l'ampleur de la crise de cette institution. Quelqu’un d’intègre, de crédible et qui prône la transparence. Nous avons besoin de quelqu'un qui soit capable de reconstruire l’organisation de fond au comble, parce que si nous ne le faisons pas sur les bonnes bases, nous risquons l’effondrement rapide de l’organisation. Après tant de crises, tout le monde (entraîneurs, joueurs, supporters, associations membres…) devrait avoir droit à une instance de football mondial adaptée au 21e siècle.

Certains des candidats ont déjà signé des partenariats avec la Confédération africaine ou asiatique, êtes-vous inquiet du fait que ces alliances puissent leur donner plus de chances ?J’ai reçu et reçois encore le soutien émanant d’Associations membres issues de différentes Confédérations. C’est aux associations de décider quand et comment communiquer ces soutiens. Il est clair que le temps où les Confédérations votaient en bloc est révolu. Soyons clairs, je me porte candidat pour apporter un changement significatif au sein de la FIFA. Les tractations des coulisses qui ont pour objectif de maintenir le statu quo à la FIFA ne m’intéressent pas.

Avez-vous un programme spécifique pour le football en Afrique ?Dans le cadre de ma campagne, j’ai beaucoup voyagé à travers le continent et été témoin de la passion de l'Afrique pour le beau jeu. C’est une passion que je partage avec les habitants de ce vaste continent. Et si je suis élu président de la FIFA, je ferai du développement du football africain une mission personnelle. L'Afrique représente plus d'un quart des nations du football dans le monde. Ce sport est ancré dans le tissu sociétal africain. En effet, le continent africain est l'exemple parfait du bien que le football peut apporter, comme susciter l'espoir chez les jeunes et fournir des moments mémorables et inoubliables. L’ancien bureau exécutif de la FIFA aurait pu aider davantage au développement du football sur le continent. Si je suis élu, je m’engage à continuer à soutenir le bon travail de la FIFA en termes d’infrastructures en investissant dans les stades, les terrains artificiels et les infrastructures à travers le continent. Mais je vais également veiller à ce que les règles d’éthique soient respectées. Je vais évaluer les besoins de chaque nation sur le continent, que ce soit en termes de fonds, d'encadrement ou d’assistance médicale. Je vais les aider en fonction des besoins définis. Il n’y aura plus d’approche unique pour l’ensemble des pays, mais une approche spécifique en fonction des besoins de chaque nation. Je vais écouter et travailler main dans la main avec tout le monde pour développer le football africain. Nous devons investir plus dans l'encadrement, de sorte que les entraîneurs qualifiés et expérimentés puissent aller dans les pays en développement et les aider à gagner en compétences et en expérience. La mise en place d'un programme de bourses pourrait être une façon de réaliser cet objectif. Le changement commence par un programme de développement de la FIFA équitable et transparent qui octroie un soutien sur mesure en fonction des besoins. Je me suis engagé à mettre ce processus en œuvre. Je m’engage à augmenter le Programme d'assistance financière de 250.000 à 1 million de dollars par an et mettre en place des bureaux régionaux de développement de la FIFA gérés par des professionnels de la FIFA. Des professionnels qui vont aller vers les associations nationales pour évaluer leurs besoins de développement, les aider avec les applications et par le soutien financier. Pendant des années, il y a eu un débat sur les places accordées à l’Afrique en Coupe du monde. Malgré l'apport remarquable des nations africaines à la Coupe du monde, l’augmentation du nombre de sièges accordés au continent a été une monnaie d’échange pour avoir les votes de l’Afrique. Preuve en est que le calendrier international africain est calqué sur celui de l’UEFA, ignorant les contraintes de l’Afrique et d'autres continents. Il est temps d'imaginer le jour où le football africain dominera sur la scène mondiale et préparer le terrain pour que cela se produise.

Si vous êtes élu président de la FIFA, allez-vous rétablir la rotation de l'organisation de la Coupe du monde entre les continents ?La Coupe du monde de la FIFA est le plus grand événement footballistique au monde. Elle est suivie par près de 3,2 milliards de personnes. En dépit de cette popularité, il faut continuer à préserver l’intégrité de ce tournoi. Si je suis élu, je vais revoir de fond en comble le système d’attribution de l’organisation de la Coupe du monde en impliquant toutes les parties prenantes afin que le choix du pays hôte se fasse de manière transparente et équitable.

Au cours des dernières élections en mai 2015, vous avez eu le soutien de l'UEFA contre Sepp Blatter. Pensez-vous que le but de ce soutien était seulement pour faire barrage au Suisse ?Pas du tout. Les gens voulaient voter pour une nouvelle façon de faire les choses, en avaient assez de l'atmosphère de peur et d'intimidation, et étaient très préoccupés par la façon dont la FIFA était gérée. J’ai obtenu 73 votes, qui ne sont pas tous ceux de l'UEFA. Celle-ci ne compte que 53 associations membres. Cela montre que les associations du monde entier ont exprimé leur désir de changement.

Y a-t-il un projet de coupe du monde FIFA avec 40 pays participants ?Chaque pays qui a la capacité technique et les ressources nécessaires pour accueillir une Coupe du monde devrait être autorisé à le faire, tant que cela se fait en conformité avec les droits humains et les droits des travailleurs. En tant que président, je ferai en sorte que tous ces critères soient remplis. Je suis en faveur d'une augmentation du nombre de pays participants à partir de 2026. Mais cela doit être fait correctement, avec un examen approfondi par les experts. L’augmentation du nombre de pays participants est un argument qu’on sort à l’approche des élections de la FIFA. Cela ne devrait pas être le cas.

Si les enquêtes sur la Russie 2018 et Qatar 2022 montrent qu'il y a eu tricherie, revoterez-vous l’octroi de ces deux événements ?Je comprends la controverse soulevée après l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022. Toutefois, les deux décisions ont déjà été prises. Si on remet en cause les deux décisions, cela engendrerait un chaos total parce que cela reviendrait à remettre en cause toutes les décisions commerciales, techniques et même structurelles prises auparavant. C’est pour cela qu’il ne devrait pas y avoir de second vote, à moins que l’apparition de preuves accablantes ne montre qu’il y a eu une véritable fraude. J’ai toujours appelé à la publication du rapport Garcia, et, plus récemment, j’ai dit qu'il était essentiel que nous ayons accès à ce rapport de manière à pouvoir répondre aux questions spécifiques qu’il a soulevées. Si les enquêtes en cours révèlent l’existence de fraudes, cela va tout changer. En revanche, s'il n'y a pas de preuves suffisantes, il n'y a aucune raison de revoter. Et la FIFA doit aider les deux pays à remplir toutes leurs obligations, en particulier sur le droit du travail et les droits de l'Homme, mais aussi pour assurer les meilleures conditions pour l’accueil des joueurs et des supporters. Il reste encore beaucoup de travail à faire. 

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