28 Février 2016 À 15:10
La réforme de l’enseignement supérieur, à travers la loi 01-00, a permis de renforcer l’autonomie pédagogique, administrative et financière des universités. Cette réforme a entraîné de grandes évolutions au sein de ces entités, notamment dans le domaine de la gouvernance, et développé leur performance globale. D’abord appliqué au monde de l’entreprise, à travers la mise en place d’un Code de bonnes pratiques de gouvernance d’entreprise en 2008, le concept de gouvernance a été transposé à tous les domaines de l’action des pouvoirs publics. Le but étant de garantir une gestion transparente et responsable des ressources, améliorer la performance et la qualité des services et renforcer le climat de confiance auprès des différentes parties prenantes. Pour être en phase avec ces changements, il était nécessaire pour les universités marocaines de s’intégrer dans cette perspective de modernisation pour gagner en performance. Il s’agit ainsi de mettre en place un ensemble de dispositifs pour renforcer leur autonomie afin de mieux répondre aux nouveaux enjeux de gouvernance. Cependant, ces démarches ne sont pas standardisées, ni généralisées, ce qui limite leur portée.
C’est dans cet esprit que le projet Tempus Go-Univ a vu le jour en mars 2014, avec l’ambition de jeter les bases d’une bonne gouvernance pour toutes les universités marocaines et à tous les niveaux de responsabilité. Ce projet, dont le premier bilan a été présenté la semaine dernière à Casablanca, vise à mettre en place un guide commun aux universités marocaines pour la mise en œuvre du Code marocain des bonnes pratiques de gouvernance des établissements et entreprises publiques.
Coordonné par l’Université Hassan II de Casablanca, le projet Tempus Go-Univ a pour objectif de diffuser et partager les bonnes pratiques de gouvernance, inspirées du Code marocain des bonnes pratiques de gouvernance des établissements et entreprises publiques (EEP), lancé en 2012 par la direction des EEP relevant du ministre de l'Économie et des finances.
Pour optimiser son déploiement au sein des universités, ce projet a réuni un consortium composé du ministère de l’Enseignement supérieur de la recherche scientifique et de la formation des cadres et des 13 universités marocaines (l’Université Hassan II de Casablanca, l’Université Mohammed V de Rabat, l’Université Chouaïb Doukkali d’El Jadida, l’Université Hassan 1er de Settat, l’Université Cadi Ayyad de Marrakech, l’Université Al Akhawayn…), en plus de 4 universités européennes. Ces partenaires ont tous contribué à dresser un état des lieux des universités en matière de gouvernance. L’étude et l’analyse de ce bilan a permis par la suite de dresser l’ossature du guide commun aux universités et d'établir un référentiel d’action pour opérationnaliser les pratiques de gouvernance décrites dans le guide. L’objectif final étant de renforcer le climat de confiance avec les parties prenantes de l’université ; promouvoir les valeurs de transparence, d’information et de communication ; améliorer la fiabilité de la gestion de l’université et sa performance ainsi que la qualité des services offerts ; améliorer la qualité de gestion au sein de l’université.
Pour le président de l’Université Hassan II de Casablanca, Idriss Mansouri, le passage vers un nouveau management décentralisé, avec des systèmes de contractualisation et d’autorégulation, s’impose. Cette gestion doit être menée dans la transparence et encadrée par de bonnes pratiques, qui reposent non seulement sur le respect des dispositions légales et règlementaires en vigueur, mais également de souscrire à des référentiels complémentaires : labels ISO, RSU (Responsabilité sociale des universités), etc.Le responsable a souligné que «ces bonnes pratiques de gouvernance permettront d’assurer un enseignement de qualité, dans des conditions favorables, et augmenter la chance d’insertion des lauréats.
Ainsi, et avec une gouvernance optimisée, l’université consacrerait toute l’énergie et les ressources à ses missions fondamentales à savoir, la formation, la recherche et la diffusion des savoirs». Ce guide de bonnes pratiques de gouvernance met l’accent sur les relations de l’université avec les parties prenantes constituées principalement des étudiants et des enseignants. «L’université doit intégrer la notion de satisfaction de l’ensemble des parties prenantes en identifiant leurs besoins et en honorant les engagements pris», lit-on dans la première version du guide.
L’étudiant, qui se trouve au cœur des enjeux de réforme de l’enseignement supérieur, constitue l’un des piliers de ces bonnes pratiques de gouvernance des universités. Dans sa relation avec les étudiants, l'université devra ainsi veiller à :• Offrir aux étudiants un environnement propice pour les activités d’enseignement et l’épanouissement personnel (activités culturelles para-universitaires).• Garantir une évaluation efficace, juste et équitable des connaissances et des compétences acquises par les étudiants.• Assurer le respect de la déontologie et de l’éthique de la profession d’enseignement par les enseignants dans leurs relations avec les étudiants.• Accompagner les étudiants tout au long de leur cursus depuis l’inscription jusqu’à l’insertion professionnelle pour leur prodiguer assistance, conseil et formation appropriée.• Instaurer une écoute permanente des étudiants. • Offrir aux étudiants des formations adaptées à leurs besoins et aux besoins du marché de l’emploi.Autre aspect à retenir, le caractère évolutif et participatif de ces bonnes pratiques. La gouvernance étant un processus de progrès continu, il est nécessaire de rectifier le tir au fur et à mesure, en tenant compte de l’expérience acquise par l’université et des évolutions de son environnement. En effet, la réussite de toute démarche de gouvernance est tributaire de l’implication des différentes parties prenantes (administratifs, enseignants chercheurs, étudiants, partenaires externes…).
«À l’instar d’autres projets qui s’inscrivent dans le cadre du programme de coopération entre les pays de la Méditerranée, “Erasmus+”, le projet “Tempus Go-Univ” consiste à participer à la modernisation des universités marocaines. Il faut noter que le programme “Erasmus+”, qui a commencé en 2015, vient renforcer cette coopération qui était menée auparavant dans le cadre du programme “Tempus”, que le Maroc a adopté depuis 2002. “Erasmus+” est caractérisé par trois catégories d’actions : le renforcement institutionnel, le développement de la mobilité et le dialogue politique. Le projet “Tempus Go-Univ” s’inscrit dans la catégorie du renforcement institutionnel (capacity building), et vise à faire en sorte que toutes les universités marocaines puissent jeter les bases d’une gouvernance rationnelle, adéquate, eu égard aux normes internationales. Il s’agit notamment de s’interroger sur ce qui se fait et comment améliorer les pratiques qui se font au niveau de l’université, en termes d’évaluation interne et externe, d’audit, et de rendre compte de ces activités dans un projet de transparence, sans oublier le rôle sociétal de l’université. Maintenant que le projet touche à sa fin, il est nécessaire que ces pratiques s’inscrivent dans la durée et que l’on puisse capitaliser sur ces réalisations… À termes, ce projet aura un impact sur la qualité à la fois de la gestion, de la formation, de l’implication des étudiants ainsi que sur le renforcement des rapports avec le monde extérieur.»
Éco-Emploi : Quels sont les points à retenir de votre diagnostic de la gouvernance dans les universités marocaines ?Idriss Mansouri : Dans le cadre du projet Go-Univ qui a pour objectif la mise en place d’un Guide commun aux universités marocaines qui est une adaptation du Code marocain de bonnes pratiques de gouvernance des établissements et entreprises publiques (EEP) à la spécificité de l’université, et au lancement de ce projet en mars 2014, un bilan de gouvernance des universités marocaines a été dressé sur la base d’un questionnaire préparé par la Direction des établissements et entreprises publiques relevant du ministère de l’Économie et des finances et revu dans le cadre du projet Go-Univ, il apparaît effectivement que toutes les universités marocaines ont mis en place un certain nombre de bonnes pratiques comme prévu dans le Code marocain de bonnes pratiques de gouvernance des EEP.Cependant, il faut signaler l'existence d'une grande disparité entre les pratiques de gouvernance qu’il faudrait homogénéiser et rapprocher des meilleures pratiques de gouvernance.
Quels sont les axes à adapter à l'université dans le cadre du Code de bonnes pratiques de gouvernance ?Un des premiers axes pourrait être celui lié au Système d’information (SI) de l’université marocaine qui doit être intégré et mis en cohérence avec des outils de reporting pour évaluer la performance de l’université, et pour être considéré comme outil d’aide à la décision pour les managers des universités. Un deuxième axe pourrait concerner les programmes de formation à mettre en place au profit des ressources humaines pour les préparer à implémenter les chapitres du Code marocain de bonnes pratiques notamment en matière de gestion financière (audit, contrôle interne et manuel des procédures), en comptabilité générale et analytique, des formations pour les responsables du SI sur l'exploitation du SI pour la remontée d’information dynamique et fiable. Il faut également prévoir des ateliers sur l'efficacité de la gestion interne concernant les techniques de pilotage stratégique et le fonctionnement des instances universitaire dédiés aux membres de la direction de l’université.
In fine, comment ces pratiques peuvent-elles impacter la qualité de l'enseignement supérieur ?Les bonnes pratiques de gouvernance et la qualité sont indispensables à l’enseignement supérieur et le concept d’assurance qualité s’est développé à travers le monde avec pour objectif d’établir l’équilibre entre l’autonomie accordée aux établissements et la responsabilité de ces derniers, les Codes de bonnes pratiques de gouvernance ont eux une fonction de conseil afin d’aider les universités à progresser et à améliorer leur performance. Mettre à profit les bonnes pratiques de gouvernance permettrait d’assurer un enseignement de qualité, dans des conditions favorables, et d'augmenter la chance d’insertion des lauréats. Ainsi, et avec une gouvernance optimisée, l’université consacrerait toute l’énergie et les ressources à ses missions fondamentales à savoir, la formation, la recherche et la diffusion des savoirs. Les bonnes pratiques permettent également à l’université d’assumer sa responsabilité sociétale RSU et d’affirmer son ancrage dans le territoire, cette responsabilité sociétale de l’université se manifeste en s’engageant à intégrer dans ses missions, ses activités et ses relations avec ses parties prenantes, les préoccupations d’ordre culturelles, sociales, économiques et environnementales.
Les étudiants ont-ils un rôle à jouer dans ce processus ?Les étudiants sont l’une des parties prenantes de l’université, plusieurs bonnes pratiques leur sont dédiées, particulièrement le chapitre 4 du Guide commun aux universités marocaines pour la mise en œuvre du Code marocain de bonnes pratiques de gouvernance des EEP. L’université continuera à œuvrer pour que les étudiants évoluent dans un environnement qui offre mille possibilités de s'enrichir, comme personne et comme citoyen engagé dans le monde.
Comment entrevoyez-vous l'avenir de l'université marocaine, notamment par rapport aux classements internationaux ?La mise en place des systèmes d’information avec une remontée fiable de l’information est le gage d’un positionnement des universités marocaines dans les classements régionaux et internationaux.C’est ainsi que les indicateurs de performance des universités recherchés par les organismes de classements internationaux des universités seront facilement collectés et interprétés, ce qui contribuerait à augmenter la visibilité de l’université à l’international.