Spécial Marche verte

La sécurité au travail pas toujours assurée

La santé et la sécurité au travail sont devenues des enjeux de compétitivité majeurs pour les entreprises. La non-prévention des risques au travail se traduit souvent par une facture salée d’un point vue économique et social. Le Code du travail impose bien certaines règles, mais dans les faits celles-ci sont rarement appliquées.

Plus de 20% des accidents du travail sont enregistrés dans le secteur du BTP.

26 Avril 2016 À 17:53

Les accidents du travail constituent un véritable fléau au Maroc. Le ministre de la Santé, El Hossein El Ouardi, avait lui-même indiqué en janvier que «les estimations du Bureau international du travail (BIT) placent le Royaume dans une position peu enviable, avec le risque d’accident du travail le plus élevé dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), soit 47,8 pour 100.000 travailleurs, soit plus de 2,5 fois le taux moyen de la zone». Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), quelque 2,3 millions de personnes à travers le monde décèdent chaque année des suites d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle. Les coûts directs et indirects de ces accidents et maladies à l’échelle mondiale sont évalués à 2.800 milliards de dollars. Alors que le droit à un lieu de travail sûr et sain est un droit humain élémentaire et son respect est un devoir, hélas, aujourd’hui, force est de constater que nombreux sont nos lieux de travail qui restent insalubres, sans infrastructures sanitaires, peu aérés et mal entretenus. À noter que l’électricité est la source énergétique la plus répandue au Maroc, affirmait dernièrement la Femadel (Fédération marocaine de l’électricité). Or il se trouve qu’en raison de sa dangerosité, les accidents de travail qu’elle provoque sont souvent mortels et provoquent de lourds handicaps aux victimes.

D’ailleurs, selon le Code du travail, «les courroies ou câbles qui traversent les lieux de travail doivent être munis d'un dispositif de protection (ou séparés des salariés) et placés à moins de 2 mètres du sol». Mais sur le terrain, cette clause est rarement appliquée, et on va même jusqu’à mettre en danger la vie des passants sur le trottoir. «Parfois, les câbles sont laissés comme ça. Ils se balancent dans les airs ou sur le sol et c’est à nous de faire attention pour les éviter». Par ailleurs, le BTP (bâtiment et travaux publics) est un secteur qui cause beaucoup d’accidents de travail. Le ministère de l’Emploi et de la formation professionnelle cite pour sa part 60.000 accidents du travail par an, dont plus de 20% pour ce secteur. Pourtant, selon l’article 285 du Code du travail, «les échafaudages doivent être munis de garde-corps rigides d'au moins 90 cm de haut». Mais encore faut-il qu’il y ait de véritables échafaudages sur le chantier ! En effet, il n’est pas rare de voir les ouvriers travailler avec une simple corde à la qualité douteuse nouée autour de leur taille. Ne parlons pas des équipements : chaussures de sécurité, casques, protection auditive, gants, dont l’existence même relève de la science-fiction pour certains salariés.

Pour les personnes handicapées, la situation n’est pas meilleure. Pourtant, le Code du travail précise que «les locaux de travail doivent être aménagés de manière à garantir la sécurité des salariés et faciliter la tâche des salariés handicapés y travaillant». Mais ces aménagements sont généralement inexistants ou rarement aux normes. «J’ai dû rester en fauteuil roulant pendant plusieurs mois suite à un accident. C’est à ce moment que je me suis rendu compte du calvaire au quotidien des personnes handicapées. Mon entreprise a une rampe d’accès, mais celle-ci est trop inclinée, je devais demander à quelqu’un de me pousser et là encore ce n’était pas si simple. De plus, il n’y a pas de toilettes pour handicapés. Les nôtres sont tellement exiguës qu’il est impossible d’y rentrer en fauteuil…», se remémore ce salarié.

Enfin, comment parler des risques professionnels et de la santé au travail sans faire référence au cas particulier des travailleurs domestiques ? Le Code du travail indique qu’il est «interdit de demander à un salarié d'effectuer le transport manuel de charges dont le poids est susceptible de compromettre sa santé ou sa sécurité». Une clause qui protège donc le «salarié» et non les travailleurs domestiques. En effet, il incombe souvent aux petites bonnes d’effectuer des travaux ingrats, dont le port de charges lourdes. 10% du poids du corps, c'est le poids maximal manipulable sans danger pour la colonne vertébrale. Cela représente environ 2,5 kg pour un enfant de 7 ans, 3,3 kg pour un enfant de 11 ans, 5,1 kg pour un enfant de 14 ans. À titre d’exemple, un pack d’eau pèse déjà à lui seul 9 kg et une bombonne de gaz 12 kg, soit presqu’autant qu’un tapis oriental. Mouillé pour son lavage, ce dernier pèse encore plus lourd. Pourtant, personne ne voit d’inconvénient à confier ces tâches à de jeunes employés de maison, alors que selon l’article 180 «il est interdit d'employer les mineurs de moins de 18 ans dans des travaux susceptibles d'entraver leur croissance ou d'aggraver leur état s'ils sont handicapés».

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