13 Juin 2017 À 17:22
À l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants célébrée le 12 juin de chaque année, l’association Insaf a organisé, lundi dernier à Casablanca, une rencontre sur le thème «Exploitation des mineurs dans le travail domestique : après la loi 19-12 quelles nouvelles pistes de plaidoyer». Cette rencontre avait pour objectif d’appeler le législateur à harmoniser les lois pour éradiquer l’exploitation des mineurs dans le travail domestique au Maroc en mettant en place les structures et les mécanismes pour identifier et extraire les mineurs en situation d’exploitation. «Il faut absolument harmoniser la loi 19.12 avec les dispositions de la loi 27-14 et interdire immédiatement l’exploitation de tout mineur dans le travail domestique qui est un travail forcé, une servitude et de l’esclavage. Il est également urgent de mettre en place les mécanismes, les dispositifs, les structures et les ressources humaines qualifiées qui vont permettre d’identifier les mineurs actuellement en situation d’exploitation (traite), de les extraire et de les accompagner jusqu’à leur réinsertion et de déployer des campagnes de sensibilisation et d’information pour le grand public», a affirmé Bouchra Ghiati, présidente de Insaf lors de cette rencontre. Et d’ajouter : «La loi 27-14 relative à la lutte contre la traite des êtres humains, adoptée le 25 août 2016 et publiée dans le Bulletin officiel le 15 décembre 2016, constitue pour Insaf un socle fondamental et totalement fondé pour interdire dès aujourd’hui l’exploitation des enfants de moins de 18 ans».
Pour rappel, la loi 19.12, qui traite des conditions d’emploi du travailleur domestique et qui a été votée par le Parlement le 26 juillet 2016, fixe en son article 6 l’âge minimal d’accès au travail domestique à 18 ans, mais elle instaure une période de transition de 5 ans à compter de la date d’entrée en vigueur de la loi. «Malgré le plaidoyer soutenu de la société civile, étayé par des expériences terrain et des témoignages de victimes de cette pratique indigne, aux conséquences multiples et lourdes sur leur avenir, la loi, telle que publiée, permet l’exploitation dans le travail domestique des enfants âgés de 16 à 18 ans». Pire encore, la loi (article 2) considère qu’une mineure dès 16 ans a les aptitudes physiques, psychiques et comportementales pour «le ménage, la cuisine, la prise en charge des enfants ou d’une personne en raison de son âge ou son incapacité ou sa maladie ou à besoins spécifiques et la surveillance de la maison», déplore Ghiati, insistant sur l’urgence d’harmoniser cette loi avec celle de la lutte contre la traite des êtres humains qui incrimine le travail des enfants de moins de 18 ans.